Sommet UE : Pas d'accord avant le lever du jour, selon Di Rupo

07/02/13 à 18:19 - Mise à jour à 18:19

Source: Le Vif

"Le jour sera levé" avant que les dirigeants des 27 soient parvenus à un accord, a dit le Premier ministre Elio Di Rupo au cours d'une pause dans les négociations budgétaires européennes.

Sommet UE : Pas d'accord avant le lever du jour, selon Di Rupo

© BELGA

Alors que les négociations budgétaires européennes se traînent depuis plus de douze heures, le Premier ministre belge Elio Di Rupo a fait une pause-sandwich peu commune au bar de la presse du Juste Lipse, où il a rapidement été assailli de journalistes. Il ne leur a pas annoncé d'accord dans l'immédiat. Plusieurs heures seront nécessaires avant de parvenir à un éventuel compromis, a-t-il indiqué.

Les tractations budgétaires européennes ont débuté à 15h00 jeudi. Un texte de compromis, initialement annoncé pour le début des pourparlers, a constamment été reporté. "On nous l'annonce maintenant avec plus d'insistance", souriait le Premier ministre peu avant 04h00 du matin vendredi, saluant au passage le travail de négociateur d'Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen.

Selon plusieurs sources, les négociations plénières ont fait la place à des discussions en petits groupes. M. Van Rompuy, associé au président français François Hollande et à la chancelière allemande Angela Merkel, reçoit à tour de rôle d'autres Premiers ministres afin d'arrondir les angles.

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a indiqué sur Twitter avoir pris part à l'une de ces réunions.

Di Rupo refuse "que la Belgique sorte perdante"

Le Premier ministre belge Elio Di Rupo s'est dit ce jeudi "décidé à faire entendre la voix de la Belgique" à la table des 27, en ouverture d'un sommet européen particulièrement délicat consacré au budget pluriannuel 2014-2020 de l'Union européenne.

Interrogé par la presse sur un éventuel veto belge envers des propositions qui seraient jugées insatisfaisantes, le chef du gouvernement belge a éviter d'afficher une quelconque intransigeance, tout en se montrant ferme. "Je ne pars avec des diktats mais je ne veux pas que la Belgique sorte perdante", a-t-il répliqué en écho aux menaces de veto proférées par certains dirigeants européens dès leur arrivée à Bruxelles.

Sur le fond du dossier, M. Di Rupo a qualifié jeudi après-midi les propositions budgétaires avancées par le président du Conseil, Herman Van Rompuy, de "déséquilibrées". "Elles sont déséquilibrées parce que, huit ans après le précédent budget, on veut réduire considérablement l'enveloppe", a-t-il déploré.

Devant les journalistes belges, M. Di Rupo a aussi dit vouloir défendre au cours du débat les agriculteurs, les travailleurs du secteur industriel en difficultés comme à Genk ou Liège, ainsi que les régions et sous-régions en retard de développement économique.

La plénière reportée à 20h30, Di Rupo s'entretient avec Hollande

Le début de la réunion plénière des chefs d'Etat et de gouvernement européens consacrée au budget a été reporté à 20h30, a annoncé jeudi en début de soirée la présidence du Conseil. Signe des difficultés pour le président Herman Van Rompuy à mettre les Vingt-sept au diapason, la discussion, qui devait commencer à 15h00, a successivement été reportée à 17h30, puis 18h30. Elle ne débutera finalement pas avant 20h30, un délai supplémentaire que l'ancien Premier ministre belge devrait mettre à profit pour peaufiner une nouvelle proposition chiffrée.

En attendant le début de la plénière, le Elio Di Rupo a rencontré jeudi, comme le veut la coutume avant chaque sommet européen, ses homologues néerlandais Mark Rutte et luxembourgeois Jean-Claude Juncker pour un sommet Bénélux.

Le Premier ministre a également profité des retards à l'allumage du sommet pour s'entretenir bilatéralement avec le président français, François Hollande. Les deux hommes ont exclusivement évoqué au cours de cette rencontre le difficile débat budgétaire européen, a-t-on précisé de source belge.

M. Di Rupo s'est ensuite entretenu en aparté avec le socialiste allemand Martin Schulz, président du Parlement européen, institution qui aura à approuver le budget négocié par les dirigeants européens.

Vers 18h30, le chef du gouvernement belge était en réunion bilatérale avec son homologue italien, Mario Monti, indiquait-on à même source.

Les priorités et vulnérabilités de la Belgique

La négociation sur le prochain budget pluriannuel de l'Union européenne place la Belgique devant des choix difficiles. Traditionnellement pro-européen, le pays veut défendre des politiques ambitieuses pour le continent. Mais à l'instar de tous les autres Etats membres, elle cherchera sans doute surtout à s'assurer de ne pas trop y perdre individuellement.

Depuis le début de la négociation, la Belgique plaide pour un budget communautaire de taille ambitieuse, à l'instar de la Commission européenne, qui avait demandé de prévoir 1.045 milliards de crédits d'engagement sur la période 2014-2020. Mais dans un contexte de rigueur et face à la pression des contributeurs nets, ce montant a été raboté à plusieurs reprises. Dans sa dernière proposition de compromis, attendue sous peu, le président du Conseil, Herman Van Rompuy, devrait suggérer de fixer ce plafond aux alentours de 960 milliards d'euros.

La répartition des montants au sein de l'enveloppe globale fera l'objet de tractations intenses jeudi soir. Dans le chapitre agricole, la France et l'Italie demandent ainsi de se voir attribuer des sommes très importantes au titre de la politique de développement rural, en guise de compensation pour les rabais dont bénéficient d'autres pays, Royaume-Uni en tête. Dans la délégation belge, on considère ces montants comme des "cadeaux", destinés à faciliter la négociation. La Belgique prévoit donc de demander elle aussi une telle faveur, mais celle-ci semble loin d'être acquise.

Le secteur agricole belge aurait pourtant bien besoin de ce coup de pouce, au vu des coupes importantes de subventions déjà certaines pour la période 2014-2020. Car outre la baisse générale du budget de la Politique agricole commune (PAC), les agriculteurs belges subiront une redistribution des montants en direction des ex-"nouveaux Etats membres" d'Europe centrale.

En matière industrielle, M. Di Rupo semble mieux placé pour avoir de bonnes nouvelles à annoncer. La Belgique table en effet sur une enveloppe spéciale de plusieurs dizaines de millions d'euros pour le Limbourg et Liège, afin d'aider les deux régions à affronter la fermeture des sites de Ford et d'ArcelorMittal.

La Belgique mise aussi sur des soutiens au titre d'une nouvelle facilité pour l'emploi des jeunes. Dotée sans doute de plusieurs milliards d'euros, celle-ci doit permettre d'aider les régions confrontées à un chômage des jeunes très important. Avec les taux catastrophiques enregistrés dans certaines régions, notamment à Bruxelles, la Belgique devrait pouvoir compter sur une ou plusieurs enveloppes, en fonction des seuils retenus.

Le gouvernement cherchera enfin à défendre les recettes douanières qu'il perçoit actuellement au port d'Anvers, porte d'entrée de nombreux biens acheminés ensuite à travers le continent. Actuellement, les pays frontaliers peuvent conserver 25% de ces droits de douane, le reste étant versé au budget européen. Dans sa proposition initiale, la Commission voulait réduire le taux de rétention à 10%, mais un intense lobbying belgo-néerlandais a permis de le remonter à 18%. La Belgique et les Pays-Bas espèrent encore le faire grimper à 20%, voire davantage.

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