RDC : la Marche des chrétiens interdite

16/02/12 à 10:31 - Mise à jour à 10:31

Source: Le Vif

Le gouverneur de Kinshasa interdit la Marche des chrétiens soutenue par l'opposition.

RDC : la Marche des chrétiens interdite

© Image Globe

Le gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta, interdit la marche pacifique des chrétiens prévue ce jeudi. Selon lui, le Conseil de l'apostolat des laïcs catholiques du Congo (CALCC), qui organise cette manifestation, n'a pas respecté la procédure légale.

La mobilisation s'intensifie pourtant dans les paroisses de Kinshasa. Vingt ans après la "Marche des chrétiens", réprimée dans le sang, cette nouvelle manifestation vise à protester contre les résultats des élections présidentielle et législatives, qui "ne reflètent pas la vérité des urnes", estime le cardinal Laurent Monsengwo. Les chrétiens réclament aussi le départ des sept membres du bureau de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), jugés trop inféodés au pouvoir kabiliste.

Les agents pastoraux ont sensibilisé les fidèles à l'action non-violente. En cas d'obstacles, voire d'affrontements, les manifestants ont pour consigne de s'asseoir par terre, de prier, d'entonner des chants religieux et, si possible, de dialoguer pour obtenir le passage pacifiquement. Les organisateurs demandent aussi aux participants de ne pas exhiber de drapeaux de partis politiques, de se munir de signes religieux et de calicots ("Non à la tricherie", "Céni démission"...) et de ne pas lancer d'insultes.

Dès le 12 janvier, au terme d'une assemblée plénière de trois jours, les évêques congolais avaient affiché leur soutien à Mgr Monsengwo, qui avait relevé les "irrégularités graves" des scrutins. Leur message, lu et applaudi dans les églises, qualifie de "honte pour le pays" la manière dont le dépouillement des législatives s'est effectué. La Conférence épiscopale a demandé à la Céni de corriger les erreurs constatées ou de démissionner. Elle a appelé les acteurs politiques au "dialogue" et a menacé : si l'on continue à "gouverner le pays par défi, les tensions intérieures culmineront tôt ou tard dans une crise grave."

Le clergé et les laïcs n'ont pas attendu cette sortie pour mener un travail de fond, paroisse par paroisse. "On y débat, en profondeur et sans effet de manche, du rapt électoral et du recul démocratique qu'il provoque en RDC, nous signale l'un de nos sources à Kinshasa. Déjà, après l'assassinat de Floribert Chebeya, le défenseur des droits de l'homme, ce sont les curés qui, en chaire, ont tenu les propos les plus accablants à l'égard du régime, parlant de ''crime d'Etat''. Les communautés de base sont devenues les foyers d'une forme de résistance civile. Vu leur large implantation dans le pays, elles sont porteuses d'un sentiment populaire profond, peu représenté politiquement. Et cela, Mgr Monsengwo et les évêques sont bien obligés d'en tenir compte."

Olivier Rogeau

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