Syrie: le Royaume-Uni renonce à intervenir, les USA en quête d'une "coalition internationale"

30/08/13 à 07:26 - Mise à jour à 07:25

Source: Le Vif

Le Parlement britannique a rejeté jeudi l'idée d'une intervention militaire contre la Syrie. Après avoir évoqué l'hypothèse d'une action unilatérale, les Etats-Unis disent ce vendredi toujours rechercher une "coalition internationale". De son côté, Damas a promis de se défendre "contre toute agression".

Syrie: le Royaume-Uni renonce à intervenir, les USA en quête d'une "coalition internationale"

© Reuters

Dans ce climat de fortes tensions face à la perspective d'une action militaire qui serait menée par Washington, des inspecteurs des Nations unies enquêtent depuis lundi près de Damas sur l'attaque chimique du 21 août qui a fait des centaines de morts et ont recueilli "quantité" d'éléments.

La Chambre des Communes britannique a rejeté jeudi soir, par 285 voix contre 272, une motion présentée par le Premier ministre David Cameron qui défendait le principe d'une intervention militaire en Syrie. Ce dernier a immédiatement indiqué qu'il tirerait les conséquences de ce vote. "Il est clair que le Parlement britannique ne veut pas d'intervention militaire britannique. Je prends note et le gouvernement agira en conséquence", a-t-il réagi.

La motion gouvernementale condamnait "l'usage d'armes chimiques en Syrie le 21 août 2013 par le régime de (Bachar al-)Assad" et convenait "qu'une réponse humanitaire forte est requise de la part de la communauté internationale, impliquant si nécessaire une action militaire qui soit légale, proportionnée et destinée à sauver des vies en empêchant tout usage futur d'armes chimiques en Syrie".

Le Conseil de sécurité de l'ONU est également dans l'impasse. Une réunion d'à peine 45 minutes entre les cinq membres permanents (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France disposant tous d'un droit de veto) s'est achevée sans progrès apparents. Elle s'était tenue à la demande de la Russie, alliée de la Syrie et donc farouchement opposée à toute action militaire.

"Coup de semonce" et "coalition internationale"

Les Etats-Unis recherchent toujours "une coalition internationale" pour répondre à l'attaque présumée à l'arme chimique du régime de Damas sur des civils, malgré le rejet d'une intervention par le parlement britannique, a déclaré ce vendredi le chef du Pentagone Chuck Hagel. "Notre approche est de continuer (à chercher) une coalition internationale qui agira de concert", a déclaré le secrétaire américain à la Défense.

Chuck Hagel a précisé que Washington respectait le vote du parlement britannique, où 285 voix contre 272 ont rejeté jeudi soir une motion présentée par le Premier ministre David Cameron qui défendait le principe d'une intervention militaire en Syrie. "Il est de la responsabilité de chaque pays de prendre ses propres décisions", a-t-il dit. "Nous continuons de consulter les Britanniques, comme les autres alliés. Cette consultation comprend des façons d'aller de l'avant ensemble pour répondre à cette attaque à l'arme chimique en Syrie", a précisé le haut responsable. Chuck Hagel est actuellement à Manille, dernière étape de sa tournée d'une semaine en Asie.

La veille, réagissant au vote de la Chambre des communes, la Maison Blanche avait laissé entendre que le président Barack Obama pourrait décider d'une action unilatérale américaine. "Les Etats-Unis continueront à consulter le gouvernement britannique, l'un de nos alliés et amis les plus proches", mais "les décisions du président Obama seront guidées par ce qui est dans l'intérêt des Etats-Unis", avait déclaré la porte-parole du Conseil de sécurité national américain, Caitlin Hayden.

Le président "pense que des intérêts cruciaux des Etats-Unis sont en jeu, et que les pays qui violent les règles internationales sur les armes chimiques doivent rendre des comptes", avait-elle conclu.

