Syrie : Assad juge les accusations occidentales sur les attaques chimiques "insensées"

26/08/13 à 08:19 - Mise à jour à 08:19

Source: Le Vif

Le président syrien Bachar al-Assad a qualifié d'"insensées" les accusations occidentales sur l'attaque chimique perpétrée par son régime et a prévenu les Etats-Unis que leurs projets d'intervention militaire en Syrie étaient voués à l'"échec" dans une interview au quotidien russe Izvestia.

Syrie : Assad juge les accusations occidentales sur les attaques chimiques "insensées"

© AFP

"Les déclarations faites par des hommes politiques aux Etats-Unis et en Occident sont une insulte au bon sens et témoignent du mépris quant à l'opinion de leur peuple", a-t-il déclaré au quotidien pro-Kremlin Izvestia. "C'est un non-sens: accuser d'abord et recueillir les preuves ensuite."

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a téléphoné dimanche au secrétaire général de l'ONU et à ses homologues britannique, français, canadien et russe pour leur dire avoir "très peu de doutes" quant à l'usage d'armes chimiques par Damas le 21 août.

Les experts de l'ONU doivent commencer à enquêter lundi sur les lieux d'une attaque chimique présumée près de Damas, après avoir obtenu un feu vert du régime jugé trop tardif par les pays occidentaux qui étudient une option militaire.

Se basant sur des rapports médicaux, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a comptabilisé plus de 300 morts par gaz toxique, dont des dizaines de rebelles. Le président syrien a par ailleurs mis en garde les Etats-Unis contre une intervention militaire en Syrie.

"Les Etats-Unis essuieront un échec comme lors de toutes les guerres précédentes qu'ils ont lancées à commencer par le Vietnam", a-t-il lancé. "L'Amérique a mené plusieurs guerres et n'a jamais atteint les objectifs pour lesquels ces guerres ont été déclarées", a ajouté le président syrien.

"Elle n'a pas réussi à convaincre les peuples multiethniques du caractère juste de ces guerres ni imposer son idéologie dans ces pays", a-t-il poursuivi.

Il a accusé "certains leaders" occidentaux de "ne pas connaître l'histoire et de ne pas en tirer les leçons". "Ont-ils tiré les leçons de ces 50 dernières années? Ils auraient dû étudier les documents de leurs prédécesseurs qui ont perdu toutes les guerres à commencer par le Vietnam et jusqu'à nos jours", a-t-il dit dans une claire allusion à l'administration américaine.

"N'ont-ils pas compris que toutes ces guerres n'ont apporté rien d'autre que la ruine et l'instabilité au Proche-Orient et dans d'autres régions du monde", a poursuivi le président syrien.

M. Assad qui déclare lutter "contre les terroristes" en Syrie a aussi mis en garde les Occidentaux contre le fait que "le terrorisme n'était pas une carte qu'on joue une fois et (qu')on oublie ensuite".

"On ne peut pas être pour le terrorisme en Syrie et contre le terrorisme au Mali. On ne peut pas soutenir le terrorisme en Tchétchénie et lutter contre en Afghanistan", a-t-il souligné. "Personne ne réussira à transformer la Syrie en une marionnette des Occidentaux."

Le président syrien a par ailleurs souligné que tous les contrats militaires signés avec la Russie étaient "exécutés". "Ni la crise, ni les pressions des Etats-Unis, de l'Europe et des pays du Golfe n'ont empêché la Russie de livrer à la Syrie ce dont elle a besoin pour protéger son peuple", a-t-il souligné.

Bachar al-Assad a aussi accusé le Qatar, la Turquie et l'Arabie saoudite de "soutenir ouvertement les terroristes" syriens. "Le Qatar est leur sponsor, la Turquie les entraîne et leur assure des couloirs. Maintenant c'est l'Arabie Saoudite qui a remplacé le Qatar en tant que sponsor. L'Arabie saoudite est un Etat qui n'a que de l'argent et ne peut pas créer une société civilisée et entretenir la paix", a-t-il affirmé.

"C'est dommage qu'un grand pays comme la Turquie puisse être manipulé par quelques dollars. Malheureusement cet énorme pays avec une situation stratégique et une opinion publique progressiste est dirigé par un pays du Golfe", a-t-il dit.

Une intervention en Syrie aura des conséquences "gravissimes", avertit la Russie

La Russie a mis lundi en garde les Etats-Unis contre les conséquences "extrêmement graves" d'une possible intervention militaire en Syrie au cours d'un entretien téléphonique entre le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et son homologue américain John Kerry.

"M. Lavrov a attiré l'attention de son interlocuteur sur les conséquences extrêmement graves d'une possible intervention militaire pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord où des pays comme l'Irak ou la Libye sont toujours déstabilisés", selon un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères.

La Russie "est très inquiète" par les récentes déclarations américaines selon lesquelles Washington est prêt à "intervenir" dans le conflit syrien, a souligné le chef de la diplomatie russe.

Dans ce contexte, "la Russie appelle à s'abstenir de faire pression sur Damas, ne pas céder aux provocations et tenter de créer des conditions normales pour que la mission de l'ONU puisse mener une enquête minutieuse et impartiale sur place", selon le communiqué.

La Russie est l'un des derniers soutiens du régime du président Bachar al-Assad auquel elle vend des armes.

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