Séisme au Japon : "la plus grave crise depuis la Seconde guerre mondiale"

14/03/11 à 07:46 - Mise à jour à 07:46

Source: Le Vif

72h après le séisme et le tsunami qui l'ont frappé, le Japon fait face à une catastrophe sanitaire et économique. Le Vif.be fait le point.

Séisme au Japon : "la plus grave crise depuis la Seconde guerre mondiale"

© EPA

Trois centrales nucléaires sous surveillance


Deux explosions se sont produites lundi au niveau du réacteur 3 de la centrale nucléaire de Fukushima 1, mais le réacteur n'a pas été endommagé, a affirmé l'opérateur Tokyo Electric Power (Tepco). Les deux explosions ont fait six blessés, dont des soldats.

"Le bâtiment du réacteur a explosé mais l'enceinte de sécurité n'a pas été endommagée. La salle des contrôles du réacteur 3 reste opérationnelle", a déclaré l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) dans un communiqué, précisant qu'elle a été informée par l'Agence japonaise de sécurité nucléaire et industrielle (Nisa).

Le porte-parole du gouvernement japonais, Yukio Edano, avait peu après l'explosion, affirmé que la possibilité d'une importante fuite radioactive était "faible". "Selon l'Agence de sûreté nucléaire, bien que le toit du bâtiment ait été soufflé, l'enceinte de confinement qui abrite le réacteur n'a été pas affectée", avait détaillé pour sa part la chaîne publique NHK.

Une explosion similaire avait eu lieu samedi sur le réacteur 1 de la même centrale. Tepco avait entrepris une opération pour relâcher de la pression sur ce réacteur, dont le système de refroidissement était tombé en panne après le séisme et le tsunami de vendredi.

Les centrales atomiques d'Onagawa et de Tokai ont également montré des signes de faiblesse. L'Agence de sûreté nucléaire japonaise a placé la centrale d'Onagawa en état d'alerte en raison d'un niveau de radioactivité dépassant le seuil autorisé dans les environs, avant de constater que son système de refroidissement fonctionnait normalement. La hausse de la radioactivité constatée dans le secteur était due aux radiations dégagées par la centrale de Fukushima.

A Tokai, une pompe à eau pour le système de refroidissement est en panne, mais celle de secours fonctionne et refroidit le réacteur.

Nouvelle secousse sismique à 150 km de Tokyo Une nouvelle secousse sismique, d'une magnitude de 5,8 selon l'Institut de géophysique américain (USGS), a frappé le Japon lundi peu après 10H00 locales (01H00 GMT). L'épicentre de ce nouveau séisme, fortement ressenti à Tokyo, est situé en mer à 150 km au nord-est de la capitale au large de la préfecture d'Ibaraki.

Le niveau de la mer a été légèrement modifié mais il n'y avait pas de risque de tsunami, selon l'agence météorologique japonaise.

10.000 morts et près de 600 000 personnes évacuées

Environ 590 000 personnes ont été évacuées. "Environ 380 000 personnes ont été évacuées des zones touchées par le séisme et le tsunami", indique le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU."Les autorités ont également évacué 210.000 autres personnes vivant dans un rayon de 20 km autour de la centrale de Fukushima".

Le nombre de personnes décédées ou disparues s'élève à plus de 5.000, a indiqué lundi la police japonaise. Les autorités locales craignent désormais que le nombre de morts atteignent la barre des 10.000.

Par ailleurs, près de 2.000 corps ont été découverts lundi sur deux rivages de la préfecture de Miyagi, toujours dans le nord-est, a rapporté l'agence de presse Kyodo.

Des coupures d'électricité vont être organisées dès lundi par roulement afin de ne pas plonger une région totalement dans le noir, tandis que la nourriture et l'eau potable se font rares.

C'est, selon les termes du premier ministre japonais Naoto Kan, la "plus grave crise depuis la Seconde guerre mondiale".

Plus de 30 milliards de dollars de dégâts

Le coût du séisme pour les assurances pourrait atteindre 34,6 milliards de dollars, selon une première estimation, publiée dimanche par AIR Worldwide, spécialiste de l'évaluation du risque.

La société américaine évalue les dégâts infligés aux propriétés privées couvertes par les assurances à entre 14,5 et 34,6 milliards de dollars mais souligne cependant que de nombreuses observations sur le terrain sont toujours indisponibles, ce qui pourrait la conduire à affiner ces estimations par la suite.

La Banque du Japon (BoJ) a élevé à 12.000 milliards de yens (105 milliards d'euros) le montant de ses fonds injectés lundi sur le marché à la suite du séisme qui a dévasté le nord-est du Japon.

La BoJ a ajouté 5.000 milliards de yens aux 7.000 injectés dans un premier temps. "Nous prenons toutes les mesures possibles, dont l'apport de liquidités, pour assurer la stabilité des marchés financiers et faciliter les opérations", a déclaré un porte-parole de la banque centrale nippone. "C'est la plus importante opération jamais réalisée" sur le marché monétaire japonais, a-t-il ajouté.

Le débat nucléaire relancé en France

La France va "tirer les enseignements utiles des événements japonais" pour son propre système d'exploitation d'énergie nucléaire, selon un communiqué diffusé dimanche à l'issue d'une réunion interministérielle autour du Premier ministre, François Fillon. "La France, impliquée dans le développement de l'énergie nucléaire depuis de nombreuses années, a toujours privilégié le niveau maximum de sécurité dans la construction et l'exploitation de ses installations", souligne ce texte. "Elle sera attentive à tirer les enseignements utiles des événements japonais."

A cours de cette réunion, à laquelle participaient les ministres de la Défense, de l'Ecologie, de l'Intérieur, de l'Economie, de la Santé et de l'Industrie, le Premier ministre a noté "la préoccupation du gouvernement français face aux événements survenus dans des centrales nucléaires japonaises".

Une première réunion sur la situation au Japon, au niveau des conseillers, s'était tenue samedi à Matignon. Interrogé sur la situation du nucléaire français sur la chaîne LCI, le ministre de l'Industrie et de l'Energie, Eric Besson, a assuré que "la France essaye de prendre toutes les précautions". "Nos centrales ont été conçues, exploitées, pensées, révisées en tenant compte des risques sismiques (...) et des risques d'inondation potentiels", a-t-il dit.

Il a affirmé que les énergies éolienne et photovoltaïque étaient "beaucoup plus chères que le nucléaire civil" dont le prix est "particulièrement économique par rapport à d'autres sources". Le nucléaire "assure une partie de notre indépendance énergétique", a-t-il ajouté.

Pour les militants antinucléaires, la crise japonaise est l'occasion de dénoncer la politique énergétique française et la preuve qu'il faut sortir du nucléaire. Par ailleurs, un député PS, a appelé Nicolas Sarkozy à convoquer un "G20 environnement-énergie extraordinaire afin d'examiner les conséquences, non seulement humaines et économiques, mais également environnementales", dénonçant un manque d'information "vraiment indépendante et fiable".

Le Vif.be, avec Belga et L'Express.fr

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