Le président américain avait dit mercredi soir ne pas avoir pris de décision sur la Syrie, mais il avait parlé d'un nécessaire "coup de semonce" contre Damas. Les Etats-Unis "répondront" à l'utilisation par la Syrie d'armes chimiques, a réaffirmé la porte-parole adjointe du département d'Etat Marie Harf, mais sans être plus explicite.

Face à cette poussée de fièvre et malgré le scepticisme qui s'est fait jour depuis mercredi sur l'opportunité d'une intervention, le président syrien Bachar al-Assad s'est engagé à "défendre" son pays "contre toute agression" des Occidentaux.

Fort de l'appui de la Russie, M. Assad, qui avait déjà démenti les accusations "insensées" de recours aux armes chimiques, a martelé que la Syrie était "déterminée à éradiquer le terrorisme soutenu par Israël et les pays occidentaux", assimilant une nouvelle fois la rébellion à du "terrorisme".

Un feu vert de l'ONU hautement improbable Du côté de l'ONU, les inspecteurs enquêtant en Syrie ont récolté quantité d'"éléments" dans la région de l'attaque chimique, près de Damas. Ils doivent faire un compte-rendu oral au secrétaire général Ban Ki-moon après leur départ de Syrie prévu samedi. Les échantillons recueillis seront transmis à des laboratoires en Europe, conformément à la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, et ces analyses pourraient prendre des semaines, selon un porte-parole de l'ONU, Farhan Haq.

Quoi qu'il en soit, un feu vert du Conseil de sécurité pour l'usage de la force en Syrie est hautement improbable compte tenu de l'opposition de la Russie et de la Chine.

La France, l'autre alliée de Washington au Conseil de sécurité, a reconnu qu'une riposte militaire était "compliquée à construire". Le président François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont dit attendre les résultats de l'enquête de l'ONU. Le chef de l'Etat français a cependant insisté sur la nécessité de "marquer un coup d'arrêt par rapport à l'escalade de la violence".

Et le Canada a d'ores et déjà annoncé ne pas envisager de participer à d'éventuelles frappes.

Le spectre de l'invasion de l'Irak Les Etats-Unis ont rassemblé depuis une semaine des renseignements et informations sur l'attaque chimique et la Maison Blanche devait communiquer jeudi soir au Congrès les éléments en sa possession.

Alors que l'invasion de l'Irak en 2003 , construite sur de faux renseignements, est dans toutes les têtes à Washington, le gouvernement américain devait organiser dans la soirée une conférence téléphonique avec des parlementaires du Sénat et de la Chambre des représentants. Une "version déclassifiée" d'un rapport des services de renseignement américains devrait être publiée "avant la fin de la semaine".

Le Pentagone a déployé un destroyer supplémentaire face aux côtes syriennes, portant temporairement à cinq le nombre de navires équipés de missiles de croisière en Méditerranée orientale. Le Royaume-Uni a déployé six avions de chasse Typhoon sur l'une de ses bases à Chypre, à une centaine de kilomètres seulement des côtes syriennes.

A Damas, les forces armées syriennes ont été repositionnées hors de leurs postes de commandement, et les habitants se préparaient au pire, certains pliant bagages, d'autres subissant des contrôles renforcés à des barrages routiers.

S'exprimant depuis la Turquie, qui prône une opération musclée contre le voisin syrien, l'opposition syrienne a affirmé que les défections s'étaient multipliées dans l'armée syrienne ces derniers jours.

Dans le camp des alliés de Damas, Moscou a annoncé l'envoi en Méditerranée d'un bateau de lutte anti-sous-marine et d'un navire lance-missiles. L'Iran, par la voix de son chef d'état-major Hassan Firouzabadi, a prévenu qu'une action militaire contre la Syrie aurait des conséquences sur toute la région et mènerait Israël "au bord des flammes". Celui-ci a rétorqué qu'il répliquerait "avec toute sa force" et fait état du déploiement de systèmes d'interception antimissiles.

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