Russie: Poutine choisit ses adversaires

26/01/12 à 19:16 - Mise à jour à 19:16

Source: Le Vif

L'opposant Grigori Iavlinski n'a pas obtenu l'autorisation de briguer la présidence russe le 4 mars. Il crie à l'injustice. Ce genre d'ennuis ne touche pas le milliardaire Mikhaïl Prokhorov, soupçonné d'être manipulé par le Kremlin.

Russie: Poutine choisit ses adversaires

© Reuters

"Ceux qui sont en désaccord avec ce qui se passe en Russie aujourd'hui, ceux qui veulent une Russie différente, ouverte, démocratique, européenne, moderne, ceux-là ne sont pas autorisés à participer aux élections." L'accusation est signée Grigori Iavlinski. Le leader du parti démocrate Iabloko, l'une des figures de l'opposition russe et des manifestations de décembre dernier, est parmi ceux qui n'ont pas obtenu l'autorisation de concourir.

Sa candidature à l'élection présidentielle du 4 mars prochain a été invalidée par la Commission électorale. Dès ce lundi, il dénonçait par anticipation le poids de Vladimir Poutine dans cette décision. "Qui (en Russie) peut prendre une telle décision? Personne d'autre" que le Premier ministre qui espère retrouver la présidence. Un fauteuil que Poutine a déjà occupé de 2000 à 2008 avant de le céder à Dmitri Medvedev.

Parcours d'obstacles

Iavlinski estime que des obstacles "politiques" ont été placés sur sa route. Le processus est en effet miné. Premier filtre: lors des élections législatives de décembre dernier (dont les résultats ont été vivement contestés lors de manifestations massives), le parti de Iavlinski n'a pas passé le seuil des 7% nécessaire pour entrer à la Douma. L'ONG indépendante nommée "L'observateur citoyen" (nabludatel.org) le crédite de 14,3% à Moscou et 8,2% dans le reste de la Russie. Mais son parti n'a officiellement obtenu que 3,3% des voix. Insuffisant.

La législation russe prévoit alors qu'un candidat qui n'a pas le soutien d'un parti représenté au Parlement doit fournir le parrainage de deux millions d'électeurs. C'est ce deuxième filtre que le leader de Iabloko n'a pas pu franchir. Après vérification des parrainages d'électeurs soumis par son camp, un grand nombre ont été considérés comme irrecevables. 24% d'entre eux, soit largement au-dessus de 5% "tolérés". Selon un membre de la Commission, le camp de Iavlinski aurait fourni des photocopies de pétitions et non des originaux.

Ce genre d'irrégularités est régulièrement invoqué par les autorités russes pour barrer la route aux opposants trop virulents, comme ce fut le cas pour les leaders du nouveau parti Parnas en juillet dernier.

"Faute d'avoir obtenu leur propre enregistrement, certains organisateurs des mouvements anti-poutiniens étaient tentés de soutenir la candidature de Iavlinski", souligne le correspondant du Figaro. Avec le concours d'autres opposants, il aurait pu devenir un risque pour la domination de Poutine, mathématiquement.

Poutine, ses alibis... et Prokhorov
L'émergence d'un potentiel leader, dont l'opposition russe semble dépourvue pour l'heure, serait-elle une perspective trop dangereuse pour le Kremlin? Le pouvoir préfère autoriser des opposants plus dociles. Les candidats enregistrés pour le moment rentrent dans cette catégorie: le communiste Guennadi Ziouganov, le populiste Vladimir Jirinovski, et Sergueï Mironov, chef du parti de centre-gauche Russie juste.

Le cas de Mikhaïl Prokhorov, dont la candidature vient d'être validée par la Commission électorale, est moins aisé à trancher. Publiquement, le milliardaire apporte son soutien à Iavlinski, dont "le retrait (serait) un coup porté à la légitimité de l'élection présidentielle". Il estime aussi que l'obligation de collecter les signatures, faute de parti présent à la Douma, est une mesure "malhonnête, injuste, prohibitive et même humiliante". Prokhorov appelle à casser le monopole du parti Russie unie. Il a même osé critiquer Vladislav Sourkov, l'homme de l'ombre de Poutine, alors qu'il venait d'être brutalement écarté de Cause juste, le parti aux options libérales qu'il a lancé au printemps.

Vraie conviction... ou gesticulation de la part de Prokhorov, crédité de 2% des intentions de vote? Analystes et opposants au Kremlin le soupçonnent en effet d'être soutenu en sous-main par le pouvoir. Le quotidien Vedomosti estimait en juillet dernier qu'il avait pour "mission de détourner des influences néfastes les opposants les plus modérés". Une mission tout à fait d'actualité. Petite variante: le parti perçu comme dangereux en juillet, Parnas, a été remplacé par Iabloko.

Le risque de la division Les troupes déçues de Iavlinski qualifient déjà Prokhorov d'"oligarque loyal et manoeuvrable". Des soupçons qui ne dérangent en rien le Kremlin, bien sûr. "Il y a un risque que les autorités cherchent à nous dresser les uns contre les autres et à nous diviser", prédisait en début d'année l'opposant Sergueï Oudaltsov, conscient du manque d'unité de manifestants rassemblés par le seul rejet de Poutine.

Prochain test, le 4 février prochain, un mois avant la présidentielle du 4 mars. L'opposition espère mobiliser autant qu'en décembre. Mais les pro-Poutine promettent déjà de répliquer et d'organiser leurs propres manifestations, sur plusieurs week-ends d'ici au scrutin, dans une trentaine de régions. Unis, en rangs bien ordonnés.

LeVif.be avec L'Express.fr

Mobilisation sur le web

L'ONG russe Golos a présenté ce mercredi sa carte interactive pour recenser les fraudes à la présidentielle russe du 4 mars. Elle sera nourrie par 2000 volontaires et réalisée avec l'édition russe du magazine Forbes. "Le projet aidera les électeurs à rédiger des plaintes et permettra de suivre leur sort. Il sera muni de supports permettant d'envoyer des fichiers audio et vidéo" prouvant les infractions, selon un responsable de Golos. Il devrait être mieux protégé des cyber-attaques que le précédent projet : la carte mise en place pour les législatives du 4 décembre, avait été la cible de cyber-attaques le jour du vote.

L'un des leaders de l'opposition, l'avocat et blogueur anticorruption Alexeï Navalny a de son côté mis en place un site pour aider les citoyens qui le souhaitent à devenir observateurs pour la présidentielle. "Pour ne pas vous plaindre par la suite que les voleurs et les escrocs ont volé votre voix sans combat", avertit Alexeï Navalny.

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