Polémique sur le nombre de morts après des marches anti-Kabila

02/01/18 à 14:21 - Mise à jour à 14:21

Source: Belga

Une polémique enflait mardi à Kinshasa sur le nombre de victimes de la répression dimanche par les forces de l'ordre des marches contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila en République démocratique du Congo (RDC), à l'appel d'un collectif catholique.

Polémique sur le nombre de morts après des marches anti-Kabila

© Reuters

Au total, douze personnes ont été tuées, selon les organisateurs. "Une dizaine de morts ont été répertoriés: onze à Kinshasa et un à Kananga" dans le centre du pays, a déclaré à l'AFP un porte-parole des organisateurs, Jonas Tshombela, qui est coordonnateur national de la Nouvelle société civile congolaise (NSCC).

La "violente répression" de ces marches a occasionné "la mort d'au moins cinq personnes, plusieurs blessés et l'arrestation de plus de 120 personnes", selon un communiqué du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, revoyant à la baisse un premier bilan de huit morts donné dimanche par de source onusienne à Kinshasa.

"Aucun mort" n'a été enregistré en marge de ces marches, écrit dans un communiqué parvenu mardi à l'AFP le porte-parole de la police, le colonel Rombaut-Pierrot Mwanamputu.

Dimanche, l'officier avait donné un bilan de trois civils tués. Ces personnes n'étaient pas des manifestants mais des "pillards" et des "bandits" qui ont trouvé la mort loin des lieux des manifestations, a-t-il noté mardi.

De son côté, le gouvernement congolais fait état d'un policier tué le même jour dans "l'attaque" d'un commissariat de police.

Dimanche, des marches de catholiques exigeant l'application d'un accord de sortie de crise - signé le 31 décembre 2016 entre la majorité et l'opposition sous l'égide des évêques catholiques - ont été réprimées par les forces de sécurité.

Pour les Nations unies, cet accord demeure "l'unique voie viable devant mener à la tenue d'élections, à une alternance pacifique au pouvoir et à la consolidation de la stabilité en République démocratique du Congo".

L'internet a été rétabli dans la nuit de lundi à mardi, après trois jours d'interruption décidée par le gouvernement à la veille de ces marches.

Le climat politique est très tendu en RDC, en raison de la profonde crise politique née du maintien au pouvoir du président Kabila dont le mandat a expiré depuis le 19 décembre 2016. M. Kabila dirige la RDC depuis 2001.

Une série d'élections dont la présidentielle censée élire son successeur est prévue pour le 23 décembre 2018 mais l'opposition exige une "transition sans Kabila" dès à présent.

M. Dallemagne et Mme Milquet pour un renforcement des sanctions

Le député fédéral Georges Dallemagne et la parlementaire bruxelloise Joëlle Milquet ont demandé mardi la convocation d'une réunion d'urgence de la commission des affaires étrangères de la Chambre "afin d'envisager les sanctions concrètes à prendre au niveau belge" contre des responsables congolais après la répression dimanche de manifestations contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila.

"Ce qui se passe au Congo est intolérable", ont-ils affirmé dans un communiqué conjoint en dénonçant les actions du pouvoir lors de ces marches. "Violenter des citoyens sans défense, empêcher des marches pacifiques par la force, couper internet et les radios, rentrer de force dans les églises et arrêter des offices en cours", ont énuméré M. Dallemagne et l'ex-présidente du cdH. "Au-delà de la non-légitimité démocratique du régime en place qui n'a plus aucun titre à se maintenir en 2018, du report incessant des élections et du non-respect indigne des accords de la Saint-Sylvestre, les Congolais sont victimes de violations inacceptables des droits de l'homme, de la liberté religieuse, du droit à l'information et à l'expression", ont-ils ajouté. Selon les deux élus humanistes, les événements de dimanche sont "gravissimes" et "exigent des réactions et décisions fermes de la Communauté internationale hélas bien silencieuse". Ils affirment attendre de l'Union européenne et de ses États membres une condamnation ferme des agissements du gouvernement de Kinshasa, une réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères pour discuter de la situation et envisager les sanctions à prendre à l'encontre des responsables, "en ce compris au sommet de l'État", pour mettre un terme aux violences et violations des droits de l'hommes, lutter contre l'impunité et rétablir l'ordre constitutionnel. Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a pour sa part averti les dirigeants congolais que leur responsabilité était engagée dans la "répression brutale" lors de manifestations contre le maintien au pouvoir du président Kabila.

M. Guterres se dit préoccupé par la "violente répression" des manifestations

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est dit préoccupé par la "violente répression" des manifestations par les forces de sécurité congolaises dimanche à Kinshasa et dans certaines villes de la République démocratique du Congo (RDC), faisant au moins cinq morts - huit selon un autre bilan -, plusieurs blessés et entraînant l'arrestation de plus de 120 personnes.

M. Guterres "appelle le gouvernement (de Kinshasa) et les forces nationales de sécurité à faire preuve de retenue et à respecter les droits du peuple congolais aux libertés d'expression et de manifester pacifiquement", a dit son porte-parole dans une déclaration à la presse publiée dimanche soir. M. Guterres "exhorte tous les acteurs politiques congolais à demeurer pleinement engagés à la mise en oeuvre de l'Accord politique du 31 décembre 2016 (sur le partage du pouvoir à l'issue du second mandat du président Joseph Kabila) qui demeure l'unique voie viable devant mener à la tenue d'élections, à une alternance pacifique du pouvoir et à la consolidation de la stabilité en République démocratique du Congo", a-t-il ajouté.

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