Pakistan: 132 enfants tués lors de l'attaque de talibans sur une école

16/12/14 à 11:26 - Mise à jour à 20:40

Source: Belga

es talibans pakistanais ont perpétré mardi la plus sanglante attaque terroriste de l'histoire du pays dans une école d'enfants de militaires, tuant 141 personnes dont 132 écoliers, pour se venger des récentes offensives de l'armée dans leurs bastions.

Pakistan: 132 enfants tués lors de l'attaque de talibans sur une école

/ © Reuters

L'assaut de Peshawar, qui s'est achevé après plus de sept heures de combat avec la mort des six assaillants, a tenu en haleine le pays, glacé par les récits de survivants racontant comment les talibans passaient de classe en classe en abattant à la chaîne des enfants parfois âgés d'à peine 12 ans.

Il a provoqué une vague de condamnations internationales, de l'ONU aux grandes puissances occidentales et à l'Inde, traditionnel rivale du Pakistan, en passant par la jeune militante pakistanaise pour l'éducation Malala Yousafzaï, nouveau Nobel de la paix et originaire de cette région.

L'attaque a été revendiquée par le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), principal groupe rebelle islamiste du pays et auteur de l'attaque contre Malala en 2012, qui a montré sa capacité à pouvoir faire couler le sang en dépit des récentes offensives militaires qui l'ont affaibli.

Islamabad a en retour réaffirmé sa détermination à éliminer ce groupe dont les attaques ont tué plus de 7.000 personnes dans le pays depuis 2007, notamment dans le nord-ouest et à Peshawar.

L'assaut a débuté vers 10H30 locales (05H30 GMT) lorsque six talibans déguisés en militaires ont pris d'assaut l'école, située dans les faubourgs de la ville. Près de 500 élèves, la plupart âgés de 10 à 20 ans, étaient alors présents dans cet établissement choisi par le TTP car "les enfants de plusieurs hauts gradés de l'armée y étudient", a expliqué Muhammad Khurasani, un porte-parole taliban.

Selon des témoins, les assaillants sont passés de classe en classe pour abattre les enfants. Sur son lit d'hôpital, l'un des survivants, Shahrukh Khan, 16 ans, en a livré un récit glaçant, racontant comment les talibans traquaient les enfants jusque sous les bancs pour les tuer. Couché sur le sol, il gardera longtemps en mémoire l'image de ce taliban "aux grosses bottes noires" qui criblait de balles les étudiants, et comment il s'est tordu de douleur mais retenu de crier lorsqu'il en reçu deux aux jambes, faisant le mort. Après avoir longtemps "attendu d'être fusillé, les yeux fermés", il perdra connaissance mais se réveillera à l'hôpital, miraculé.

Selon l'armée, les assaillants, tous munis de vestes garnies d'explosifs, de munitions et vivres pour plusieurs jours, "n'avaient aucune intention de faire des otages" car ils ont "tiré de manière aléatoire (sur les gens) dès leur entrée dans l'école". Elle a également évoqué la possibilité que des assaillants aient été des Arabes ou Ouzbeks, suggérant une participation de combattants étrangers de la mouvance Al-Qaïda aux côtés de ceux du TTP.

Les forces de sécurité ont peu à peu repris le contrôle de l'école à mesure que les talibans étaient tués ou se faisaient exploser, avant d'annoncer la fin de l'attaque et la mort des six talibans peu avant 18H30 locales (13H30 GMT).

Le bilan est effroyable: hors assaillants, l'attaque a fait 141 morts, dont 132 enfants, et 124 blessés dont 121 enfants, a annoncé dans la soirée le porte-parole de l'armée, le général Asim Bajwa. Un triste record qui surpasse celui de l'attentat qui avait fait 139 morts en octobre 2007 à Karachi (sud) lors du retour au pays de l'ancienne Première ministre Benazir Bhutto.

Le Premier ministre Nawaz Sharif a dénoncé cette "tragédie nationale" provoquée par des "sauvages", et s'est rendu sur les lieux. "Ces enfants étaient mes enfants, ceux de la nation", a-t-il ajouté, décrétant trois jours de deuil national.

L'armée, considérée comme l'institution la plus puissante du pays, a réaffirmé sa détermination à poursuivre ses opérations en cours contre le TTP jusqu'à son élimination totale.

