Syrie: accord à l'unanimité à l'ONU mais les divergences persistent

19/12/15 à 20:22 - Mise à jour à 20:21

Source: Afp

Les grandes puissances ont ouvert la voie à un cessez-le-feu et à de véritables négociations pour mettre fin à la guerre en Syrie mais il leur faudra surmonter de nombreux désaccords et la défiance des rebelles.

Syrie: accord à l'unanimité à l'ONU mais les divergences persistent

Le ministre américain des Affaires étrangères John Kerry interpelant son homologue russe Sergey Lavrov au côte du Secrétaire général de l'ONU Ban ki-Moon, le 18 décembre2015 © Reuters

Pour la première fois en près de cinq ans de conflit, les 15 membres du Conseil de sécurité ont adopté à l'unanimité, y compris la Russie, une résolution qui établit une feuille de route pour une solution politique.

Outre des négociations opposition-régime et un cessez-le-feu, le texte prévoit un gouvernement de transition dans les six mois et des élections dans les 18 mois.

Les grandes puissances veulent essayer d'aller vite avec l'objectif de lancer les discussions "début janvier" et de les faire coïncider avec un cessez-le-feu sous l'égide de l'ONU sur l'ensemble du territoire syrien.

"Nous espérons (..) être capable de le faire en janvier", a précisé prudemment le médiateur de l'ONU en Syrie, Staffan de Mistura, se voulant "réaliste" sur la complexité du processus. Le secrétaire d'Etat américain John Kerry s'est également dit "sans illusions" sur la difficulté de la tâche.

La prudence perdure car l'accord à l'ONU ne résout pas la question cruciale du sort réservé au président Bachar al-Assad. Les divergences persistent entre Occidentaux qui souhaitent son départ, sans dire à quel moment, et les Russes, qui le soutiennent mordicus.

Dans une déclaration samedi sur Twitter, Khaled Khoja, le chef de la Coalition nationale syrienne (CNS), principale formation de l'opposition en exil, a décrit l'accord comme irréaliste, ajoutant même qu'il "torpille" les résultats de la récente réunion des forces de l'opposition à Ryad. "Compte tenu de la réalité sur le terrain et de l'impasse sur le sort de Bachar al-Assad, l'accord n'est absolument pas applicable", a pour sa part estimé un autre dirigeant de la CNS, Samir Nachar.

Quel cessez-le-feu ?

Pour Karim Bitar, directeur de recherches à l'Institut français de relations internationales, cette résolution "est un premier pas très significatif mais de nombreuses ambiguïtés et arrière-pensées demeurent".

"Autant Russes et Américains semblent prêts à parvenir à un modus vivendi, autant les puissances régionales sunnites continuent de craindre que ce pragmatisme ne pérennise le statu quo et permette le maintien d'Assad sur une trop longue période de transition", explique-t-il.

"Ce qui fait la paix, ce sont les faits. Ne rêvons pas de trop de documents et de belles phrases", a déclaré à l'AFP Michel Kilo, un opposant historique.

Des zones d'ombre persistent en outre sur les conditions d'application d'une trêve des combats.

"En janvier, nous espérons être en mesure d'appliquer un cessez-le-feu complet, ce qui veut dire plus de largages de barils d'explosifs, plus de bombardements, plus de tirs ni d'attaques d'un côté comme de l'autre", a expliqué M. Kerry à New York.

Mais pour l'opposant Samir Nachar, "avant de trouver un mécanisme capable d'assurer un cessez-le-feu durable, ce sont les bombardements du régime et des Russes qu'il faudrait arrêter".

Les rebelles et certains pays occidentaux accusent Moscou de bombarder surtout les positions des groupes s'opposant au régime et non celles de l'organisation jihadiste Etat islamique (EI).

La résolution précise que ce cessez-le-feu ne s'appliquera pas aux opérations contre les groupes extrémistes comme l'EI et le Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda. Elle appelle à "éliminer le sanctuaire qu'ils ont créé sur une grande partie" de la Syrie.

Violents affrontements

Sur le terrain, des rebelles ont repris au régime le contrôle d'une colline stratégique surplombant une autoroute dans la province côtière de Lattaquié, deux jours seulement après l'avoir perdu, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"De violents affrontements ont eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi et les rebelles ont réussi à reprendre le contrôle total du stratégique Jabal Nuba", a affirmé à l'AFP Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH. "Les combats ont fait 18 mort du côté des forces loyales au régime, dont des combattants (du groupe chiite libanais) Hezbollah et plusieurs morts du côté des rebelles".

L'OSDH a aussi indiqué qu'un cessez-le-feu avait été conclu entre les Unités de protection du peuple kurde (YPG) et des rebelles islamistes après plus de trois semaines d'affrontements à Cheikh Maqsoud, un quartier majoritairement kurde au nord de la ville d'Alep (nord).

"Après des médiations locales, les YPG et des rebelles islamistes, dont Al-Nosra, ont conclu un accord de cessez-le feu dans le quartier de Cheikh Maqsoud qui doit entrer en vigueur samedi à 18H00 GMT", a indiqué M. Abdel Rahmane.

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