Syrie: la cruciale bataille d'Alep

08/08/16 à 10:52 - Mise à jour à 11:02

Source: Afp

Rebelles et régime ont dépêché lundi d'importants renforts en hommes et en armes à Alep et dans ses environs, en préparation d'une bataille cruciale pour le contrôle de la deuxième ville de Syrie, dont l'issue constituerait un tournant dans la guerre.

Syrie: la cruciale bataille d'Alep

Alep © AFP

Dimanche soir, les groupes rebelles et des jihadistes ont annoncé le début de la bataille pour s'emparer de la totalité d'Alep, après avoir porté un coup dur au régime dans cette ville du nord du pays.

Les insurgés ont en effet brisé le siège de trois semaines imposé par le régime à leurs quartiers dans l'est d'Alep, à la faveur d'une contre-offensive qui leur a permis aussi d'encercler les quartiers prorégime dans l'ouest de la cité divisée.

Cette victoire est l'une des rares remportées ces dernières années par les rebelles face au régime dans le conflit dévastateur et complexe qui a fait plus de 280.000 morts, poussé à la fuite plus de la moitié de la population et provoqué une grave crise humanitaire.

Elle est d'autant plus significative que le régime a un atout principal, son aviation, et a le soutien des frappes aériennes de l'allié russe et au sol de combattants aguerris iraniens et du Hezbollah libanais.

Selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, aussi bien le régime que les rebelles ont envoyé des renforts "en hommes et en armes" à Alep et ses environs.

"Environ deux mille combattants pro-régime, des Syriens, Iraniens, des Irakiens et du Hezbollah libanais sont arrivés à Alep à travers la route du Castello, au nord de la ville" en provenance du centre du pays, a-t-il précisé.

'Libérer totalement Alep'

Un haut responsable de la sécurité à Damas a confirmé à l'AFP l'arrivée de renforts au sud d'Alep. "La situation n'est pas inquiétante car les rebelles sont dans une poche sous notre feu".

Les rebelles ont eux reçu des renforts de la province voisine d'Idleb, selon l'OSDH.

Les deux camps préparent leurs troupes pour la "grande bataille" d'Alep, désormais "décisive" pour les belligérants et leurs alliés à l'étranger, la Russie pour le régime et les Occidentaux dont les Etats-Unis pour les rebelles.

Fort de son succès à Alep, "l'Armée de la conquête", qui regroupe les groupes rebelles islamistes et le Front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra ayant renoncé à son rattachement à Al-Qaïda), a annoncé "le début de la nouvelle phase pour la libération de l'ensemble d'Alep".

"Nous annonçons notre intention de doubler le nombre de combattants pour cette bataille", a déclaré la coalition dans un communiqué dimanche soir. "Nous ne cesserons de lutter que lorsque nous brandirons le drapeau de la conquête sur la citadelle d'Alep".

Cette coalition a notamment pris le quartier gouvernemental de Ramoussa, à la périphérie sud d'Alep, ce qui lui a permis de faire la jonction avec les quartiers rebelles de l'est, où quelque 250.000 habitants étaient assiégés par les forces du régime.

Aides au secteur prorégime

Depuis trois jours, les raids des avions syriens et russes n'ont pas cessé sur les quartiers rebelles et les positions des insurgés au sud d'Alep.

Les forces prorégime veulent éviter l'encerclement total de leurs quartiers à Alep, et ont réussi à faire passer des camions d'aides via la route du Castello.

"Nos forces se sont redéployées après avoir absorbé le choc de l'attaque de milliers de mercenaires, et elles ont trouvé une voie alternative pour permettre l'acheminement de nourriture et de carburant" vers les quartiers gouvernementaux, a assuré dimanche la télévision d'Etat.

Selon M. Abdel Rahmane, "il n'y a plus de route sûre pour les civils se trouvant dans ces quartiers pour entrer ou sortir de la ville".

Des habitants d'Alep ouest s'étaient rués au marché pour acheter de la nourriture et de l'eau en prévision d'un siège.

Plus de 130 civils ont été tués depuis le 31 juillet dans la bataille d'Alep, de même que des centaines de combattants des deux côtés.

La guerre en Syrie, déclenchée en mars 2011 après la répression de manifestations pacifiques pro-démocratie, s'est complexifiée avec l'implication d'acteurs internationaux et des groupes jihadistes.

Nos partenaires