Syrie: intervenir, mais avec quelles conséquences?

29/08/13 à 13:12 - Mise à jour à 13:12

Source: Le Vif

Parmi les options de la communauté internationale pour réagir après l'attaque chimique du 21 août, la riposte militaire semble la plus probable. Mais les répercussions d'une telle décision sont encore incertaines.

Syrie: intervenir, mais avec quelles conséquences?

© Reuters

"Nous sommes prêts à y aller". Depuis cette mâle pré-déclaration de guerre, mardi, du ministre américain de la Défense, Chuck Hagel, les ardeurs belliqueuses des Etats-Unis se sont un peu refroidies. Présentée comme imminente, l'opération militaire occidentale en Syrie attendra au moins quelques jours de plus.

Mais l'Oncle Sam a déjà déployé en Méditerranée des jets et des avions de transport sur la base militaire britannique de Chypre, à 150 kilomètres de la côte syrienne, annonçait le quotidien Libération mercredi. De son côté, selon Le Point, la France a envoyé une frégate au large de la Syrie. Il ne s'agit pas de renverser le régime de Bachar el-Assad ou d'infléchir le cours de la guerre civile qui fait rage en Syrie -100 000 personnes y ont trouvé la mort en deux ans. L'intervention militaire qui se prépare a pour but affiché de punir le régime de Bachar el-Assad pour avoir utilisé des armes chimiques contre sa population le 21 août dernier.

C'est la première fois que la communauté internationale interviendrait en ce sens depuis la mise en place de la Convention interdisant la production et l'emploi des armes chimiques en 1993. "Il s'agit de signaler qu'il n'est pas acceptable d'employer des armes chimiques contre une population civile" explique Bruno Tertrais, maître de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique. Une intervention plus lourde dans le conflit en Syrie aurait "une équation coût/bénéfice plus incertaine. On a là la possibilité d'agir pour une cause qui paraît juste aux yeux des dirigeants occidentaux, de manière restreinte avec des risques limités." Devant cette équation, la communauté internationale a fait son choix.

En face, le régime de Bachar el-Assad n'a cessé de promettre des ripostes, et prévenait mercredi que la Syrie serait "le cimetière des envahisseurs" en cas d'attaque. En l'occurrence, les frappes avec des missiles de croisière ont l'avantage d'éviter aux intervenants de pénétrer dans l'espace aérien syrien. Mais "la Syrie est un pays en guerre avec Israël" rappelle Frederico Santopinto, chercheur au Grip (Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité), "elle est donc beaucoup mieux équipée que la Libye ne l'était au moment de l'intervention de 2011, même si elle ne fait pas le poids face à l'équipement des Occidentaux". Une riposte est donc possible, mais absolument pas certaine, surtout si les frappes sont courtes. Bruno Tertrais se fonde sur les événements antérieurs: "Ils n'ont pas riposté après qu'Israël a frappé un réacteur nucléaire en 2007, ni après les raids aériens de 2012 et 2013. Si la Syrie décide de répondre, elle tenterait de s'en prendre à des intérêts occidentaux dans la région. Mais sa capacité d'action est bien plus limitée qu'il y a 20 ou 30 ans".

Quelles cibles?

Dans le cas d'une intervention, les missiles devraient viser des infrastructures militaires, mais probablement pas de sièges du pouvoir politique - ce qui pourrait être interprété comme une tentative de déstabiliser le régime. De même, les dépôts d'armes chimiques ne devraient pas être visés, puisque les risques d'émanation des produits pour la population alentour sont difficiles à évaluer.

Agir pour punir, mais avec quels risques?

A Jérusalem, des masques à gaz sont distribués aux citoyens depuis plusieurs jours, de crainte que les événements ne prennent une tournure plus grave. La Turquie, qui soutient l'opération, a renforcé son niveau de vigilance. Un nouvel accroissement des tensions dans la région est-il à craindre? Au regard des tensions qui existent déjà, Frederico Santopinto juge ce scénario peu probable si les frappes sont courtes et peu incisives. Mais il n'écarte pas totalement un dérapage: "Les choses peuvent aller très vite, il suffirait que les Syriens touchent un bâtiment américain pour que les Etats-Unis soient forcés de s'engager dans le conflit".
Pour la crédibilité des Occidentaux au sein de la communauté internationale, et notamment pour Barack Obama dont le second mandat est semé d'embuches, l'intervention semble inéluctable. Le Président américain l'a d'ailleurs rappelé à la télévision publique mercredi. Les Etats-Unis, lors d'intenses tractations pour préparer le terrain, avaient même estimé qu'elle est "dans l'intérêt de la communauté internationale". Mais l'impact d'une telle "ingérence", comme l'appelle la Chine, sur le conflit en Syrie et son hypothétique résolution par la négociation est encore impossible à évaluer. François Hollande s'est dit déterminé à augmenter l'aide militaire aux rebelles, mais la conférence Genève 2 est tombée aux oubliettes, en partie parce que la Coalition nationale syrienne refuse de s'y rendre.

Dans ce contexte, faut-il intervenir?

Pour Bruno Tertrais, la situation sur le terrain est déjà embrasée. Et de soulever la question: "Est-ce que cette intervention est pire que de ne rien faire? Personne ne peut le dire, mais j'imagine mal que la situation puisse être encore plus difficile". Frederico Santopinto n'est pas certain que ce soit une bonne opportunité politique. "C'est un conflit interconfessionnel que nous regardons avec nos yeux d'Occidentaux" prévient-il, "et il n'y a pas toujours un bon à soutenir et un mauvais à bombarder. L'Union Européenne, la France, le Royaume Uni, auraient plus d'intérêt à garder leurs distances de façon à jouer un rôle de médiateur."

Après les réactions à chaud, les Occidentaux, semblent aujourd'hui réfléchir à l'incertitude de la situation. Incapables d'assurer que cette punition mettra un terme à l'emploi d'armes chimiques ou n'embrasera pas la région, ils doivent faire face à une opinion publique divisée. Et mesurer les possibles conséquences d'une intervention.

Par Marie Le Douaran

Le parallèle avec le Kosovo En 1999, l'OTAN a mené des attaques au Kosovo et en Serbie sans le feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU, justifié par l'urgence humanitaire. Dans le cas de la Syrie, un accord du Conseil sera difficile à trouver, mais David Cameron a décidé de présenter un projet de résolution qui autorise les mesures nécessaires pour protéger les civils contre les armes chimiques.

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