Sexisme : La "honte" de Christine Boutin

17/05/16 à 14:19 - Mise à jour à 14:59

Depuis l'éclatement de l'affaire "Baupin " révélée par les témoignages de huit femmes victimes de harcèlement sexuel entre 1998 et 2014, d'autres ex-ministres françaises ont décidé de briser le silence autour du sexisme en politique. Une initiative dont Christine Boutin, elle-même ancienne ministre, a apparemment honte.

Sexisme : La "honte" de Christine Boutin

Christine Boutin © Reuters

"Honte de ces anciennes ministres qui laissent entendre que les hommes sont des obsédés ! Marre vraiment marre", voici ce que déclarait l'ex-ministre du Logement, Christine Boutin, sur son compte Twitter. Une réaction à la tribune publiée dans le Journal du Dimanche par 17 anciennes ministres françaises dont l'actuelle directrice du FMI, Christine Lagarde.

"Cela suffit. L'immunité, c'est fini. Nous ne nous tairons plus", affirment les signataires. "Nous dénoncerons systématiquement toutes les remarques sexistes, les gestes déplacés, les comportements inappropriés. Nous encourageons toutes les victimes de harcèlement sexuel et d'agressions sexuelles à parler et à porter plainte". Avant de demander à leur parti respectif de vérifier si de tels actes ont été commis et auquel cas, d' "aider les victimes à faire éclater la vérité".

Une occasion manquée de plus donc pour Christine Boutin de se taire. En effet, l'ancienne Présidente du Parti Chrétien-Démocrate, a l'habitude des déclarations choc. Elle est d'ailleurs célèbre pour ses positions conservatrices à propos de l'avortement ou du mariage homosexuel. Sa réaction quant au harcèlement sexuel en politique n'est donc pas surprenante, elle qui aime "les hommes virils qui ne se mettent pas de crème" et considère que "les hommes du 21ème siècle sont des guimauves féminisées".

Denis Baupin, le "DSK des Verts" ?

En 2013 déjà, une chercheuse et militante écologiste s'était penchée sur les questions de sexualité au sein d'EELV, le parti écolo dont faisait partie Denis Baupin. Elle y dénonçait alors un "DSK des Verts", sans pour autant mentionner de nom.

En 2015, selon France Inter, la Présidente de la commission Féminisme du EELV, Dominique Trichet-Allaire, avait à nouveau tiré la sonnette d'alarme. Elle avait alors parlé des témoignages reçus en interne dénonçant des faits qualifiés d'harcèlement sexuel, d'agression sexuelle et de viol.

Il y a une semaine, sur France Inter et dans Médiapart, quatre (ex-)membres d'Europe Ecologie-Les Verts ont témoigné à visage découvert, et quatre autres anonymement, de faits relevant de harcèlement voire d'agression sexuelle commis par Denis Baupin. L'homme politique avait d'ailleurs quitté le parti quelques semaines plus tôt, après 27 ans chez les Verts. Il a dû quitter, suite à ces accusations, son poste de Vice-Président de l'Assemblé Nationale.

Ces témoignages ont créé une véritable brèche dans l'omerta régnant au sein du parti et dans le monde politique de manière générale. Il n'en fallait pas plus pour que 17 autres ministres décident de suivre le mouvement initié par ces courageuses victimes.

#MettezDuRouge

Pour rappel, Denis Baupin avait porté du rouge à lèvre dans le cadre de la campagne "#MettezDuRouge", sensée dénoncer les violences faites aux femmes et permettre aux hommes de marquer leur soutien à cette noble cause. Il avait aussi exprimé sur Twitter, sa fierté d'avoir participé au vote concernant la loi contre le harcèlement sexuel. Une attitude scandaleuse et d'une totale ironie face aux accusations pesant sur l'ex-Député. En tout cas, les victimes, elles, voient rouge.

"J'ai envie de voir ton cul", un des nombreux SMS salaces que Denis Baupin aurait envoyé à Elen Debost, élue EELV au Mans. Il ne s'agit là qu'une des nombreuses preuves concernant les agissements dénoncés par de nombreuses femmes politiques ces derniers jours, tant de la part du principal intéressé que de l'ensemble du monde politique sous domination masculine. Grâce à cette affaire, peut-être que d'autres langues que celle de Christine Boutin se délieront et briseront la Loi du silence, en politique comme ailleurs.

Par Axelle Verstraeten

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