Pakistan: risquer sa vie pour vacciner contre la polio

17/02/14 à 13:48 - Mise à jour à 13:48

Source: Le Vif

Alors que la polio progresse dangereusement au Pakistan, des extrémistes tuent pour empêcher l'administration du vaccin.

Pakistan: risquer sa vie pour vacciner contre la polio

© Reuters

A Peshawar (Pakistan), la campagne antipolio est lancée depuis quelques semaines. Objectif : l'immunisation de 800 000 jeunes. Des affiches avec des visages d'enfants ornent les murs de la ville et la campagne se développe également à la télévision et à la radio. Etrangement, le terme "polio" n'apparaît jamais ; on parle plutôt de "Santé pour tous". Younas Zaheer, le coordinateur de la campagne de vaccination, explique : "ici, les vaccins antipolio ont mauvaise presse. Nos équipes qui font du porte-à-porte ont peur de se faire tirer dessus. Du coup, on préfère parler de "campagne sanitaire"". Une crainte légitime quand on sait que, l'an dernier, plus de vingt-cinq vaccinateurs ont péri lors d'attaques ciblées au Pakistan. Depuis janvier, dix autres ont trouvé la mort.

Le Pakistan : "plus grand réservoir de cas de polio"

En janvier dernier, l'Inde fêtait un anniversaire inespéré: ses trois ans d'éradication complète de la polio. Son voisin est loin d'en dire autant. En janvier, la ville de Peshawar a été décrite par l'OMS (Organisation mondiale de la santé) comme le "plus grand réservoir de cas de polio" au monde. L'organisation précise : "à travers le monde, le cas pakistanais est actuellement le plus préoccupant. En 2013, le Pakistan a été le seul des trois pays où le virus est encore endémique [avec le Nigéria et l'Afghanistan] à voir son nombre de cas de polio augmenté entre 2012 et 2013, passant de 58 à 91 cas". Des chiffres dramatiques lorsqu'on sait que cette maladie ne possède aucun traitement curatif. Dès lors, le vaccin antipoliomyélitique revêt une importance capitale et pourrait, à l'image de l'Inde, faire chuter inexorablement le nombre de cas.

La polio, qui figure parmi les maladies les plus contagieuses au monde, se propage par l'eau contaminée des canalisations et des égouts. Elle touche principalement les enfants de moins de cinq ans et peut entrainer une paralysie irréversible en quelques heures à peine. La paralysie peut elle-même mener à la mort lorsque les muscles respiratoires cessent de fonctionner.

La polio : rumeurs, espionnage et chantage

Il est difficile d'imaginer qu'on puisse empêcher l'immunisation d'enfants et pourtant des extrémistes propagent des rumeurs afin de ternir l'image du vaccin. Dans le pire des cas, certains n'hésitent pas à en venir aux armes. Leurs motifs sont divers :

- La crainte d'un espionnage camouflé engendrée par "L'affaire Shakil Afridi". La traque d'Oussama Ben Laden par la CIA s'était appuyée sur une fausse campagne de vaccination contre l'hépatite.

- Des rumeurs circulent sur le vaccin antipolio : il serait soupçonné par des talibans extrémistes d'entrainer la stérilisation de la population musulmane. Certains avancent également que le vaccin contiendrait du gras de porc.

- Une histoire de chantage : les talibans interdiraient les campagnes antipolio dans certaines régions tant que persisteraient les attaques de drones américains.

Ces motivations construisent une image mensongère du vaccin et mènent inévitablement à la propagation de la maladie. Tant qu'elle sera au coeur d'une bataille idéologique, la polio poursuivra sa course aux victimes. Dans ce contexte surréaliste où l'on doit risquer sa vie pour en sauver, les prochains mois de campagne sont d'une importance cruciale.

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