Syrie: la Turquie menace de continuer de frapper les milices kurdes, Washington s'inquiète

29/08/16 à 14:04 - Mise à jour à 15:45

Source: Afp

La Turquie a prévenu lundi qu'elle continuerait de frapper les combattants kurdes dans le nord de la Syrie tant qu'ils n'auraient pas reculé à l'est de l'Euphrate, mais Washington a jugé ces affrontements "inacceptables".

Syrie: la Turquie menace de continuer de frapper les milices kurdes, Washington s'inquiète

© Reuters

"Les YPG (Unités de protection du peuple kurde) comme les Etats-Unis l'ont promis, et eux-mêmes l'ont déclaré, doivent repasser à l'est de l'Euphrate dès que possible, et tant qu'ils ne le feront pas ils (resteront) une cible", a déclaré lundi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu lors d'une conférence de presse.

Engagée depuis mercredi dans l'opération "Bouclier de l'Euphrate", visant à la fois les combattants kurdes et les jihadistes de l'Etat islamique (EI) en Syrie, l'armée turque a annoncé dimanche avoir tué "25 terroristes kurdes" dans des frappes aériennes et des tirs d'artillerie, après avoir essuyé samedi sa première perte au sol.

En conflit avec les Kurdes sur son propre territoire, la Turquie veut éviter que les Kurdes syriens forment une ceinture continue le long de sa frontière avec la Syrie voisine, ravagée par un conflit complexe qui a fait plus de 290.000 morts depuis 2011.

"Le but de l'opération est de nettoyer la région du groupe jihadiste EI et d'empêcher le PYD (Parti de l'Union démocratique) et les YPG de mettre en place un corridor de bout en bout" qui "diviserait la Syrie", a affirmé le vice-Premier ministre turc Numan Kurtulmus, cité par la télévision turque NTV.

Lundi, l'offensive turque se poursuivait pour la sixième journée avec de nouveaux tirs de l'artillerie turque contre 15 positions dans le nord de la Syrie, a rapporté la télévision turque NTV, sans préciser les groupes visés.

Mais l'émissaire présidentiel américain auprès de la coalition internationale antijihadiste, Brett McGurk, a qualifié les affrontements entre la Turquie et les forces arabo-kurdes d'"inacceptables", appelant toutes les parties à "cesser" les combats.

Dans un communiqué obtenu par l'AFP, le Pentagone américain a déclaré "suivre de près les informations faisant état de combats (...) entre les forces armées turques, des groupes de l'opposition (pro-Ankara, ndlr) et des unités affiliées aux Forces syriennes démocratiques (FDS)", une alliance antijihadiste soutenue par les Américains et dominée par les Kurdes mais qui comprend également des combattants arabes.

"Nous voulons dire clairement que ces combats sont inacceptables et suscitent notre profonde inquiétude", précise le texte.

- 'Nettoyage ethnique' -

Ankara considère le PYD et sa branche armée comme des organisations "terroristes", bien qu'elles soient épaulées, en tant que forces combattant efficacement les jihadistes, par Washington, allié traditionnel de la Turquie.

En visite à Ankara la semaine dernière, le vice-président américain Joe Biden avait "dit très clairement" que les forces kurdes "doivent retraverser" l'Euphrate vers l'est, faute de quoi elles perdraient le soutien des Etats-Unis. Mais Ankara assure n'avoir depuis pas vu de changement.

"Dans les endroits où ils se rendent, les YPG forcent tout le monde à migrer, y compris les Kurdes qui ne pensent pas comme eux, et procèdent à un nettoyage ethnique", a poursuivi le chef de la diplomatie turque.

Selon lui, la zone autour de la ville de Minbej, à l'ouest de l'Euphrate et récemment reprise par les YPG à l'EI, est majoritairement arabe.

M. Cavusoglu a également salué le succès de l'opération éclair dans la localité de Jarablos, reprise à l'EI dès mercredi dernier par des rebelles syriens soutenus par Ankara. "L'objectif de cette opération (...) est de nettoyer la région du groupe terroriste Daech (acronyme arabe de l'EI)", a-t-il déclaré.

L'armée turque dispose actuellement d'une cinquantaine de chars et de centaines de soldats sur le sol syrien dans le cadre de cette offensive.

Dimanche, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme avait affirmé que les bombardements turcs en Syrie avaient tué au moins 40 civils, des allégations fermement démenties par Ankara.

"Les allégations selon lesquelles (...) des civils ont été tués ou visés ne reflètent pas la vérité", a réagi le bureau du Premier ministre, ajoutant que l'armée prenait "toutes les mesures nécessaires pour éviter de toucher la population civile".

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