RDC: le spectre de nouvelles "violences électorales"

29/10/11 à 18:13 - Mise à jour à 18:13

Source: Le Vif

A l'occasion du lancement de la campagne électorale en République démocratique du Congo, un collectif d'ONG appelle au renforcement de la sécurité.

RDC: le spectre de nouvelles "violences électorales"

© EPA

La République démocratique du Congo doit élire son président et ses députés, dans un mois, le 28 novembre prochain. La campagne débute ce vendredi sur fond d'inquiétude alors que les violences qui ont ponctué la période pré-électorale en font craindre d'autres d'ici au scrutin. Et l'incertitude plane toujours sur la tenue des élections à la date prévue.

Le pays ne semble pas prêt, estiment 41 ONG qui émettent "de sérieux doutes quant à la possibilité de tenir des élections crédibles, transparentes et démocratiques dans les délais officiels". Leur collectif publie un communiqué de presse alarmant ce vendredi, à l'occasion du lancement de la campagne électorale.

De nombreux motifs d'inquiétude

Elles s'inquiètent de récents "affrontements violents entre la police et l'opposition" formée par l'Union pour la démocratie et le progès social (UDPS) et ses alliés. Ces heurts ont fait plusieurs morts depuis début septembre dans la capitale, et des dizaines de manifestants ont été arrêtés.

L'Est du pays et Kinshasa inquiètent

Cette "dégradation de la situation sécuritaire" touche en particulier cette région des Grands lacs très sensible. Mais aussi Kinshasa, où des affrontements entre les partisans du président Joseph Kabila et ceux de son opposant Jean-Pierre Bemba avaient fait des centaines de morts en 2007, quelques mois après le précédent scrutin présidentiel, dont les résultats avaient été contestés.

Les ONG craignent de nouvelles violences électorales, comme en 2006-2007 après le précédent rendez-vous présidentiel. Une nouvelle dispute électorale pourrait survenir cette année, s'inquiètent les ONG. A ce titre, la baisse du nombre d'observateurs électoraux par rapport aux précédentes élections n'est pas pour rassurer: ils étaient 2550 en 2006 (300 de l'UE et 2250 de l'ONU), ils ne seront plus que 148 cette année (exclusivement envoyés par l'UE, aucun de l'ONU), selon les chiffres rapportés dans leur communiqué ce vendredi.

Le risque de dispute électorale et de violence est considérable

"Sans des élections libres et justes répondant aux normes internationales, et sans une forte présence d'observateurs locaux et internationaux pour rétablir la confiance dans le processus électoral, le risque de dispute électorale et de violence est considérable", est-il ajouté. Ces organisations humanitaires et des droits de l'Homme appellent donc "tous les acteurs congolais et internationaux concernés à prendre des mesures urgentes" pour que ces élections répondent aux normes internationales. Elles espèrent notamment que la Mission de l'ONU pour la stabilisation du Congo (Monusco) et la police onusienne pourront gérer "toute violence électorale, y compris (...) tout usage excessif délibéré de la force par les autorités congolaises contre les civils".
La solution serait-elle de repousser la date prévue du scrutin, fixée au 28 novembre? Faudrait-il découpler les deux votes, procéder aux législatives et reporter la présidentielle? Tous les regards sont désormais tournés vers la Commission électorale nationale indépendante pour savoir si elle arrivera à respecter son calendrier serré. Chaque défi en son temps.

Marie Simon

Les élections en chiffres :Quelque 32 millions de Congolais sont appelés aux urnes dans 62 000 bureaux de vote, le 28 novembre prochain. Ils doivent élire en un seul tour leur président parmi onze candidats, dont le chef de l'Etat Joseph Kabila qui brigue un second mandat. Parmi ses rivaux: son opposant historique, le leader de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) Etienne Tshisekedi Wa Mulumba; Vital Kamerhe, ex-président de l'Assemblée nationale qui a quitté la majorité en 2010; ou encore Léon Kengo, président du Sénat. Les Congolais élisent aussi leurs 500 députés parmi près de 19 000 prétendants issus de 428 partis politiques dont certains n'ont pas signé le code de conduite.

"La décision du gouvernement congolais d'interdire les manifestations politiques et publiques révèle son incapacité à prévenir et à répondre à la violence électorale", note d'ailleurs le coordinateur de la coalition d'ONG congolaises, Agir pour les Elections Transparentes et Apaisées, signataire de ce communiqué qui rassemble ONG nationales et internationales.

Depuis mars, l'ONG Human Rights Watch a de son côté relevé "des dizaines de cas de discours haineux manifestement basés sur des critères ethniques, ainsi que d'incitation à la violence, de la part de candidats politiques et de leurs partisans", dans plusieurs provinces du pays, notamment à l'est.

Cette région instable où des groupes armés sont toujours actifs a de nouveau, et tristement, attiré l'attention médiatique en octobre, avec le meurtre de cinq humanitaires dans la province du Sud Kivu. Le collectif d'ONG s'inquiète globalement de "l'augmentation récente du nombre d'attaques contre les travailleurs humanitaires" notamment dans cette zone.

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