Sévère avec le Vatican, l'ONU demande au Saint-Siège de poursuivre les pédophiles

05/02/14 à 13:16 - Mise à jour à 13:16

Source: Le Vif

Le Comité des Droits de l'enfant des Nations unies a sévèrement critiqué dans un rapport la politique du Vatican face aux innombrables cas d'abus sexuels sur des enfants commis par des membres du clergé, exigeant que désormais tout religieux pédophile soit déféré devant la justice.

Sévère avec le Vatican, l'ONU demande au Saint-Siège de poursuivre les pédophiles

© Reuters

C'est la première fois que le Saint-Siège se retrouve sévèrement mis en cause par un organe de l'ONU qui fait autorité dans son domaine. Ses recommandations n'ont cependant pas un caractère obligatoire.

Ce Comité, qui siège à Genève, est composé de 18 experts indépendants des Droits de l'Homme, de différentes nationalités, et il veille notamment au respect de la Convention aux Droits de l'enfant mise en oeuvre en 1989.

Dans sa première réaction, le Saint-Siège a "pris acte" des vifs reproches de l'ONU à son égard concernant les sévices pédophiles, mais a rejeté "une tentative d'ingérence" dans les positions de l'Église sur l'avortement.

Le Comité demande à l'Eglise de revoir sa position sur les avortements quand la santé de la mère est menacée et d'amender le droit canon en conséquence pour définir les cas où l'avortement pourrait être autorisé.

"Le Saint-Siège prend acte des observations finales" qu'il examinera "avec attention", selon un communiqué du Vatican.

Pour la présidente du Comité, la Norvégienne Kristen Sandberg, le Vatican viole jusqu'à présent la Convention sur les Droits de l'enfant dans les affaires de sévices sexuels.
Interrogée pour savoir si le rapport présenté mercredi aboutit à dire que le Vatican viole cette Convention dans les affaires de sévices sexuels, Mme Sandberg a dit: "ma réponse simple est oui, il y a une violation de la Convention jusqu'à maintenant parce qu'ils n'ont pas fait tout ce qu'ils auraient dû".

Le Comité a demandé mercredi au Vatican de déférer devant la justice tous les pédophiles au sein de l'Église. Le Comité demande au Saint-Siège "de relever immédiatement de ses fonctions toute personne suspectée d'abus sexuel et de déférer son cas aux autorités judiciaires compétentes à des fins d'enquête et de poursuites".

Le Comité souligne dans son rapport "sa profonde préoccupation quant aux abus sexuels d'enfants par des membres de l'Église catholique placés sous l'autorité du Saint-Siège, avec des religieux impliqués dans l'abus de dizaines de milliers d'enfants dans le monde".

Le Comité se dit "profondément préoccupé par le fait que le Saint-Siège n'ait pas reconnu l'étendue des crimes commis et n'ait pas pris les mesures nécessaires pour traiter les cas de sévices sexuels sur des enfants et pour protéger ces enfants, et qu'il ait retenu des politiques et des pratiques qui ont conduit à la poursuite de ces agressions et à une impunité pour leurs auteurs", affirme le rapport.

Il dénonce notamment les transferts de paroisse en paroisse dans un même pays ou dans un autre pays, pour cacher ces crimes et les occulter des autorités judiciaires.
"La pratique de la mobilité des auteurs de sévices a permis à de nombreux prêtres de rester en contact avec des enfants et de continuer à les abuser" sexuellement, affirme le rapport.
Il fait suite à l'examen en présence de représentants du Saint-Siège le mois dernier par le Comité de la position sur ces questions du Vatican, État représenté à l'ONU. Le Vatican avait été auditionné par le Comité en 1995, avant que ces pratiques ne soient largement connues et dénoncées.

"Nous sommes récompensés de voir que l'ONU a pris la chose aussi sérieusement", a commenté à New York Barbara Blaine, présidente du Réseau de survivants abusés par des prêtres (SNAP) dont l'organisation a témoigné aux auditions de Genève.

"Plus les organisations internationales et les gouvernements s'impliqueront, plus vite nous pourrons mettre fin aux pratiques du Vatican", a-t-elle affirmé.

Le Comité, en dépit de la politique de tolérance zéro annoncée par le Saint-Siège, dénonce le "code du silence" sous la menace d'excommunication qui a entouré et entoure ces affaires, les lanceurs d'alerte au sein du clergé se retrouvant "dénoncés et chassés".

Le rapport propose au Saint-Siège la mise en place d'organes pour gérer ces affaires, demandant que leur travail et les archives soient accessibles, que les règles de fonctionnement de l'Église et le droit canon intègrent ces nouvelles dimensions.

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