Syrie : "les manifestants sont torturés par les services de sécurité"

16/05/11 à 11:18 - Mise à jour à 11:18

Source: Le Vif

Khaled Sid Mohand, le journaliste algérien, collaborateur de France Culture et du Monde, libéré le 3 mai après trois semaines de détention en Syrie, revient sur les conditions de son arrestation.

Syrie : "les manifestants sont torturés par les services de sécurité"

© Belga

Seul journaliste étranger présent à Damas (avec celui de la BBC) avant le début de la répression, l'algérien Khaled Sid Mohand, correspondant de France Culture, est rentré à Paris le 7 mai, après avoir passé trois semaines dans les geôles du régime de Bachar el-Assad. Il témoigne.

"On m'a tendu une embuscade, raconte-t-il. Le 9 avril une jeune femme m'a téléphoné pour me dire qu'elle avait des informations à me remettre. Je l'ai retrouvée une demi-heure plus tard dans un café, où huit responsables des services de sécurité syriens m'attendaient pour m'arrêter." Les forces de l'ordre ont ensuite perquisitionné son logement, saisi son ordinateur, des disques durs et de nombreux documents.

Trois semaines à l'isolement

Khaled Sid Mohand est alors conduit au quartier général des Moukhabarat (services de renseignements syriens). "Sur le chemin on me maintenait la tête entre les genoux pour m'empêcher de voir où nous allions, explique-t-il. Je n'ai su qu'à ma libération où j'avais été emprisonné."

Enfermé dans une cellule de "deux mètres sur un, privé de lumière du jour", il n'a aucun contact avec les autres détenus. "Je n'ai pu parler qu'à trois prisonniers en 20 jours, tous étaient psychologiquement et physiquement trop abîmés par la torture pour mener une conversation."

"Les prisonniers étaient torturés"

"Ils m'ont tabassé les deux premiers jours, mais je n'ai pas subi le sort des autres détenus qui étaient torturés quotidiennement", souligne-t-il. Malgré les sévices corporels infligés aux prisonniers "les conditions d'hygiènes et la nourriture étaient correctes." "Un médecin passait matin et soir dans les cellules, ils torturaient mais ils étaient en même temps soucieux de notre santé...", ironise-t-il.

Après 15 jours d'incarcération Khaled Sid Mohand s'inquiète. "Les autres prisonniers étaient libérés en moyenne au bout de deux semaines, explique-t-il. Je les voyais partir et moi ils me gardaient plus longtemps." Finalement libéré et remis par les autorités à l'ambassade d'Algérie le 3 mai, il ignore toujours les raisons de son arrestation.

"Des rafles massives et sanglantes"

A ses yeux le traitement brutal et arbitraire auquel il a été soumis reflète l'incapacité du régime à contrôler la révolte populaire. "La force de ce mouvement de contestation c'est sa spontanéité et son inorganisation, il est insaisissable affirme-t-il. Les autorités syriennes opèrent donc des rafles massives et sanglantes pour tenter de l'arrêter."

Dans ce climat de terreur, Khaled Sid Mohand ne voit "pour l'instant pas s'issue au conflit." "Il y a beaucoup de détermination dans les deux camps. Les uns ont la colère, les autres les armes", analyse-t-il.

Par Jules Giraudat, L'Express.fr

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