Syrie : Daraya, le plus grand massacre depuis le début de la guerre

27/08/12 à 16:18 - Mise à jour à 16:18

Source: Le Vif

Majoritairement sunnite, la ville de Daraya, 200 000 habitants, est située à 7 km au sud de Damas. Considérée comme hostile au régime, la ville était bombardée depuis plusieurs jours.

Syrie : Daraya, le plus grand massacre depuis le début de la guerre

© Reuters

Il est trop tôt pour savoir ce qu'il s'est vraiment passé à Daraya. Mais c'est probablement le pire massacre depuis le début de la crise en Syrie. Plus de 330 corps ont été découverts dimanche, dans cette ville de la banlieue de Damas, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). L'OSDH avait d'abord annoncé, dimanche matin, qu'au moins 320 personnes avaient été retrouvées mortes depuis le début d'une offensive lancée 5 jours plus tôt par l'armée syrienne. Puis 14 nouveaux corps ont été découverts dans la journée de dimanche selon l'OSDH.

L'opposition et des militants ont dénoncé un nouveau "massacre odieux du régime" en diffusant sur Internet des images, non authentifiées, montrant des dizaines de corps gisant dans une tranchée transformée en fosse commune et dans une mosquée. Une vidéo de militants diffusée samedi montre des corps d'hommes ensanglantés alignés à même le sol dans les salles peu éclairées d'une mosquée. Sur une autre vidéo, publiée la veille, on voit des dizaines de corps défigurés, ensanglantés et partiellement carbonisés, alignés dans une immense fosse commune. Et un troisième enregistrement des Comités locaux de coordination (LCC), montre les préparatifs pour les funérailles à Daraya.

En face, le régime syrien accuse une nouvelle fois les rebelles. Le régime du président Bachar al-Assad a affirmé, via l'agence officielle Sana, que son armée avait "nettoyé" Daraya de "terroristes mercenaires", ajoutant que ceux-ci avaient commis des "crimes contre les habitants". Un reportage d'Al Dounia, chaîne privée proche du régime de Bachar el-Assad, montre les cadavres d'habitants, dont de nombreux enfants, et accuse les rebelles d'avoir "tué au nom de la liberté". [Attention, images choquantes]

Le travail de la quatrième division de Maher el-Assad?

Des habitants interrogés par un reporter du Global Post dans cette localité accusent en revanche la quatrième division de Maher el Assad d'être à l'origine de cette tuerie. "Les combattants de l'Armée syrienne libre se sont retirés aujourd'hui (samedi) après avoir détruit un checkpoint, raconte un témoin interrogé par le Global Post. Le régime d'Assad veut tuer tous les sunnites de Daraya", complète-t-il.

Selon ce témoin qui a fui la ville avec sa famille samedi, la ville a été encerclée par l'armée à partir et des checkpoints militaires ont été mis en place à partir du 16 aout. L'électricité a été coupée le 18. Puis les obus, lancés depuis le mont Qasioun qui surplombe Daraya ont commencé à s'abattre sur la ville. L'armée a ensuite fait pénétrer les chars et ratissé la ville, explique Jean-Pierre Filiu, spécialiste du Proche-Orient, sur son blog.

Selon Mohammad Chehadé, des Comités locaux de coordination (LCC), "Après le retrait de l'ASL, les troupes d'Assad ont commencé des perquisitions, ils sont entrés dans la mosquée", y ont tué les civils qui s'y étaient réfugiés et ont abattu d'autres cachés dans un immeuble", 100 mètres plus loin. "Alertés par l'odeur de décomposition en raison de la forte chaleur, les voisins (dans l'immeuble) ont transporté ces corps à la mosquée", aux côtés des autres cadavres.

Daraya paie son opposition au régime

Majoritairement sunnite, la ville de Daraya, 200 000 habitants, est située à 7 km au sud de Damas. Jean-Pierre Filiu rappelle que cette ville est le "berceau syrien de la non-violence". Au cours du printemps 2011, "les manifestants de Daraya brandissaient des rameaux d'oliviers et scandaient " Silmiyyé, silmiyyé (Pacifique, pacifique)".

L'imam local, Abdelakram Saqqa, qui prône la non violence, a été embastillé comme tant d'autres en juillet 2011, tandis qu'un militant du comité local de coordination, enlevé par les services de renseignements, a été rendu torturé à mort à ses parents, explique Jean-Pierre Filiu.

Ban Ki-moon "bouleversé", demande une enquête indépendante

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon se dit "bouleversé" par les informations rapportant un massacre en Syrie à Daraya et estime nécessaire "d'enquêter immédiatement et de manière impartiale", a déclaré lundi son porte-parole.

"Le secrétaire général est bouleversé par ces informations et condamne fermement ce crime brutal et épouvantable", a ajouté Martin Nesirky.

Se référant aux informations sur la mort de "centaines de civils" à Daraya, le porte-parole a estimé "qu'il faut enquêter immédiatement, d'une manière indépendante et impartiale". "Nous souhaitons que ce soit le cas aussitôt que possible", a-t-il ajouté.

Il a souligné "qu'il y a un manque de protection des civils en Syrie et un besoin urgent d'empêcher de nouveaux morts". "Quand des atrocités sont commises, quiconque est responsable doit être sanctionné", a ajouté M. Nesirky.

LeVif.be avec L'Express et Belga

Massacres en série

Le massacre de Daraya n'est que le dernier d'une sinistre série:

Treimsa, 12 juillet. Des bombardements et des combats font plus de 150 morts dans cette localité la province de Hama, dont des dizaines de rebelles, selon l'ODSH).

Al-Koubeir, 6 juin. Au moins 55 personnes dont des femmes et des enfants sont tuées dans ce hameau, également dans la province de Hama, selon l'OSDH, qui, avec l'opposition, impute ce massacre aux "chabbihas" (miliciens pro-régime).

Houla, 25 mai. Au moins 108 morts, dont 49 enfants et 34 femmes, sont tuées dans la localité de Houla, dans la province de Homs. En juin, un rapport d'une Commission d'enquête de l'ONU affirme que les forces pro-Assad sont responsables de nombreux morts.

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