Rwanda: "Ce régime est bien plus dur que le précédent"

14/09/13 à 12:11 - Mise à jour à 12:11

Source: Le Vif

Depuis son exil belge, l'ancien Premier ministre Faustin Twagiramungu dénonce un système stalinien. Dans un pays où il est déconseillé de critiquer le président, les élections législatives se réduisent à un scrutin de pure forme.

Rwanda: "Ce régime est bien plus dur que le précédent"

© Reuters

"S'il vous plaît, ignorez le Rwanda, n'envoyez pas d'observateurs, ces élections sont une farce !" C'est la supplique lancée "à la communauté internationale", depuis son exil américain, par Paul Rusesabagina, à la veille du scrutin législatif du 16 septembre. "Monsieur Paul" n'est autre que l'ancien gérant de l'hôtel Mille Collines de Kigali devenu célèbre pour avoir sauvé la vie de nombreux réfugiés tutsi durant le génocide de 1994, mais aujourd'hui accusé par le régime de financer les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR, héritières des milices génocidaires hutu) basées dans l'est du Congo. Selon lui, ces élections ne feront que légitimer un peu plus l'emprise du Front patriotique rwandais (FPR) sur un pays tenu d'une main de fer par Paul Kagame depuis bientôt 20 ans.

Multipartisme de façade ? De fait, les "gêneurs" ne pourront pas participer au scrutin. Le PS-Imberakuri, homologué en 2009, reste le seul réel parti d'opposition légalisé. Mais il est divisé. Son fondateur Bernard Ntaganda, incarcéré pour atteinte à la sûreté de l'Etat et appel à la division ethnique, aurait subi de graves sévices dans la prison de Mpanga. Les deux autres partis en lice, le Parti social-démocrate et le Parti libéral gravitent dans l'orbite du régime. Le FPR joue donc sur du velours. Lors du dernier scrutin en 2008, il avait raflé 78 % des sièges. Pas de raison que cela change en 2013. En outre, sur les 80 sièges de la Chambre des députés, seuls 53 sont dévolus aux partis politiques, le reste étant réservé à des groupes d'intérêts : femmes (24), jeunes (2) et handicapés (1).

Pire que sous Habyarimana

"Ce régime est bien plus dur que celui d'Habyarimana", accuse depuis Bruxelles l'ancien Premier ministre Faustin Twagiramungu, aujourd'hui président du Rwanda Dream Initiative, un parti non reconnu. Les tentatives de défier Kagame sont risquées. Victoire Ingabire (parti FDU), surnommée la "Aung San Suu Kyi" rwandaise, a été arrêtée peu de temps après son retour à Kigali en 2010. Accusée de "terrorisme", elle attend son verdict en appel. D'autres formations seront également absentes, comme le Parti vert, reconnu fin août par le Conseil de la bonne gouvernance (sic) mais qui a estimé ne pas avoir assez de temps pour se préparer. Sans doute optera-t-il pour la prudence, trois ans après l'assassinat de son vice-président André Kagwa Rwisereka, retrouvé décapité à quelques jours de la présidentielle de 2010. Quant à Gérard Karangwa, rentré d'exil, il tente de faire enregistrer son parti PDP-Imanzi, dont le président Deo Mushayidi croupit en prison. "Mais comment obtenir les 200 signatures requises dans un tel système stalinien, où les gens ont peur d'adhérer à l'opposition ?" se demande Faustin Twagiramungu, qui n'a pas pu accompagner Karangwa faute de visa.

Que le parlement ne soit qu'un appendice du régime se reflète dans le dossier Congo, sur lequel les députés se sont toujours bien gardés de questionner l'exécutif. Son "rapport sur les injustices que le Rwanda subit à cause de l'insécurité qui règne à l'est de la RDC" (février 2013) prend fait et cause pour les thèses du régime, énumérant notamment les personnes qui "propagent des rumeurs visant à salir le pays". Dans la foulée, et avec une touchante naïveté, les députés déclarent ne pas comprendre pourquoi le chef de la diplomatie belge Didier Reynders voit la main du Rwanda derrière la rébellion du M23. En final, les parlementaires remercient le gouvernement pour "sa patience et sa clairvoyance". Kagame n'en demandait pas tant.

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