Syrie: les troupes tirent sur les manifestants

18/11/11 à 13:22 - Mise à jour à 13:22

Source: Le Vif

Les troupes sont intervenues contre les contestataires ce vendredi, à la veille de l'expiration d'un ultimatum lancé par la Ligue arabe. La pression internationale, sans effet pour le moment sur le régime syrien, s'accentue.

Syrie: les troupes tirent sur les manifestants

© Reuters

Les forces de sécurité ont tiré pour disperser des milliers de Syriens qui manifestaient contre le régime dans de nombreuses villes, ce vendredi. Ces tirs auraient fait au moins quatre morts, dont un enfant, et une vingtaine de blessés, ont rapporté des militants syriens.

Un manifestant a été tué et cinq blessés par les tirs à Homs (centre), un haut lieu de la contestation, un enfant a péri sous les balles à Deraa (sud), où est née la révolte populaire le 15 mars, et deux manifestants ont été tués dans la région de Damas, détaillent l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et les Comités locaux de coordination (LCC) qui chapeautent les contestataires. Les blessés sont à déplorer à Idleb (nord-ouest), et à Harasta dans la banlieue de Damas.

Les manifestations se sont déroulées dans de nombreuses villes du pays malgré le déploiement massif des forces de sécurité. Sur leur page Facebook, les militants pro-démocratie ont placé la journée sous le slogan "l'expulsion des ambassadeurs". "Hommes libres, chassez ces ambassadeurs du crime", écrivent-ils en appelant à des manifestations massives qui, comme tous les vendredis, commencent après la prière hebdomadaire de midi.

Ultimatum de la Ligue arabe
Ces nouvelles manifestations interviennent à la veille de l'expiration d'un ultimatum lancé par la Ligue arabe. Elle a donné jusqu'à samedi au régime syrien pour cesser les violences contre les civils sous peine de sanctions économiques, alors que tous les vendredis les troupes tirent pour disperser les manifestants.
L'intransigeance des Arabes vient du fait que Damas ne respecte pas, contrairement à sa promesse, le plan de sortie de crise arabe qui prévoyait la fin des violences, le retrait des troupes des villes, la libération de milliers de détenus et l'envoi d'observateurs arabes.

Pressions internationales
Mais le régime reste inflexible, malgré les pressions internationales et arabes pour un arrêt des violences et un départ de Bachar al-Assad qui vont croissantes. Après les déclarations de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, disant qu'il était "temps pour le président Assad de démissionner", le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé s'est exprimé ce vendredi. Il a déclaré que "le moment est venu d'accentuer les sanctions" contre le régime syrien, "qui n'a rien voulu savoir". "La situation n'est pas tenable", et "la poursuite de la répression est inacceptable", a ajouté Juppé lors d'une visite à Ankara. "Il n'est pas normal que le Conseil de sécurité (de l'ONU) ne se soit pas prononcé jusqu'à présent". "J'espère que ceux qui bloquent toute résolution prendront conscience de la réalité", a encore déclaré le ministre français.
Une allusion claire à la Russie et à la Chine, qui disposent d'un veto au Conseil de sécurité de l'ONU. Ces deux pays continuent de refuser toute ingérence étrangère en Syrie et de croire à un dialogue entre le pouvoir et l'opposition en dépit des violences qui ont fait plus de 3500 morts en huit mois de révolte selon l'ONU.
Face aux divergences sur le dossier syrien, Paris, Berlin et Londres veulent présenter au Comité des droits de l'Homme de l'Assemblée générale de l'ONU une résolution condamnant les agissements du régime. Un vote devrait intervenir mardi. Le succès d'une telle démarche pourrait augmenter la pression sur le Conseil de sécurité de l'ONU.

Vers une "guerre civile"?

Ces nouvelles manifestations surviennent aussi au moment où les craintes d'une guerre civile s'amplifient. La révolte populaire, qui s'exprimait jusqu'ici à travers des manifestations contre le régime, devient de plus en plus militarisée avec l'intensification des opérations de l'Armée Libre de Syrie (ASL) regroupant des soldats insoumis qui ont mené des attaques inédites aux roquettes RPG contre des centres des services secrets et du parti Baas au pouvoir. "Il y a un risque d'évolution vers la guerre civile", a dit le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu, dont le pays a coupé les ponts avec son voisin syrien. Mais il a souligné qu'on n'en était pas encore là, car pour l'instant "ce sont la plupart du temps des civils qui sont attaqués" par les troupes.

Son homologue russe Sergueï Lavrov avait accusé l'opposition syrienne de pousser le pays "à une véritable guerre civile". Et l'ONU avait déjà, en octobre, dit craindre qu'une "lutte armée" ne dégénère en guerre civile. Mais les Etats-Unis ont refusé de parler de guerre civile en rappelant la "campagne de répression (...) contre des manifestants innocents". "Plus la communauté internationale piétine et la Ligue arabe tarde à forcer la Syrie à agir, plus on se dirige vers ce scénario", affirme Salman Shaikh, directeur du Brookings Doha center. "Face à l'intransigeance de pays comme la Russie, on se retrouvera dans une situation où personne ne voudra plus parler politique", ajoute-t-il. "Les Syriens "commenceront à se battre entre eux".

LeVif.be avec L'Express.fr

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