Que se passerait-il si Ebola se déclarait en Europe occidentale?

04/09/14 à 11:31 - Mise à jour à 11:31

L'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest a déjà coûté la vie à plus de 1 900 personnes selon l'Organisation mondiale de la santé. L'OMS appelle à une action internationale et craint qu'il y ait encore 20 000 patients contaminés avant que le virus soit maîtrisé.

Que se passerait-il si Ebola se déclarait en Europe occidentale?

© REUTERS

Plusieurs secouristes et bénévoles ont déjà été rapatriés pour être soignés. Un prêtre espagnol est décédé et un bénévole britannique vient de quitter l'hôpital. Cependant, le virologue Marc Van Ranst estime que la panique actuelle en Europe n'est pas justifiée. "Laisser entrer une personne contaminée en Europe ne provoquera pas d'épidémie ici".

Van Ranst ne s'attend donc pas une épidémie Ebola en Europe occidentale. "Même si des erreurs sont commises en traitant des personnes contaminées, ce qui est humain, il y a aura peut-être quelques cas d'infection dans l'entourage direct."

"Les chances de survie en Occident ne sont pas beaucoup plus importantes qu'en Afrique"

Les patients atteints d'Ebola n'ont pas plus de chances de survie en Occident qu'en Afrique de l'Ouest. "À moins que nous ayons accès plus rapidement à des médicaments expérimentaux, notre médecine et le matériel disponible ne feront pas de grande différence pour les personnes déjà malades. Un taux de mortalité de 60 % en Afrique ne baissera certainement pas à 10 % en Europe, ce chiffre restera comparable".

La panique accélère la propagation

Pourquoi l'Europe occidentale ne doit-elle pas craindre une épidémie d'Ebola? Van Ranst explique que la panique joue un rôle important dans la propagation de la maladie. "L'Afrique de l'Ouest n'avait jamais eu affaire à Ebola. La région n'était pas préparée, ce qui a déclenché une gigantesque réaction de panique. "Cette panique a retourné beaucoup de gens contre les secouristes. La population se méfie des hôpitaux dont personne ne semble sortir vivant et elle préfère faire confiance à la médecine traditionnelle plutôt qu'aux médecins, à qui elle reproche de propager le virus".

La médecine aide à comprendre les problèmes

Cette connaissance de la médecine jouerait également un rôle en Occident. "Il est difficile d'estimer l'ampleur de la panique si la maladie se déclarait ici, car non seulement l'Europe occidentale n'a jamais vécu Ebola, mais nous n'avons jamais eu affaire à une maladie qui présente autant de chances de survie que de risques de décès" raconte le virologue. "Cependant, contrairement à la région touchée en Afrique, nous possédons plus de connaissances de médecine et de microbiologie. Nous connaissons également le principe des soins barrières, tels qu'ils sont appliqués pour la tuberculose même si cette maladie n'est pas comparable à Ebola. En revanche, si ici quelqu'un nous explique qu'une maladie est causée par une bactérie ou un virus et que nous pouvons éviter la contamination en respectant certains principes, nous comprendrons. C'est pourquoi je crois qu'il y aurait moins de panique en Europe".

Rituels funéraires

Les rituels funéraires traditionnels en Afrique de l'Ouest ont également contribué à la propagation du virus. "En Occident, les funérailles se déroulent très différemment. Hormis le médecin légiste, personne ne doit toucher aux corps. Comme le rituel se déroule de façon plus isolée, il y a moins de risques de propagation de cette façon qu'en Afrique" estime Van Ranst. "Pourtant, il ne faut pas modifier ces traditions d'Afrique de l'Ouest même s'il serait utile que la population comprenne le danger de contamination que présente une personne décédée des suites d'Ebola".

En outre, selon Marc Van Ranst, la forte densité de population qui caractérise l'Europe occidentale ne jouerait pas de rôle dans la propagation d'Ebola. "Ebola ne se propage pas par l'air, mais par les fluides corporels ou les objets entrés en contact avec le virus, comme les vêtements. Vous pouvez facilement rester à un mètre d'une personne contaminée pendant un an sans tomber malade.

Tout comme l'OMS, Van Ranst espère que la communauté internationale fera davantage pour contrer la propagation du virus. "Si tous les pays travaillaient ensemble, ils feraient une différence énorme. Cependant, je ne m'attends pas à ce qu'il ait immédiatement une mission de nos Affaires étrangères étant donné que celles-ci semblent avoir d'autres priorités.

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