Que croire des histoires de Corée du Nord? "On sait qu'ils sont bons en Photoshop"

16/05/15 à 09:42 - Mise à jour à 09:45

Source: Knack

Un essai réussi de lancement d'un missile balistique sous-marin et un ministre exécuté au canon antiaérien pour s'être endormi durant un défilé militaire: la Corée du Nord fait les gros titres avec des infos qui font froncer les sourcils, mais que doit-on croire de ces histoires?

Que croire des histoires de Corée du Nord? "On sait qu'ils sont bons en Photoshop"

Kim Jong-un © REUTERS

C'est le directeur adjoint des services de renseignements NIS, qui, selon l'agence de presse nationale Yonhap, a raconté à une commission parlementaire à Séoul que le ministre nord-coréen de la Défense avait été exécuté suite à son manque de loyauté et de respect à l'égard du leader Kim Jong-Un. L'information a fait le tour du monde.

Pas indépendant

Entre-temps, NIS a précisé qu'il n'est pas certain qu'Hyon ait été exécuté. En revanche, il aurait été "purgé". Cette confusion montre les multiples niveaux intermédiaires entre ce qu'il se passe en Corée du Nord et les faits tels qu'ils sont rapportés ici.

À cause du caractère extrêmement fermé du régime stalinien, les événements qui ont lieu en Corée du Nord ne peuvent être confirmés par des instances indépendantes. On a déjà vu l'année passée que cette absence de transparence aboutit à toutes sortes de légendes, plus folles les unes que les autres. Il s'est ainsi avéré que l'histoire de l'oncle du leader nord-coréen exécuté par une meute de chiens affamés devant des centaines de spectateurs avait été inventée par un satiriste chinois.

Instables

Expert en Corée et professeur à l'université de Leyde aux Pays-Bas, Koen De Ceuster est agacé qu'on attache de l'importance à ces histoires et pas à ce qui se passe d'autre en Corée du Nord. Il ignore si l'exécution du ministre de la Défense est crédible. "Parfois, les informations sont vraies, et parfois pas", nous dit-il.

Si c'est vrai, De Ceuster estime que cela signifie surtout que le régime est encore instable, que Kim Jong-un n'a pas encore tout à fait consolidé sa position. "Il est devenu leader parce qu'il était le fils de Kim Jong-il (décédé en 2011), mais il n'avait pas de fondement de son pouvoir. Depuis qu'il a succédé à son père, il y a eu plusieurs purgations. Dans un régime stable, ce genre de décisions n'est pas vraiment nécessaire."

Photoshop

Et que penser de l'essai réussi de lancement d'un missile balistique sous-marin - une information communiquée par Pyongyang le week-end dernier et confirmée par Séoul? Les États-Unis et la Corée du Sud ont exprimé leur inquiétude et craignent que la Corée du Nord progresse beaucoup dans l'extension de son arsenal d'autant que les sous-marins sont en effet difficiles à localiser.

De Ceuster souligne qu'il y a aucune confirmation indépendante de la réalisation de l'essai. "Pour l'instant, nous avons uniquement les informations coréennes. Doit-on y croire aveuglément? La seule chose dont on soit sûr, c'est que les Coréens sont bons en Photoshop."

"Quoi qu'il en soit, il semble en tout cas que Pyongyang ait souhaité attirer l'attention du monde à un moment où tous les yeux étaient fixés sur la commémoration de la Seconde Guerre mondiale en Russie. L'absence de Kim Jong-un n'est d'ailleurs pas anormale. C'étaient les Russes qui avaient dit qu'il viendrait, pas la Corée du Nord. Ici, l'aspect symbolique est clair même si Pyongyang continue à travailler en coulisse."

Armes nucléaires

Récemment, The Wall Street Journal a fait état d'experts nucléaires chinois qui ont mis leurs collègues américains en garde contre la capacité nucléaire grandissante de la Corée du Nord "qui représente un danger plus grave que l'Iran".

À cet égard, De Ceuster pointe les intérêts politiques qui sont en jeu. "Les Chinois désirent montrer que l'Iran est parti pour construire des armes nucléaires, mais que la Corée du Nord possède déjà la technologie. Pékin trouve que les États-Unis feraient mieux de s'occuper de la Corée du Nord."

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