Plagiat : littérature de haut vol

02/08/16 à 13:14 - Mise à jour à 16:47

Source: Le Vif/l'express

On ne vole pas un livre de la même manière qu'on dérobe un tableau de maître. Polymorphe, honteux, tabou, le plagiat littéraire interroge autant le droit d'auteur que les pouvoirs de la fiction. Illustration par l'affaire ayant déchiré, en 2007, les romancières françaises Marie Darrieussecq et Camille Laurens.

Michel Houellebecq défrayant la chronique pour avoir recopié des notices issues de Wikipédia dans La Carte et le Territoire, Patrick Poivre d'Arvor accusé d'avoir intégré des paragraphes entiers d'une référence américaine dans sa bio d'Ernest Hemingway, le journaliste et écrivain Joseph Macé-Scaron reconnaissant ce que certains passages de ses livres devaient en fait à Cioran, Giono et Bill Bryson ou, plus récemment, Helene Hegemann, jeune frondeuse allemande qui revendiquait dans son livre Axolotl Roadkill le droit inconditionnel à "l'emprunt" et l'on en passe : encouragé par une ère numérique qui fluidifie les échanges et ralentit les scrupules, le plagiat sous toutes ses formes (des plus serviles aux plus créatives), fait régulièrement tache dans le paysage littéraire. Les procès pour recopiage littéraire passionnent, laissant le lecteur au choix déçu ou amusé devant tant d'audace et d'espoir d'impunité. Née avec l'invention du droit d'auteur (concept flottant jusqu'à ce que la protection juridique se concrétise à la fin du XVIIIe siècle), la notion de vol, quand elle concerne la chose littéraire, vise forcément moins la détention de ses pages (le livre est un objet d'art indéfiniment reproductible) que la matière, nécessairement plus flottante, qu'elles traduisent. Siphonner un paragraphe remarquable, faire main basse sur une tournure de phrase jalousée, fondre les mots d'un autre dans les siens sont autant de manifestations de son vice. Et parfois l'occasion de remettre en perspective les buts et définitions de la littérature même. A cet égard, l'une des plus passionnantes affaires de ces dernières années aura sans doute été celle ayant opposé Marie Darrieussecq et Camille Laurens à la rentrée littéraire de 2007. Rappel des faits.
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