RDC: "Terminator" Ntaganda devant ses juges

02/09/15 à 15:17 - Mise à jour à 15:17

Le procès de l'ex-chef de guerre Bosco Ntaganda, accusé de crimes contre l'humanité en République démocratique du Congo, dont le viol d'enfants soldats, s'est ouvert mercredi devant la Cour pénale internationale (CPI). L'audience, présidée par le juge Robert Fremr, a débuté vers 9H30 (7H30 GMT), en présence de Bosco Ntaganda, impassible et vêtu d'une chemise blanche et d'une cravate grise rayée.

RDC:  "Terminator" Ntaganda devant ses juges

© Image Globe

Sur les deux jours prévus pour l'ouverture du procès, la procureure Fatou Bensouda doit s'exprimer la première avant de laisser la parole aux avocats des victimes, à l'avocat de M. Ntaganda et enfin à l'accusé lui-même. La veille, Mme Bensouda avait affirmé lors d'une conférence de presse que Bosco Ntaganda avait "recruté des centaines d'enfants soldats qu'il a utilisés comme de la chair à canon et il a ordonné le viol systématique des jeunes filles". Bosco Ntaganda est accusé de 13 crimes de guerre et cinq crimes contre l'humanité, dont des meurtres, pillages, attaques contre des civils, viols et esclavage sexuel. L'ancien rebelle de 41 ans aurait joué, avec ses troupes des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), un rôle central dans les violences ethniques et attaques menées contre les civils en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, en 2002 et 2003. Selon l'accusation, les FPLC, milice à prédominance Hema, visaient ceux perçus comme appartenant aux ethnies Lendu, Bira et Nande. Ce conflit a coûté la vie à plus de 60.000 personnes, d'après les ONG. C'est la première fois en droit pénal international qu'un accusé doit répondre de viols et esclavage sexuel commis sur des enfants de sa propre milice.

"Il ne s'agit pas du procès d'un groupe ethnique, c'est le procès d'un individu qui a profité des tensions ethniques en Ituri à des fins personnelles, pour atteindre le pouvoir et la richesse", avait ajouté Mme Bensouda. Au cours du procès, l'accusation devrait présenter plus de 8.000 documents, dont des rapports d'experts, extraits vidéo et déclarations. Plus de 70 "témoins de faits" et une dizaine d'experts témoins seront cités, a assuré Fatou Bensouda.

'Impatient de se défendre'

Bosco Ntaganda, qui apprend l'anglais et le piano dans sa prison de La Haye, plaide non-coupable. Il prendra la parole lorsque son avocat, le Canadien Stéphane Bourgon, aura terminé sa déclaration liminaire. M. Ntaganda "maintient son innocence face à chacune des accusations portées contre lui et il entend présenter une défense exhaustive", avait indiqué son avocat mardi: "il est impatient d'avoir une chance de se défendre". Général dans l'armée congolaise de 2007 à 2012, Bosco Ntaganda était le fugitif le plus recherché dans la région des Grands Lacs jusqu'à ce qu'il se rende, de manière inopinée, à l'ambassade américaine de Kigali, au Rwanda, en mars 2013, pour demander son transfert à la CPI. Du génocide des Tutsis au Rwanda (1994) à la dernière rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) dans l'est de la RDC, cet aventurier opportuniste aura été de toutes les guerres qui ont déchiré la région, entraînant des violences inouïes sur les civils. Grand, de corpulence moyenne, teint clair, imbu de lui-même, Ntaganda est réputé, partout où il est passé, pour avoir la "gâchette facile". Il a été surnommé "Terminator", "Maréchal" ou encore "Tango Roméo"

'Entre 7 et 15 ans'

Les avocats des 2.149 victimes reconnues dans le cadre des procédures auront également la parole: "nos clients avaient entre 7 ans et demi et quinze ans quand ils ont été enrôlés", a affirmé l'une des avocates, Sarah Pellet. "Leur reconstruction passe par la reconnaissance des crimes qu'ils ont subis". Les déclarations liminaires seront diffusées dans les communautés affectées, et des résumés seront retransmis sur les radios communautaires, a annoncé le greffier de la Cour. Le procès de Bosco Ntaganda est le quatrième procès "congolais" de la CPI, qui avait fait des violences en RDC sa première enquête en 2004. "Nous continuons à enquêter", a prévenu Mme Bensouda.

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