Qu'est-ce que l'"alt-right", la nébuleuse d'extrême droite séduite par Trump

22/11/16 à 20:13 - Mise à jour à 23/11/16 à 09:43

Source: Afp

"Hail Trump! (...) Hail notre victoire!" L'incantation qui résonne dans le bâtiment Ronald-Reagan de Washington, à deux pas de la Maison Blanche, est accueillie par des saluts nazis, reflétant la radicalité d'une frange de la nouvelle extrême droite américaine.

Qu'est-ce que l'"alt-right", la nébuleuse d'extrême droite séduite par Trump

© AFP

Moins de deux semaines après l'élection de Donald Trump, des sympathisants de cette mouvance hybride baptisée "alt-right" s'étaient réunis samedi dans la capitale américaine pour savourer l'instant et rêver à une Amérique blanche, virile et anti-immigrés autour d'un de ses chefs de file informels, Richard Spencer.

"A l'avenir, l'alt-right peut, en tant qu'avant-garde intellectuelle, compléter le travail de Trump", dit à la tribune ce trentenaire cintré dans un élégant costume et coiffé, comme beaucoup de ses compagnons de route, à la "fasci": ras sur les côtés, les cheveux soigneusement peignés sur le haut du crâne.

A la tête d'un obscur think tank, le National Policy Institute, ce diplômé d'études supérieures est l'un des visages de cette nébuleuse qui est née et prospère sur internet, rallie des jeunes plutôt éduqués et compte parmi ses alliés le nouveau conseiller spécial du président élu Trump, Steve Bannon.

La mouvance, qui a récemment fait irruption sur la scène publique, n'a pas de structure formelle et son idéologie puise dans l'extrême-droite traditionnelle et la théorie de la suprématie blanche autant que dans une dénonciation du libre-échange économique.

"L'alt-right pense qu'un certain degré de séparation entre les peuples est nécessaire pour que la culture soit préservée", écrivaient deux figures liées à ce mouvement dans un manifeste publié en mars sur le site Breitbart News, alors dirigé par M. Bannon.

Théoriciens

Cette séparation doit, sans surprise, être raciale et religieuse: le mouvement, qui revendique une filiation avec l'extrême-droite française et notamment la Nouvelle Droite, fourmille de théories pseudo-scientifiques sur la hiérarchie supposée entre les races et voue une haine tenace aux Juifs et aux musulmans.

"La chose honteuse chez la gauche est qu'ils veulent plus d'immigration musulmane (...) Les gauchistes veulent que cette maladie vienne dans notre société plus qu'ils ne veulent se protéger eux-même", déclarait ainsi Kevin MacDonald, un professeur de psychologie à la retraite, samedi lors de la réunion de Washington.

Selon le Southern Poverty Law Center, spécialisé sur les mouvements extrémistes, l'Alternative Right, ou alt-right, s'est ainsi bâtie sur l'idée que "l'identité blanche" serait menacée par le multiculturalisme, le "politiquement correct" et la justice sociale.

Ce culte de l'homogénéité identitaire les a également conduits à rejeter l'économie de marché défendue traditionnellement par le parti républicain.

"L'establishment républicain, avec leur croyance inoxydable dans le marché libre, pourrait être tenté de détruire une cathédrale pour la remplacer avec un centre commercial, si ça faisait sens économiquement parlant", assure le "manifeste" publié par Breitbart, assurant qu'une telle décision serait une "horreur" pour l'alt-right.

Distances

Nul doute que certains arguments de campagne de Donald Trump ait trouvé grâce aux yeux du mouvement: le candidat républicain a férocement combattu le libre-échange, promis d'ériger un mur à la frontière américano-mexicaine et appelé à interdire les musulmans d'entrée aux Etats-Unis.

Le milliardaire a également pris en grippe la presse traditionnelle, honnie par l'alt-right, et fait preuve d'un machisme outrancier cultivée par cette mouvance qui a le féminisme en horreur.

Samedi, M. Spencer a évoqué une "connexion psychique" avec le nouveau président américain: l'alt-right était une "tête sans corps" et M. Trump "une sorte de corps sans tête" au début de sa campagne, a-t-il résumé.

Pressé de toutes parts et critiqué notamment pour avoir enrôlé M. Bannon à ses côtés, M. Trump s'est toutefois efforcé mardi de prendre ses distances avec ses sulfureux supporteurs.

"Le président élu Trump a continué de dénoncer toute forme de racisme et a été élu pour être le leader de chaque américain. Affirmer le contraire est une interprétation erronée du mouvement qui a réuni des Américains de tous horizons", a indiqué son équipe dans un communiqué.

La popularité croissante du mouvement a également attiré l'attention de Twitter qui a fermé plusieurs comptes liés à l'alt-right, dont celui de M. Spencer, qui a par ailleurs été interdit d'entrée dans l'espace Schengen en 2014.

"Il y a une grande purge en cours et ils purgent les gens sur la base de leurs opinions", a-t-il commenté.

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