Surprises et leçons du scrutin de l'Iowa

02/02/16 à 20:11 - Mise à jour à 04/02/16 à 12:17

Source: Afp

Les électeurs de l'Iowa ont accompli leur mission lundi en resserrant la course des primaires présidentielles à une poignée de candidats. Voici les principaux enseignements du scrutin à l'approche des prochains rendez-vous du calendrier électoral, à commencer par le New Hampshire le 9 février.

Surprises et leçons du scrutin de l'Iowa

© Reuters

Trump, géant aux pieds d'argile

Le milliardaire Donald Trump était en tête de tous les sondages réalisés depuis deux semaines dans l'Iowa, mais il a terminé deuxième du scrutin avec 24% des voix contre 28% pour Ted Cruz, car ses partisans ne se sont pas autant mobilisés que ceux du sénateur du Texas.

"Bien qu'il ait jusqu'à présent eu l'air invincible, la réalité est qu'une majorité de républicains ont une mauvaise impression de lui", estime David Redlawsk, politologue à l'Université Rutgers. "L'attention médiatique portée sur lui allait bien au-delà de la réalité, et la réalité des électeurs l'a rattrapé".

Mais, tempère Cary Covington, professeur de science politique à l'Université de l'Iowa, la forte proportion de chrétiens évangéliques dans l'Etat était depuis le départ un obstacle pour le milliardaire, pas vraiment connu pour sa foi. "La suite des primaires lui est plus favorable", dit-il, notamment les primaires du 9 février dans le New Hampshire, où il a à ce jour plus de 20 points d'avance en moyenne.

La colère des électeurs est réelle

Plus de 90% des votants républicains de lundi se disaient "en colère" ou insatisfaits de l'Etat fédéral, selon les sondages réalisés à l'entrée des bureaux de vote. Les deux hommes en tête du scrutin républicain, Donald Trump et Ted Cruz, ont bâti leurs candidatures sur le rejet des élites politiques et des dirigeants actuels des deux partis, et le message a payé.

"Ces voix sont les voix dominantes", analyse Cary Covington. "Et Bernie Sanders, dans une autre direction, est alimenté par cette impatience du changement du côté démocrate". Le sénateur socialiste démocrate du Vermont et son discours révolutionnaire anti-élites a raflé 84% des voix des moins de 30 ans pour se hisser à quasi-égalité avec Hillary Clinton qui était autrefois la grande favorite de l'investiture.

"Son message fonctionne, les gens sont venus voter. Sanders a montré qu'il y avait une faim dans l'électorat démocrate de l'Iowa pour ce genre de message", constate David Relawsk.

Marco Rubio, l'homme du consensus?

C'est la surprise du scrutin républicain: le sénateur de Floride a obtenu 23% des voix, surpassant les 15 ou 17% que lui accordaient les sondages. Excellent orateur, il a conquis dans la dernière semaine, à force de meetings, les électeurs en quête d'un candidat plus rassurant et moins segmentant que l'ultra-conservateur Ted Cruz ou que Donald Trump.

Sa troisième place pourrait l'aider à devenir le favori de l'establishment du parti républicain.

"L'establishment ne veut pas de Trump ou Cruz", dit Cary Covington, mais les barons et les grands donateurs du parti ne savaient pas qui sauraient leur tenir tête. "Rubio est leur réponse", prédit-il.

Conséquence: une mauvaise place des autres candidats naturels de l'establishment, les gouverneurs John Kasich, Jeb Bush et Chris Christie, aux primaires du New Hampshire pourraient signifier la fin de l'aventure. Jeb Bush, en particulier, est en péril. "Le New Hampshire est une question de vie ou de mort pour lui", lâche Joseph Cammarano, professeur au Providence College.

Hillary Clinton, vivement mars

La candidate démocrate a revendiqué une très courte victoire dans l'Iowa, bien que les résultats soient quasiment à égalité. Mais l'important est d'avoir évité une redite de 2008, quand Barack Obama et John Edwards l'avaient battue dans l'Iowa. Le New Hampshire, le 9 février, s'annonce comme un mauvais moment à passer: Bernie Sanders est sénateur de l'Etat voisin et a une forte avance dans les sondages. La démocrate devrait donc faire le dos rond et attendre une pluie de délégués qui viendront du Nevada (20 février), de la Caroline du Sud (27 février) et surtout de la dizaine d'Etats qui voteront le 1er mars, notamment dans le Sud où l'électorat noir peut dépasser la moitié des votants. Ce "super mardi" d'élections attribuera, à la proportionnelle, environ 21% des délégués pour l'investiture. "Son mari Bill Clinton a tissé des liens très forts avec les électeurs noirs pendant les années 1990", dit Cary Covington. "Ils sont naturellement beaucoup plus portés sur elle" que sur Bernie Sanders.

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