Philippe Maystadt
Philippe Maystadt
Ex-président de la BEI
Opinion

19/12/15 à 12:07 - Mise à jour à 12:31

Réactionnaires: populistes ou fascistes?

Marine Le Pen a fait du FN une "force nationale" ; Donald Trump est en tête des sondages pour les primaires républicaines aux Etats-Unis ; Viktor Orban s'appuie sur sa majorité pour permettre à "l'idéologie nationale-chrétienne de regagner sa domination".

Réactionnaires: populistes ou fascistes?

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La semaine dernière, Le Vif/L'Express mettait Marine Le Pen en couverture et qualifiait son discours de "réactionnaire". Cette semaine, The Economist aligne côte à côte Trump, Le Pen et Orban et les qualifie de "populistes de droite". Sur son blog, le directeur de l'Institut Destrée, Philippe Destatte, explique pourquoi le Front national est un parti "fasciste". Si de tels qualificatifs sont utilisés comme répliques faciles dans un débat, cela ne sert qu'à conforter l'idée que l'élite politique ne comprend pas les vrais problèmes du peuple. En revanche, si le qualificatif s'appuie sur une définition précise et une analyse des discours et des programmes, comme c'est le cas dans les trois publications citées, cela permet de mieux comprendre la véritable nature de ces mouvements politiques.

Leur discours est incontestablement "réactionnaire" : il exalte un passé idéalisé que l'on oppose au déclin du présent. Les réactionnaires sont opposés aux changements sociétaux qui ne découlent pas des principes traditionnels auxquels ils sont attachés. Ainsi, il n'est pas étonnant de retrouver parmi les électeurs du FN nombre de catholiques intégristes opposés au " mariage pour tous".

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Dès lors, "considérer que le Front national est un parti fasciste ne constitue pas une insulte ou une injure : cela permet de décrypter avec pertinence son succès populaire...

Leur discours est aussi "populiste" car il joue sur l'opposition du peuple contre l'élite. Les immigrés qui vivent d'allocations sociales commettent des crimes et ne respectent pas les coutumes locales, ce sont des problèmes réels que le peuple connaît mais que l'élite politique à Bruxelles ou à Washington ignore. Les attentats terroristes accroissent ce ressentiment contre l'élite. Quand les gouvernants mettent en garde contre les amalgames anti-musulmans, comme l'ont fait les présidents Obama et Hollande, c'est aussitôt dénoncé par Trump et consorts comme une nouvelle preuve de l'éloignement de l'élite.

Sont-ils en outre "fascistes" ? La réponse est affirmative, au moins pour Le Pen et Orban, si l'on s'en réfère à la définition retenue par Philippe Destatte : le fascisme est un mouvement politique nationaliste, antilibéral et antimarxiste, qui affirme la primauté absolue de la nation conçue comme communauté ethnique et culturelle homogène.

Dès lors, "considérer que le Front national est un parti fasciste ne constitue pas une insulte ou une injure : cela permet de décrypter avec pertinence son succès populaire, d'expliquer pourquoi il couvre l'ensemble du spectre électoral et donc de comprendre la raison pour laquelle il recrute des adhérents tant parmi les classes moyennes que dans les anciens bastions de la classe ouvrière".

Il est vrai que le FN multiplie les promesses tous azimuts : les futurs retraités dont on va "sauver la retraite à 60 ans", les fonctionnaires dont on relèvera la rémunération "parce qu'ils sont français", les familles qui bénéficieront d'une forte revalorisation des allocations familiales désormais "réservées aux familles dont l'un des deux parents est français"... Le déficit du budget français exploserait. Mais qu'à cela ne tienne ! Puisque la France quitterait la zone euro, la Banque de France retrouverait la liberté de faire tourner la planche à billets pour financer les dépenses de l'Etat... Mieux vaut comprendre pour mieux combattre !

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