Soudan du Sud: Ban Ki-moon demande un renfort de 5500 Casques bleus

24/12/13 à 08:33 - Mise à jour à 08:33

Source: Le Vif

Le Soudan du Sud s'enfonce un peu plus dans la guerre civile. Ce lundi, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a demandé l'envoi de 5500 soldats supplémentaires ainsi qu'une réunion d'urgence à l'ONU.

Soudan du Sud: Ban Ki-moon demande un renfort de 5500 Casques bleus

© Reuters

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a recommandé ce lundi d'envoyer 5500 soldats et 423 policiers supplémentaires au Soudan du Sud. Objectif: renforcer la Mission de l'ONU sur place, au moment où des témoignages font état d'exactions à caractère ethnique.

Dans la soirée, le Conseil de sécurité a entamé des consultations d'urgence pour examiner la demande de Ban Ki-moon de renforcer les capacités militaires, policières et logistiques de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss), alors que le pays glisse toujours plus vers la guerre civile en dépit d'intenses efforts diplomatiques internationaux, deux ans et demi seulement après son indépendance du Soudan. Ces renforts s'ajouteront aux quelque 7000 Casques bleus et 700 policiers de la Minuss.

Les Etats-Unis ont proposé une résolution en ce sens, qui sera soumise au vote des 15 membres du Conseil ce mardi à 15H00 (20H00 GMT), a indiqué l'ambassadeur français Gérard Araud qui préside le Conseil. "La réaction de tous les membres du Conseil a été positive", a-t-il estimé.

"Ceux qui sont responsables devront en répondre personnellement"

"Il y a un consensus très large et la volonté d'agir rapidement", a renchéri l'ambassadrice américaine Samantha Power. Mais elle n'a pas caché que l'envoi des renforts "va prendre au moins quelques jours". Ban Ki-moon avait auparavant prévenu que "les Nations unies enquêteront sur les accusations de graves violations des droits de l'homme et de crimes contre l'humanité" au Soudan du Sud. "Ceux qui sont responsables à un haut niveau devront en répondre personnellement et faire face aux conséquences, même s'ils prétendent n'avoir pas été au courant des attaques", a-t-il averti. Le Soudan du Sud est en proie à d'intenses combats depuis que le président Salva Kiir a accusé son ancien vice-président, limogé au mois de juillet, de tentative de coup d'Etat il y a une semaine. Riek Machar dément, accusant Salva Kiir de vouloir éliminer ses rivaux.

A Juba, l'émissaire américain pour le Soudan et le Soudan du Sud, Donald Booth, a assuré que le président Kiir s'était engagé à entamer des pourparlers, sans conditions préalables, avec Riek Machar afin de mettre un terme à la crise. Quant à l'ex-vice président, il a jusque-là fait savoir qu'il n'était prêt qu'à négocier un départ du président.

Augmentation des besoins humanitaires à prévoir

Sur le terrain, la situation continue de dégénérer et des centaines de milliers de personnes risquent d'avoir très vite besoin d'aide, a mis en garde l'ONU, qui prédit "une augmentation massive des besoins" humanitaires à court terme. Depuis une semaine, des morts par centaines ont été recensés et les civils affluent par dizaines de milliers dans différents complexes de l'ONU (20 000 à Juba seule) pour tenter d'échapper aux combats et à la mort.
De nombreux témoignages laissent penser qu'un schéma brutal de violences à caractère ethnique, dont des meurtres et des viols, est en place depuis qu'ont commencé les affrontements le 15 décembre.

Ce lundi, deux témoins ont raconté que des soldats gouvernementaux avaient arrêté et massacré il y a une semaine quelque 250 hommes qu'ils avaient conduits dans un poste de police de Juba. Seuls 12 d'entre eux en ont réchappé en se cachant sous les cadavres. Les deux hommes affirment avoir été visés parce qu'ils appartiennent à l'ethnie nuer de Riek Machar, et que les soldats responsables du massacre étaient dinka, l'ethnie majoritaire du président Kiir.

"Ce Noël ne sera pas comme les précédents". Salva Kiir a accusé ce lundi Riek Machar de mobiliser des miliciens nuer, connus pour leurs raids brutaux contre les communautés rivales pendant la longue guerre civile Nord-Sud (1983-2005) qui a ravagé le Soudan avant la sécession du Sud. Des renforts de l'armée sud-soudanaise sont prévus à Bor (200 km au nord de Juba), la capitale de l'Etat du Jonglei, chroniquement instable, prise la semaine dernière par les hommes de Machar. Les forces de l'ancien vice-président ont également pris le contrôle de Bentiu, capitale de l'Etat stratégique d'Unité qui concentre la production pétrolière nationale.

"Les forces SPLA (l'armée) et les forces loyales (au gouvernement) sont maintenant prêtes à avancer sur Bor", a déclaré le président Kiir devant le Parlement. Les Etats-Unis, mais aussi le Royaume-Uni, le Kenya et l'Ouganda rapatrient leurs citoyens. Washington a indiqué que son armée préparait de nouvelles évacuations, après avoir déjà exfiltré 380 Américains ces derniers jours.

Après un déplacement dans Bor, le chef des opérations humanitaires de l'ONU au Soudan du Sud, Toby Lanzer, s'est alarmé de la dégradation de la situation. La situation est selon lui d'autant plus critique à Bor que les Casques bleus n'auront certainement pas la capacité de défendre les 17 000 civils réfugiés dans la base onusienne locale.

La semaine dernière, des miliciens nuer ont attaqué une base de l'ONU à Akobo, dans le Jonglei, tuant deux Casques bleus indiens et au moins 20 civils dinka réfugiés là. L'ONU "fortifie son camp à Bor, pour s'assurer que ne se répète pas ce qui s'est passé à Akobo", a expliqué Toby Lanzer. Les combats semblent s'être étendus à un autre Etat, le Haut-Nil (nord-est). Selon Jok Madut Jok, du centre de recherche Sudd Institute, des combats ont éclaté dans la capitale du Haut-Nil, Malakal, même si elle reste sous contrôle gouvernemental. Ce lundi, l'armée sud-soudanaise "travaillait" aussi à une reprise du contrôle de Bentiu (1000 km au nord de Juba), dans l'Etat d'Unité, a indiqué le porte-parole de l'armée, Philip Aguer. Selon un responsable local, la zone est jonchée de cadavres. "Ce Noël ne sera pas comme les précédents, parce que nous pleurerons nos proches perdus dans cette guerre insensée", a déclaré lundi Salva Kiir.

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