Syrie: les adversaires s'accusent de violations mais la trêve tient

28/02/16 à 17:33 - Mise à jour à 17:33

Source: Afp

Les principaux protagonistes du conflit syrien se sont mutuellement accusés dimanche d'avoir violé le cessez-le-feu entré en vigueur samedi tout en reconnaissant que cette trêve était toujours respectée au deuxième jour.

Syrie: les adversaires s'accusent de violations mais la trêve tient

© Xinhua

Dans les grandes villes, les habitants sont sortis dimanche matin après une nuit paisible pour faire leurs emplettes, goûtant à un calme inhabituel, et dans les quartier rebelles d'Alep, les élèves habitués à raser les murs pour éviter les bombardements marchaient dimanche au milieu de la chaussée, selon des correspondants de l'AFP.

Le général Sergueï Kouralenko, responsable du Centre russe pour la réconciliation des parties belligérantes en Syrie, a accusé les insurgés d'avoir enfreint à neuf reprises l'accord de cessation des hostilités initié par Washington et Moscou, ajoutant aussitôt que "de manière générale, le cessez-le-feu en Syrie (était) en train d'être mis en place".

Aussitôt, le porte-parole du Haut comité des négociations (HCN) a rétorqué que "samedi, il y avait eu quinze violations (de la trêve) par les forces du régime, dont deux par le (mouvement chiite libanais) Hezbollah à Zabadani".

Mais "globalement, c'est bien mieux qu'avant et les gens se sentent bien", a souligné Salem al-Meslet depuis Ryad, où est basé le HCN.

L'Arabie saoudite, qui soutient l'opposition syrienne, a de son côté accusé "l'aviation russe et l'aviation du régime syrien" d'avoir violé la trêve.

Des avions ont bombardé dimanche à l'aube six localités de la province d'Alep (nord) et une de celle de Hama (centre), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Son directeur, Rami Abdel Rahmane, a précisé que les raids avaient fait un mort. Selon lui, un seul des villages visés, Kafar Hamra, est contrôlé par les jihadistes du Front al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda. Les autres sont aux mains de rebelles mais des jihadistes se trouvent dans les environs.

L'accord de trêve concerne seulement les zones de combat entre les forces du régime, appuyées par leur allié russe, et les rebelles syriens et exclut les groupes jihadistes Etat islamique (EI) et Al-Nosra, qui contrôlent plus de 50% du territoire syrien.

'Calme exceptionnel'

Le directeur de l'agence de presse pro-rebelle Sahba a affirmé à l'AFP que ces raids avaient été menés par des avions russes.

"Il s'agit d'une violation flagrante de l'accord car par exemple à Darat Azza, les avions ont visé une boulangerie. Croient-ils que les combattants d'Al-Nosra vont y chercher leur pain le matin ? Nous n'avons jamais pensé que l'aviation russe allait cesser ses raids", a affirmé Maamoun al-Khatib.

Ni les États-Unis, ni la Russie, ni le régime, ni l'opposition n'avaient encore réagi à ces raids. L'armée russe avait annoncé samedi la suspension, pour la journée, de toutes les sorties aériennes au-dessus de la Syrie.

La prudence était aussi de mise du côté du régime. "Il faut attendre deux ou trois jours pour s'assurer de la pérennité de l'arrêt des hostilités et de l'engagement des parties concernées", écrit dimanche Al-Watan, journal proche du pouvoir à Damas.

"En tout cas, les Syriens ignorent les régions incluses dans l'arrêt des hostilités car les cartes sont jusqu'à présent tenues secrètes", ajoute le quotidien.

Le porte-parole du HCN Salem al-Meslet a également indiqué n'avoir reçu aucune carte de la part des initiateurs de l'accord.

'Heureux mais triste'

Dans le secteur est d'Alep, tenu par les rebelles et où il gère une boulangerie, Abou Omar trouve qu'il y a "quelque chose d'étrange dans ce silence".

"Nous avions l'habitude de nous endormir et de nous réveiller avec le bruit des raids et de l'artillerie", affirme cet homme de 45 ans. "Je suis heureux mais triste pour les régions qui ne sont pas concernées par la trêve et dont les habitants continuent à souffrir".

Une journaliste de l'AFP qui s'est rendue aux abords de Damas a constaté que le calme était total alors que dans la capitale même, les rues étaient très animées.

Mahdi al-Ani, 25 ans, qui habite à Doummar, dans le nord-ouest de la capitale, veut croire de toutes ses forces à la trêve. "Dans mon quartier, on a l'habitude d'entendre le bruit des obus. Hier (samedi), j'ai entendu deux déflagrations mais je suis dit: 'non j'ai rien entendu , la trêve va continuer inchallah'", explique cet étudiant.

Abou Jamal, qui possède un magasin de légumes à Mazzé, dans l'ouest de Damas, voudrait maintenant aussi "une trêve dans les embouteillages qui paralysent la ville, une trêve dans les coupures d'électricité et surtout une trêve dans les prix qui ne cessent d'augmenter".

Au Vatican, le pape François a exprimé dimanche "son espérance" que l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu en Syrie puisse mettre fin à une guerre qui a fait au moins 270.000 morts et contraint la moitié de la population à quitter ses foyers.

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