Syrie : la journée la plus sanglante

22/06/12 à 08:23 - Mise à jour à 08:23

Source: Le Vif

Près de 170 personnes, en majorité des civils, ont été tuées dans la répression et les combats en Syrie jeudi, soit la journée la plus sanglante depuis l'instauration théorique de la trêve le 12 avril, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Syrie : la journée la plus sanglante

© AFP

Rami Abdelrahmane, le directeur de l'OSDH, a affirmé à l'AFP que "c'est la journée la plus sanglante depuis l'instauration du cessez-le-feu, et l'une des plus sanglantes depuis le début de la révolte contre le régime syrien". Les bilans les plus lourds été enregistrés dans la région de Homs (31 civils et un rebelle), Deraa (24 civils, dont deux enfants et cinq rebelles), et dans la ville rebelle de Douma, près de Damas (30 civils), où les victimes ont péri principalement dans des bombardements intenses qui ont débuté dès le matin, et des combats. Les violences ont tué au moins 104 civils, 54 soldats et dix combattants rebelles, selon cette organisation basée en Grande-Bretagne et qui s'appuie sur les témoignages de militants sur place.

Il y a eu également sept civils tués dans la province d'Alep (nord), trois civils et deux rebelles dans celle de Deir Ezzor (est), quatre civils dans celle de Hama (centre) et cinq civils dont une fillette et deux rebelles dans celle d'Idleb (nord-ouest). Depuis le début, à la mi-mars 2011, de la révolte contre le régime, la répression et les combats entre armée et rebelles ont fait plus de 15.000 morts en Syrie, en majorité des civils, selon un dernier bilan de l'OSDH.

Un pilote syrien fait défection, une première en 15 mois de crise

Il s'agit d'une simple désertion, certes, mais une désertion fortement symbolique. Un pilote syrien a fait défection ce jeudi, pour la première désertion du genre depuis le début il y a 15 mois d'une révolte populaire réprimée par le régime au prix de plus de 15 000 morts. Ce pilote de chasse syrien, le colonel Hassan Merhi al-Hamadé, a atterri sur une base de l'armée de l'air en Jordanie, à bord d'un MiG-21 de fabrication russe. Selon l'opposition syrienne, il avait décollé d'un aéroport militaire dans le sud de la Syrie et volé à basse altitude pour échapper aux radars. Il a demandé l'asile politique au royaume jordanien, qui le lui a rapidement accordé.

Bientôt d'autres défections de haut rang?

Le ministère syrien de la Défense a en revanche estimé que le colonel Hamadé était "un déserteur et un traître à la nation" et promis qu'il serait sanctionné "en vertu des règles en vigueur", tout en faisant état de "contacts" avec la Jordanie en vue d'une restitution du MiG-21. Les Etats-Unis ont salué son geste en estimant que ce pilote ne serait pas le dernier à abandonner le régime Assad, dont les troupes sont accusées par l'ONU et plusieurs pays occidentaux et ONG internationales de "crimes contre l'Humanité".
L'ambassadeur américain en Syrie, Robert Ford, a d'ailleurs publié sur sa page Facebook une lettre ouverte aux soldats syriens leur demandant de ne plus soutenir Bachar el-Assad et soulignant que les auteurs d'atrocités seraient traqués et jugés. Face à la répression brutale, la révolte marquée au départ par des manifestations pacifiques s'est militarisée avec la désertion de dizaines de milliers de soldats, dont des milliers ont rejoint les rangs de l'Armée syrienne libre (ASL), selon l'OSDH.

Répression syrienne et impuissance internationale

Dans une nouvelle journée sanglante, la répression et les combats entre soldats et déserteurs ont fait près de 120 morts ce jeudi, l'armée bombardant toujours sans relâche des bastions rebelles comme Homs (centre) et Deraa (sud), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Face à la spirale de violences, la communauté internationale reste impuissante en raison essentiellement de ses divisions, que Moscou a rappelées en douchant les espoirs sur son appui à un départ du président Bachar el-Assad et en défendant son droit de livrer des armes à Damas.

Les Occidentaux travaillent sur une résolution au Conseil de sécurité, et les Arabes souhaitent que le mandat de l'émissaire international Kofi Annan soit renforcé, avec un recours au Chapitre VII de l'ONU pour forcer régime et opposition à appliquer son plan de sortie de crise resté lettre morte.

Annan doit tenir vendredi une conférence de presse à Genève avec Robert Mood, chef des observateurs de l'ONU en Syrie qui ont suspendu leurs opérations en raison des violences. Il espère rassembler Washington, Moscou et d'autres puissances pour mener des négociations avec Assad sur l'avenir du pays, et compte dévoiler sa feuille de route pour une transition politique lors d'une réunion à Genève le 30 juin, selon diplomates et responsables de l'ONU. L'émissaire international doit aussi s'exprimer le 2 juillet sur l'avenir de la mission des observateurs.

Avec Belga et L'Express

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