Pédophilie : François dénonce "la complicité inexplicable" d'une partie du clergé

07/07/14 à 15:13 - Mise à jour à 15:13

Source: Le Vif

Le pape François a vivement condamné lundi la complicité ou l'indifférence d'une partie de la hiérarchie de l'Eglise pour les actes pédophiles dans le clergé qui devra désormais "rendre des comptes". Il a promis qu'il "ne tolérerait aucun mal" fait à un mineur.

Pédophilie : François dénonce "la complicité inexplicable" d'une partie du clergé

© Belga

La douleur des victimes et les suicides "pèsent sur la conscience de l'Eglise", a lancé le pape argentin, lors d'une messe dite dans sa résidence Sainte-Marthe au Vatican, en recevant six victimes, trois femmes et trois hommes (deux Allemands, deux Britanniques et deux Irlandais).

François a longuement reçu ces victimes européennes, s'entretenant individuellement plus d'une demi-heure avec elles, dans un geste marquant sa volonté de tolérance zéro face au scandale qui a touché des dizaines de milliers d'enfants et d'adolescents, principalement dans les années 60 et 70.

Dans une claire allusion aux évêques ayant couvert des prêtres criminels, il a "demandé pardon" pour "l'omission de dirigeants qui n'ont pas répondu de manière adéquate à des rapports sur des abus sexuels", notamment par les victimes elles-mêmes.

"Il n'y a pas de place dans l'Eglise pour ceux qui commettent ces abus, et je m'engage à ne pas tolérer que du mal soit causé à un mineur par un individu, qu'il soit religieux ou autre", a-t-il encore dit. Les évêques devront "rendre des comptes" en cas de futur scandale, a-t-il averti. I l a aussi dénoncé, dans des termes inédits au Vatican, "la complicité inexplicable" avec des crimes qui ont pour conséquence des "douleurs émotionnelles profondes", des "addictions", des "difficultés relationnelles" et enfin parfois le suicide.

Dans son homélie, il n'a pas annoncé de réformes pour rendre plus efficace la lutte antipédophile, au grand dam des associations engagées dans ce combat. Il a toutefois demandé que les victimes lui viennent "en aide" pour mettre en place les politiques les mieux appropriées à la protection des mineurs.

"Les victimes ont apprécié d'être écoutées avec beaucoup d'attention", a rapporté le père Federico Lombardi, porte-parole du pape, estimant que "cette écoute" de chacun "indiquait une route" à suivre par tous les prêtres dans l'Eglise.

Confronté à la critique d'associations selon lesquelles il s'agit d'un simple "nouvel exercice de relations publiques", le père Lombardi a rejeté lundi cet argument devant la presse: "ce groupe, a-t-il critiqué, a toujours démontré n'être pas prêt à comprendre les intentions de ce pape et du pape précédent" Benoît XVI.

"Messe noire"

Le pape, qui a déjà comparé le religieux abusant d'un enfant à un prêtre disant "une messe noire", a constitué en mars une commission d'experts pour la protection de l'enfance.

Celle-ci s'est réunie la veille. Des noms d'experts d'Asie et d'Afrique ont été proposés pour s'ajouter aux huit experts déjà nommés venant principalement de l'hémisphère nord -- dont une ancienne victime irlandaise. Dans les Eglises de l'hémisphère sud, la pédophilie est largement tabou.

Mgr Robert Oliver, promoteur de justice (procureur) de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a collaboré pour la première fois à cette réunion pour l'aspect "organisationnel et logistique", a précisé le père Lombardi.

La rencontre avec les victimes est la première de François et la sixième d'un pape. Benoît XVI avait eu sa première rencontre avec un groupe à Washington en avril 1998, puis il avait rencontré d'autres petits groupes en Australie, à Malte, en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Les associations reprochent aux papes de rencontrer des catholiques demeurés dans l'Eglise malgré les torts subis, et non ceux en rupture.

Le Vatican a été accusé à maintes reprises devant les comités pour les droits de l'enfant et contre la torture des Nations unies, d'avoir continué à occulter des affaires.

Particulièrement mal compris est le fait que les enquêtes canoniques (ecclésiales) au Vatican restent secrètes. Un autre reproche est que la collaboration avec les autorités civiles dépend des conférences épiscopales et ne soit pas obligatoire.

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