Plus de 280 morts, dont 40 policiers, dans la dispersion sanglante des pro-Morsi

14/08/13 à 22:46 - Mise à jour à 22:46

Source: Le Vif

Quelque 278 personnes, dont 43 policiers, ont été tuées mercredi en Egypte dans la dispersion sanglante au Caire des manifestations, selon un récent bilan publié dans le courant de la soirée par les autorités, qui ont indiqué que 61 personnes avaient trouvé la mort au Caire, sur la place Rabaa al-Adawiya, principal rassemblement pro-Morsi et 21 sur la place Nahda, où étaient également massés des manifestants réclamant le retour du président islamiste destitué par l'armée.

Plus de 280 morts, dont 40 policiers, dans la dispersion sanglante des pro-Morsi

© Reuters

Alors que le prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei a démissionné de son poste de vice-président, refusant "d'assumer les conséquences de décisions avec lesquelles il n'était pas d'accord", le Premier ministre nommé par l'armée Hazem Beblawi a, lui, salué la police pour "sa très grande retenue". A l'issue d'une journée de heurts meurtriers, les autorités ont décrété l'état d'urgence et un couvre-feu dans la moitié des provinces, dont celles du Caire et d'Alexandrie.

La communauté internationale, qui avait tenté une médiation pour éviter une issue dramatique au bras de fer entre pro-Morsi et nouveau pouvoir, a condamné l'usage de la violence pour disperser les deux rassemblements de milliers d'islamistes venus avec femmes et enfants réclamer le retour au pouvoir du premier président élu démocratiquement du pays.

M. Beblawi est apparu à la télévision pour assurer qu'"aucun État qui se respecte n'aurait toléré" ces sit-in qui duraient depuis un mois et demi, s'engageant dans le même temps à poursuivre la mise en oeuvre du processus qui doit conduire à des élections début 2014. A Washington, le secrétaire d'État américain John Kerry a exhorté à organiser ces scrutins, condamnant un bain de sang "lamentable".

Au cours de la dispersion des manifestants, un caméraman de la chaîne britannique Sky News a été tué par balle. Les Frères musulmans ont de leur côté annoncé que la fille de 17 ans d'un de leurs principaux dirigeants, Mohammed al-Beltagui, avait également été tuée par balle. Au total, les Frères parlent de 2.200 morts et plus de 10.000 blessés, tandis que les autorités disent avoir recensé 235 civils tués et 1.403 blessés à travers le pays, notamment 35 dans la province du Fayyoum et 15 à Ismaïliya, et affirment que les manifestants ont ouvert le feu sur la police.

"Les instructions étaient de n'utiliser que les gaz lacrymogènes, pas d'armes à feu", a assuré le ministre de l'Intérieur. "Mais quand les forces de sécurité sont arrivées, elles ont été surprises par des tirs nourris".

Après que des centaines de pro-Morsi ont quitté Rabaa, les forces de l'ordre leur ayant ménagé un couloir d'évacuation, les autorités, qui avaient repris Nahda dans la matinée, ont annoncé contrôler également cette place. Les pro-Morsi ont aussitôt appelé à de nouveaux sit-in et manifestations. Après la dispersion, des heurts avaient lieu dans différents quartiers du Caire et ont fait plusieurs morts dans d'autres villes du pays.

Face aux violences meurtrières, M. ElBaradei, qui avait apporté sa caution morale à la destitution de M. Morsi le 3 juillet par les militaires, a démissionné, mettant au jour les profondes divisions au sein des autorités de transition installées par la toute-puissante armée. Il avait à plusieurs reprises plaidé pour une solution politique à la crise, répétant que les Frères musulmans devaient participer à la transition.

Dans la matinée, une autre figure morale s'était désolidarisée de l'opération meurtrière des forces de l'ordre: l'imam d'Al-Azhar, plus haute autorité de l'islam sunnite, qui avait expliqué n'avoir pas eu connaissance des méthodes que les forces de l'ordre comptaient employer.

Paris a appelé à "l'arrêt immédiat de la répression" et saisi l'ONU "pour qu'en urgence une position internationale soit prise en ce sens". Son secrétaire général Ban Ki-moon a, lui, "condamné dans les termes les plus fermes les violences". Ankara, qui s'était opposé à la destitution de M. Morsi, l'Iran et le Hamas palestinien ont dénoncé un "massacre". Le Qatar, principal soutien des Frères musulmans, a dénoncé "la méthode utilisée contre des manifestants pacifiques", tandis que Berlin lançait un appel au calme dans le pays où les violences entre pro et anti-Morsi et entre pro-Morsi et forces de l'ordre avaient auparavant fait plus de 250 morts depuis fin juin, essentiellement des manifestants islamistes.

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