Rester ou partir ? Les juifs de France entre crainte et désespoir

12/01/15 à 06:57 - Mise à jour à 06:57

Source: Belga

"J'aurais trente ans, je foutrais le camp", résume Laurent, juif d'origine polonaise. Cible d'une attaque meurtrière vendredi à Paris, la communauté juive de France, la première d'Europe, ne cache pas son angoisse face à la flambée des actes antisémites dans le pays.

Rester ou partir ? Les juifs de France entre crainte et désespoir

Benjamin Netanyahu et François Hollande. © Belga

La journée de mobilisation historique à Paris et en France dimanche contre le jihadisme international s'est ouverte par un long entretien au palais de l'Elysée entre les représentants des 500.000 juifs de France et François Hollande. Le président français, accompagné du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, s'est ensuite rendu dans la soirée à la grande synagogue de Paris pour un hommage à toutes les victimes des récentes attaques djihadistes.

M. Hollande a assuré aux responsables juifs que "toutes les écoles, toutes les synagogues seraient protégées, si nécessaire, au-delà de la police, par l'armée", a déclaré Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) qui avait évoqué plus tôt une "situation de guerre" pour les juifs de France.

M. Netanyahu a répondu un peu plus tard, toujours à la synagogue, en saluant "la position très ferme" et la "détermination" gouvernement français.

Parmi les 17 victimes des attentats figurent quatre juifs tués lors d'une prise d'otages dans un magasin casher de Paris. Ils seront inhumés mardi matin en Israël, au cimetière du Mont des Oliviers à Jérusalem.

"Depuis qu'il y a internet, les insultes pleuvent sur nous et la haine s'étend". Cette gérante d'une supérette du nord de Paris, qui n'a souhaité donner son nom, avoue son irrépressible "peur" de vivre en France où le nombre d'actes antisémites a quasi doublé entre 2013 et 2014.

Quelque 7.000 Français ont d'ailleurs fait leur aliyah (terme hébreu désignant l'immigration en Terre sainte) en 2014, deux fois plus que l'année précédente. Preuve de l'extrême tension sur le sujet : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, venu à Paris pour la manifestation de dimanche, avait appelé publiquement samedi soir les juifs de France à rejoindre Israël.

"La France sans les juifs de France n'est plus la France", avait répliqué le Premier ministre français Manuel Valls.

Dimanche, le chef du gouvernement israélien a un peu tenté de tempérer ses propos en disant aux juifs rassemblés devant lui qu'ils avaient le droit "de vivre en sécurité" dans "chaque endroit" où ils "choisiraient" de vivre, "en particulier en France". Mais il a immédiatement insisté sur le fait que "tous les juifs et toutes les juives qui souhaiteraient émigrer en Israël ser(aie)nt accueillis à bras ouverts, avec toute notre chaleur".

Le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman a été encore plus direct. "Faites votre aliyah. Si vous cherchez de la sécurité et un avenir sûr pour vos enfants, il n'y a aucune autre alternative", a-t-il dit dimanche.

Certains membres de la communauté juive voient dans les trois jours de sang et d'angoisse traversés par les Français depuis l'attentat de Charlie Hebdo mercredi, une répétition du sinistre scénario déjà joué par Mohamed Merah dans le sud-ouest de la France en mars 2012. Ce dernier avait tué sept personnes dont trois enfants et un professeur d'une école juive de Toulouse (sud-ouest).

Dans les conversations, les digues lâchent et toutes les peurs accumulées ces derniers mois se déversent en flot ininterrompu, les vitrines brisées d'une librairie juive près du parc parisien des Buttes Chaumont, l'agression d'un couple dans un appartement de Créteil, près de Paris "parce qu'ils étaient juifs", sans parler des faits plus anciens comme l'attentat devant la synagogue de la rue Copernic à Paris en 1980.

La marche de dimanche représente néanmoins un espoir, même si certains estiment que s'il n'y avait pas eu l'électrochoc provoqué par l'attentat contre Charlie Hebdo "personne ne se serait mobilisé" pour les victimes de vendredi.

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