République tchèque et Slovaquie, un divorce réussi

26/12/12 à 10:42 - Mise à jour à 10:42

Source: Le Vif

Vingt ans après leur divorce à l'amiable, Tchèques et Slovaques continuent à entretenir des relations politiques et économiques étroites d'autant que bon nombre d'entre eux ont l'impression de vivre toujours dans le même pays.

République tchèque et Slovaquie, un divorce réussi

© Reuters

"J'ai toujours le réflexe de penser à mon pays comme à la Tchécoslovaquie", confie Marek Odrobina, un avocat né en Slovaquie qui vit depuis vingt ans à Prague. La Tchécoslovaquie s'est divisée en deux pays indépendants le 1er janvier 1993, trois ans après la "Révolution de velours" ayant mis fin au régime communiste. Orchestrée par les deux Premiers ministres de l'époque, le Slovaque Vladimir Meciar et le Tchèque Vaclav Klaus, la scission à l'initiative de Bratislava s'est déroulée sans heurts.

Après deux décennies, il y en a qui déplorent toujours la disparition de l'ancienne fédération et la création d'une République tchèque de 10,5 millions d'habitants et d'une Slovaquie de 5,4 millions d'habitants. "C'était trop facile, les gens ne pouvaient pas y prendre réellement part", estime le réalisateur de cinéma Fero Fenic, un Slovaque installé à Prague. "Sur le plan émotionnel, je pense que la division a affaibli considérablement les deux pays", dit en tchèque impeccable M. Fenic, âgé de 61 ans. Le commentateur politique de l'hebdomadaire slovaque Trend, Marian Lesko, estime pour sa part que les Slovaques ont "perdu deux tiers d'un pays qui avait un poids et une influence importante en Europe centrale".

La scission a toutefois offert, selon lui, aux Tchèques et aux Slovaques une occasion unique de "se développer en tant que sociétés et en tant qu'Etats, se forger une bonne réputation grâce à leurs succès, mais aussi se blâmer à cause de leurs échecs". La République tchèque et la Slovaquie sont aujourd'hui membres de l'Otan, respectivement depuis 1999 et 2004, et de l'Union européenne depuis 2004. La Slovaquie, elle, a rejoint la zone euro, en 2009. La voie vers la prospérité s'est pourtant révélée plus épineuse que prévu, comme c'était d'ailleurs aussi le cas d'autres pays de l'ex-bloc soviétique désireux de se débarrasser de l'héritage communiste. La partition de la Tchécoslovaquie est intervenue à la suite d'une décision politique, sans référendum.

"Les politiciens se sont rendu compte rapidement que sans consultation populaire leurs pouvoirs seraient plus grands", affirme le journaliste Martin Simecka, né en Slovaquie et vivant à Prague. "Un système de corruption s'est installé ici. Les politiciens n'ont plus de scrupules", dit-il. La République tchèque a occupé cette année la 54e place parmi 176 pays, selon le rapport annuel de Transparency International, sur les indices de perception de la corruption, à huit places devant la Slovaquie. Malgré tout, l'avocat Odrobina, 39 ans, est convaincu que la scission était "bénéfique pour les deux pays". "Chacun de nos deux pays a ses spécificités. Il est positif que chacun puisse suivre sa propre voie", insiste-t-il. M. Fenic rappelle que la partition de la fédération tchécoslovaque a calmé à l'époque les tensions entre les deux nations.

La République tchèque, actuellement plongée dans la récession, et la Slovaquie qui affiche quant à elle une croissance solide, coopèrent intensément dans un bon nombre de secteurs économiques clés, tels que l'énergie nucléaire, la défense et les transports. L'idée d'un championnat conjoint tchéco-slovaque de football a même germé il y a quelque mois, illustrant le niveau des rapports entre les deux pays, dont les langues se ressemblent. Les étudiants traversent la frontière pour trouver une université qui leur convient le plus. La frontière n'a d'ailleurs jamais existé pour une kyrielle d'artistes populaires.
A la télé, Tchèques et Slovaques peuvent suivre de plus en plus d'émissions conjointes, style "Czechoslovakia's Got Talent". Le chef tchèque Jaroslav Zidek vit en Slovaquie depuis 2003. "Vivre en République tchèque ou en Slovaquie, c'est absolument la même chose. Je ne sens aucune division", assure-t-il.

Nos partenaires