Souvent accusée par le passé de liens troubles avec des groupes armés islamistes, l'armée s'était décidée en juin dernier, après plusieurs années d'hésitation, à lancer une offensive contre le TTP dans le Waziristan du Nord, une zone tribale située à la frontière afghane et considérée comme son principal bastion. Elle a annoncé depuis avoir repris les principales villes de la zone, tué plus de 1.600 combattants rebelles et en avoir capturé plus de 3.000, les autres s'étant selon elle enfuis.

Le TTP n'a pas réagi pendant plusieurs mois et s'est même divisé en factions rivales dont certaines semblent avoir abandonné le "jihad" contre le gouvernement pakistanais, décrété en 2007 pour le punir de son alliance avec les "infidèles "américains.

Mais d'autres factions semblent déterminées à poursuivre ce combat, attaquant au besoin les civils faute de pouvoir affronter l'armée, comme début novembre près de la frontière indienne (55 morts) ou ce mardi à l'école de Peshawar.

Les talibans disent avoir voulu "faire vivre" leur "souffrance" à l'armée

Le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP) a déclaré avoir perpétré cet assaut en représailles à l'opération militaire "Zarb-e-Azb" lancée en juin et toujours en cours contre ses repaires et ceux de ses alliés d'Al-Qaïda au Waziristan du Nord, une zone tribale du nord-ouest adossée à la frontière afghane. Le TTP, un regroupement de factions islamistes armées fondé en 2007 et qui a déclaré la "guerre sainte" au gouvernement et à l'armée, avait promis une réponse musclée à cette opération qui a tué plus de 1.600 combattants rebelles selon les militaires. "Les chasseurs de l'armée bombardent nos places publiques, nos femmes et nos enfants et des milliers de nos combattants, des membres de leurs familles et leurs proches ont été arrêtés. Nous avons demandé encore et encore qu'ils cessent tout cela", a déclaré à l'AFP le porte-parole du TTP, Muhammad Khurasani. Face à l'intransigeance de l'armée, "nous avons donc été forcés" de lancer cette attaque, a-t-il affirmé dans un entretien téléphonique. "Nous l'avons menée après une enquête qui a indiqué que les enfants de plusieurs hauts responsables de l'armée étudient dans cette école", a-t-il ajouté. "Nous voulons leur faire vivre la souffrance, à quel point il est terrible de voir un être aimé être tué. Leurs familles devront aussi pleurer leurs morts comme nous l'avons fait", a-t-il dit.

Le TTP, dont le commandement central s'est lézardé au cours des derniers mois, a aussi affirmé avoir kidnappé des personnes lors de cet assaut commando et réitéré son appel à la fin des opérations militaires au Waziristan et dans la zone tribale de Khyber, également pilonnée par l'aviation pakistanaise ces derniers mois.

Malala dénonce les "actes atroces et lâches" des talibans

L'adolescente pakistanaise Malala Yousafzai, icône mondiale du combat pour l'éducation des filles, a dénoncé mardi les "actes atroces et lâches" des talibans qui ont attaqué une école pour enfants de militaires de Peshawar, faisant plus de 130 morts.

"Je condamne ces actes atroces et lâches et je reste unie avec le gouvernement et les forces armées du Pakistan" dans leurs "efforts louables" pour gérer la situation, a écrit dans un communiqué la jeune fille de 17 ans, récompensée par le prix Nobel de la paix qu'elle a reçu le 10 décembre à Oslo conjointement avec l'Indien Kailash Satyarthi. "J'ai le coeur brisé par cet acte de terreur insensé commis de sang froid à Peshawar" et "comme des millions d'autres à travers le monde, je pleure ces enfants, mes frères et soeurs", a ajouté Malala, originaire elle-même du nord-ouest du Pakistan et victime en 2012 d'un attentat taliban.

"Une telle horreur ne devrait pas frapper des enfants innocents dans leur école". "Mais nous ne serons jamais vaincus", a martelé Malala. Son engagement pour la scolarisation a failli lui coûter la vie: le 9 octobre 2012, des talibans interceptent son car scolaire dans sa vallée natale de Swat (nord-ouest) et lui tirent une balle dans la tête. La jeune fille, dont l'uniforme scolaire encore taché de sang a été pour la première fois exposé à Oslo, reste aujourd'hui sous la menace des islamistes.

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