Syrie: les USA tout près de suspendre les discussions avec la Russie

29/09/16 à 19:15 - Mise à jour à 19:14

Source: Afp

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a annoncé jeudi que les Etats-Unis étaient tout près de geler leurs discussions avec la Russie sur le conflit syrien, en raison de la reprise de la guerre à Alep.

Syrie: les USA tout près de suspendre les discussions avec la Russie

Dans le quartier de Bustan al-Qasr à Alep, Syrie. © REUTERS/Abdalrhman Ismail

"Non, je crois que nous sommes au bord de la suspension de la discussion parce que c'est irrationnel dans le contexte de ce genre de bombardements qui ont lieu", a déclaré le chef de la diplomatie américaine, interrogé lors d'une conférence de centres de recherches à Washington, au lendemain d'une menace de la même teneur qu'il avait lancée au téléphone à son homologue russe Sergueï Lavrov.

"Il n'y a pas de notion ou de signe d'objectif sérieux avec ce qui se passe actuellement", a taclé M. Kerry à l'adresse de la Russie, alliée du régime syrien, mais sans jamais la citer explicitement. "Nous sommes à l'un de ces moments où il va nous falloir considérer durant un certain temps des alternatives, à moins que les belligérants signalent clairement qu'ils sont disposés à réfléchir à une approche plus efficace", a encore averti John Kerry, sans dire quelles seraient les "alternatives" choisies par l'administration américaine pour trouver une sortie de crise en Syrie.

Mercredi, M. Kerry avait directement menacé M. Lavrov d'arrêter toute collaboration si le carnage d'Alep ne prenait pas fin.

Dix jours après l'échec patent du dernier cessez-le-feu, l'Américain avait décroché son téléphone pour signifier au Russe que "les Etats-Unis se préparaient à suspendre leur engagement bilatéral avec la Russie sur la Syrie, notamment la mise sur pied d'un centre conjoint" de coordination militaire contre les djihadistes prévu par un accord Kerry-Lavrov paraphé à Genève le 9 septembre, selon le compte-rendu mercredi du département d'Etat.

Le chef de la diplomatie américaine, qui vit visiblement épuisé ses dernières semaines à la tête du département d'Etat, tient à bout de bras depuis des mois l'espoir de travailler avec la Russie pour trouver une solution à la tragédie syrienne.

"Plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie", la Russie poursuit ses raids

La Russie a par ailleurs annoncé jeudi n'avoir aucune intention de faire une pause dans ses raids aériens en Syrie en soutien aux forces de Bachar al-Assad, malgré les appels de toutes parts à cesser le déluge de feu à Alep où la situation humanitaire est désespérée.

La situation dans la deuxième ville de Syrie est "la plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie" en cinq ans de guerre, a dénoncé le chef des opérations humanitaires de l'ONU, Stephen O'Brien.

Il a souligné devant le Conseil de sécurité que le système de santé dans la partie assiégée de la ville "était sur le point de s'écrouler totalement" et que les enfants "étaient les plus vulnérables".

Dans les quartiers rebelles d'Alep, des "centaines" de personnes ont besoin d'être évacuées pour des raisons médicales, tandis que les rations alimentaires disponibles ne couvrent les besoins que d'un quart de la population, s'alarme aussi l'ONU.

Réaliste, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura a lui été obligé de constater que des négociations de paix paraissent "très difficiles" à organiser alors que "les bombes tombent partout".

A Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a en effet annoncé que l'aviation russe poursuivrait "son opération en soutien à la lutte antiterroriste des forces armées syriennes", tout en fustigeant les critiques "non constructives" émises par les responsables américains à la veille du premier anniversaire de l'intervention militaire russe en Syrie.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a semblé perdre patience mercredi en menaçant, lors d'une conversation téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov, d'arrêter la coopération avec Moscou sur la Syrie si les bombardements des quartiers rebelles d'Alep ne cessaient pas.

Le responsable américain a appelé Moscou à prendre "des mesures immédiates pour mettre fin à l'assaut sur Alep et rétablir la cessation des hostilités". Ville-clé du conflit divisée entre quartiers rebelles et quartiers tenus par le gouvernement, Alep est soumise à d'intenses frappes de l'aviation russe et syrienne depuis l'échec d'une trêve négociée le 9 septembre par les Russes et les Américains.

Les capitales occidentales ont laissé entendre que les bombardements du régime et de son allié russe pouvaient s'apparenter à des "crimes de guerre". Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a notamment annoncé que son pays avait proposé à l'ONU une résolution pour un cessez-le-feu.

Et jeudi, la chancelière allemande Angela Merkel et le président turc Recep Tayyip Erdogan ont joint leurs voix aux critiques en affirmant que la Russie avait une "responsabilité particulière pour réduire la violence en Syrie".

Sourd aux critiques, le Kremlin se dit prêt à continuer à coopérer avec Washington "pour la mise en oeuvre des accords" de cessez-le-feu et pour "accroître l'efficacité de la lutte contre le terrorisme en Syrie".

"Mais Moscou espère aussi que les obligations que Washington a accepté d'assumer seront respectées. Jusqu'à présent, elles ne l'ont pas été", a-t-il ajouté.

La Russie exige que les États-Unis fassent pression sur les rebelles syriens pour qu'ils prennent leurs distances avec les groupes jihadistes tels que le Front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda).

600 blessés sans soins

Mercredi à l'aube, les deux plus grands hôpitaux de la partie rebelle d'Alep ont été contraints de suspendre leurs activités après avoir été endommagés, l'un par un raid, l'autre par un tir d'artillerie, a annoncé la Syrian American Medical Society (SAMS), l'ONG basée aux États-Unis qui les gère.

Selon Médecins sans frontières (MSF), au moins deux patients ont été tués et deux membres du personnel soignant blessés dans ces attaques, qualifiées de crime de guerre" par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.

Quelque 600 personnes blessées ne peuvent actuellement pas être soignées à Alep en raison du manque de personnel ou de matériel adéquat, a pour sa part déploré l'envoyé spécial adjoint de l'ONU sur la Syrie, Ramzy Ezzeldin Ramzy.

Selon M. Ramzy, le stock des fournitures médicales a beaucoup diminué, et il reste environ 35 médecins dans les quartiers est, où vivent quelque 250.000 personnes.

La guerre en Syrie a débuté en 2011 après la répression sanglante de manifestations pro-démocratie. Elle a fait plus de 300.000 morts.

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