Pour Berlusconi, Mussolini "a fait beaucoup de bonnes choses"

28/01/13 à 12:17 - Mise à jour à 12:17

Source: Le Vif

Le Cavaliere a affirmé dimanche que le fondateur du fascisme Benito Mussolini "a fait beaucoup de bonnes choses", excepté "les lois raciales". Pour l'opposition, il s'agit d'une manoeuvre électorale destinée à "récolter quelques votes de la droite fasciste".

Pour Berlusconi, Mussolini "a fait beaucoup de bonnes choses"

© AFP

Le Cavaliere fait encore des siennes. Alors que son procès pour "incitation à la prostitution de mineure" se tient actuellement, Silvio Berlusconi a affirmé dimanche que Benito Mussolini, le dictateur fasciste de l'Italie allié à Hitler durant la Seconde Guerre mondiale, "a fait beaucoup de bonnes choses", à l'exception des "lois raciales". Ces propos ont déclenché une vague de protestations dans tout le pays, au sein de la communauté juive comme dans le monde politique.

"Les lois raciales représentent la pire faute d'un leader, Mussolini, qui en revanche a fait de bonnes choses dans tant d'autres domaines", a soutenu l'ex-chef de gouvernement. Celui-ci s'exprimait à Milan, en marge d'une cérémonie à l'occasion de la journée de la mémoire de l'holocauste.

En outre, l'Italie "n'a pas les mêmes responsabilités que l'Allemagne", a relativisé le Cavaliere, qui est en pleine campagne pour reconquérir le pouvoir aux élections législatives des 24 et 25 février. Le Parti démocratique (PD, gauche) est donné favori face au Peuple de la liberté (PDL) de Berlusconi pour ce scrutin.

"Une manoeuvre électorale" pour récolter quelques voix fascistes
Cette déclaration concernant le voisin germanique survient alors que la chancelière Angela Merkel a estimé samedi que l'Allemagne avait "une responsabilité permanente pour les crimes du national-socialisme".

Le régime de Benito Mussolini, au pouvoir de 1922 à 1943, a adopté à partir de 1938 une série de mesures connues sous le nom de "lois raciales", qui notamment excluaient les juifs de l'armée et de l'enseignement et limitaient leur droit de propriété. Lors de la Seconde Guerre mondiale, plus de 7000 hommes, femmes et enfants juifs italiens furent exterminés dans les camps de la mort. "Les déclarations de Silvio Berlusconi sont non seulement superficielles et inopportunes, mais aussi (...) privées de sens moral et de fondement historique", a dénoncé le président de l'Union des communautés juives italiennes, Renzo Gattegna.

Plusieurs responsables politiques de gauche ont également exprimé leur indignation, à commencer par Pier Luigi Bersani, le candidat du Parti démocratique au poste de président du Conseil. "La journée de la mémoire devrait servie à nous faire réfléchir comment notre humanité peut se précipiter dans un abysse sans nom. Berlusconi a utilisé cette opportunité pour une petite manoeuvre électorale et récolter quelques votes de la droite fasciste", a-t-il estimé, avant de conclure: "Pour moi, il s'agit de quelque chose d'indécent.

"Ni plus ni moins que la caricature" de Mussolini

"Berlusconi prend ainsi une très lourde responsabilité morale et politique: il jouit d'un large écho médiatique et se trouve à la tête d'un parti qui voudrait gouverner, et il accrédite aujourd'hui la version d'un Mussolini en partie acceptable", a dénoncé Debora Serracchiani, députée européenne du PD. Pour Antonio di Petro, leader de l'Italie des valeurs (IDV), le Cavaliere n'est "ni plus ni moins que la caricature" de Mussolini. Face au tollé, le chef du groupe PDL à la Chambre, Fabrizio Cicchitto, est monté au créneau pour défendre le fondateur de son parti.

"La dictature fasciste n'a jamais atteint l'horreur de celle des nazis et de celle de Staline", a-t-il cherché à relativiser, affirmant que "le débat instrumentalisé qui s'est ouvert détourne le sens des paroles de Berlusconi, qui se référait évidemment aux politiques d'aide sociale et de soutien aux familles" du Duce.

Le parti populiste de la Ligue du Nord, membre de la coalition gouvernementale de Berlusconi jusqu'à sa chute en novembre 2011, s'est montré plutôt embarrassé. "Nous sommes en campagne électorale, je comprends les polémiques, mais je ne veux pas les alimenter", a indiqué le secrétaire de la Ligue, l'ex-ministre de l'Intérieur Roberto Maroni.

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