Sarkozy dilue son remaniement dans la crise arabe

28/02/11 à 08:02 - Mise à jour à 08:02

Source: Le Vif

Michèle Alliot-Marie a été sortie du gouvernement français de François Fillon et sera remplacée aux Affaire étrangères par Alain Juppé. Elle paie ainsi ses errements diplomatiques dans la crise tunisienne. Nicolas Sarkozy en a fait l'annonce dimanche soir, et au passage a délogé son fidèle ami Brice Hortefeux de l'Intérieur.

Sarkozy dilue son remaniement dans la crise arabe

© reuters

Le président français Nicolas Sarkozy s'est débarrassé dimanche de sa chef de la diplomatie en promettant une nouvelle ère pour les relations entre la France et le monde arabe, sans cacher sa crainte de flux migratoires incontrôlables pour l'Europe. "En opposant la démocratie et la liberté à toutes les formes de dictature, (les) révolutions arabes ouvrent une ère nouvelle dans nos relations avec ces pays dont nous sommes si proches par l'Histoire et par la géographie", a affirmé le chef de l'Etat lors d'une allocution solennelle à la télévision.

Nicolas Sarkozy a nommé Alain Juppé, jusqu'alors chargé de la Défense, au poste de ministre des Affaires étrangères, en remplacement de Michèle Alliot-Marie, démissionnaire. La diplomatie est devenue ces dernières semaines un enjeu de politique intérieure, à 14 mois de la présidentielle de 2012. La France a été critiquée pour sa proximité avec les régimes autoritaires du sud de la Méditerranée et pour son manque d'empathie à l'égard des bouleversements du monde arabe. "Si toutes les bonnes volontés ne s'unissent pas pour les faire réussir", ces révolutions "peuvent aussi bien sombrer dans la violence et déboucher sur des dictatures pires encore que les précédentes", a aussi estimé Nicolas Sarkozy, alors que la répression en Libye se traduit par une crise humanitaire majeure. "Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme", a aussi souligné le président français, appelant à un sommet spécial de l'Union européenne sur la situation en Libye.

En fonction seulement depuis le 14 novembre, date du dernier remaniement, Michèle Alliot-Marie, 64 ans, avait focalisé sur elle pendant plus d'un mois toutes les critiques contre la politique étrangère de la France. En démissionnant, elle a estimé "n'avoir commis aucun manquement". Elle avait pourtant accumulé erreurs de jugement et maladresses, de ses vacances fin 2010 en Tunisie à une offre de coopération policière à l'ex-régime Ben Ali, le 11 janvier, trois jours avant la chute de l'ex-président tunisien.

Alain Juppé, 65 ans, a déjà été chef de la diplomatie entre 1993 et 1995. Il se positionne désormais comme le nouveau poids lourd du gouvernement dirigé par François Fillon. Certains commentateurs utilisaient même dimanche les termes de "vice-président" ou de sauveur" de la politique extérieure française.

Nicolas Sarkozy a aussi nommé un sénateur et ex-ministre, Gérard Longuet, à la Défense, et remplacé son ministre de l'Intérieur controversé, Brice Hortefeux, par son plus proche collaborateur, Claude Guéant. A l'approche de la présidentielle de mai 2012, celui-ci est chargé de gagner la bataille contre la criminalité et l'insécurité, enjeux électoraux primordiaux. Jusqu'alors, Claude Guéant, 66 ans et ancien préfet, était secrétaire général de la présidence française où il s'était aménagé un vaste champ d'action dans le domaine diplomatique, multipliant les missions plus ou moins discrètes au Moyen-Orient ou en Afrique.

Avec sa déclaration et son remaniement gouvernemental, Nicolas Sarkozy reconnaît de facto que la diplomatie française n'avait plus de cap. Au cours des derniers jours, de multiples groupes de diplomates anonymes s'étaient manifestés dans la presse pour dénoncer une absence de vision ou "une peur du changement" de la France. Pour Nicolas Sarkozy, il devenait urgent de redresser la barre alors que la France assure la présidence en exercice du groupe des Huit pays les plus industrialisés (G8) et de celui étendu aux pays émergents, le G20.

En réaction à ce remaniement, l'opposition socialiste a dénoncé un fiasco total" et "un échec complet" de la politique étrangère et de sécurité du président.

Avec Belga

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