Quand les sites d'infos surfent entre buzz et démenti

10/07/14 à 12:41 - Mise à jour à 12:41

Source: Le Vif

Après la course au buzz, toujours bien dans l'air du temps des sites d'informations, on voit apparaître ces derniers jours de nombreux démentis, suite à des informations fausses diffusées trop rapidement. Cette dérive informative est mise en avant par un journaliste du Monde qui critique publiquement la ligne éditoriale du blog maison Big Browser. Le point sur la situation.

Quand les sites d'infos surfent entre buzz et démenti

© istock

Il y a du rififi dans l'air au Monde entre les journalistes du quotidien et ceux du blog Big Browser, la revue du web du quotidien français. Un journaliste en particulier reproche à ses collègues un traitement trop superficiel de l'actualité, dont un manque de vérification. Ce coup de gueule relance le débat sur ces informations souvent invérifiées et relayées à tour de rôle par de nombreux sites.

Le coup de gueule de Stéphane Foucart, journaliste des pages Sciences du quotidien français, est relayé par le site Arrêt sur Images. Il concerne la publication d'un article sur la soi-disant "disparition prochaine des personnes rousses à cause du réchauffement climatique" qui n'a pour lui aucun fondement scientifique, il demande publiquement à ce que "le billet soit purement et simplement retiré" du blog Big Browser.

L'article en question est en fait une simple reprise du site anglais The Independent, il avance qu'un certain Docteur Alistair Moffat pense que le réchauffement du climat "pourrait affecter le gène roux" car celui-ci est le résultat "d'une adaptation au climat" en Écosse, Irlande et le nord de l'Angleterre. Le problème soulevé par Stéphane Foucart: ce docteur est le directeur d'une société qui vend ses services d'analyse d'ADN en Écosse et qui a donc tout intérêt à faire parler de lui. Interrogé par Arrêt sur Images, le journaliste scientifique du Monde s'insurge : "C'est une non-information. Il y a eu dysfonctionnement mais je ne souhaite pas en parler plus que ça. J'ai tweeté mon désaccord parce que j'étais remonté contre ce papier. Il y aura un rectificatif publié et on va gérer ça en interne".

Ce n'est apparemment pas la première fois que les journalistes du quotidien s'inquiètent de la ligne éditoriale appliquée au blog Big Browser, devenu avant plusieurs recadrages par le rédacteur en chef, selon les dires de certains "un fourre-tout avec de l'AFP et de l'insolite à la con souvent invérifiée". Mais voilà, une source interne a confié à Arrêt sur Images que BigBrowser représente une part significative du trafic total du site du Monde.fr.

62 000 partages et des milliers de tweets

Car si l'article a bien, entretemps, fait l'objet d'un rectificatif en ligne en mentionnant que l'hypothèse n'est pas "étayée scientifiquement" et en changeant, dans son titre, son affirmation en interrogation, il a tout de même été partagé et "liké" 62 000 fois, sur Facebook et relayé quelques milliers de fois sur Twitter, au lieu des quelques centaines de moyenne pour un papier "classique" du quotidien reporte Arrêt sur Images, plutôt pas mal pour une info "bidon".

Et c'est bien là que le bât blesse. Car ce genre d'articles est une immense manne à cliques bien trop tentante pour les rédactions à la course à l'audience et au journaliste qui fera le plus gros buzz. On l'a encore vu dernièrement avec trois actualités rapidement diffusées et tout aussi vite démenties: Non, la Belge Axelle Despiegelaere n'est pas égérie L'Oréal, Non, il n'est pas devenu millionnaire en pariant 7-1 sur Allemagne - Brésil, ou encore "Je n'ai jamais vu un éléphant pleurer"). Cette dérive ne sera pourtant pas enrayée tant que les sites d'actualité généreront la majorité de leurs revenus avec leur taux de clics et grâce à leur vitesse de réactivité...

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