Oussama Ben Laden s'inquiétait pour l'avenir d'Al-Qaïda

03/05/12 à 21:36 - Mise à jour à 21:36

Source: Le Vif

L'armée américaine a publié une sélection des documents trouvés lors de l'attaque contre la résidence de Ben Laden. Cette correspondance entre l'ex-chef d'Al-Qaïda, tué il y a un an, et des responsables d'autres groupes, montre les débats qui agitent la nébuleuse terroriste depuis quelques années.

Oussama Ben Laden s'inquiétait pour l'avenir d'Al-Qaïda

© Reuters

Un an après la mort d'Oussama Ben Laden, les États-Unis marquent le coup. Après le voyage éclair du président Barack Obama en Afghanistan, Washington dévoile une nouvelle partie du trésor de guerre saisi lors du raid dans sa résidence pakistanaise d'Abbottabad. L'opération commando, au cours de laquelle le leader d'Al-Qaïda a été tué, le 2 mai 2011, avait permis la capture de milliers de documents dans le bâtiment. Au total ce jeudi, les États-Unis ont publié 17 d'entre eux.

Ils ont été révélés dans leur version originale et traduits en anglais, sur le site Internet du Combating Terrorism Center (CTC), de l'académie militaire de West Point. Ces correspondances internes à Al-Qaïda s'étalent entre septembre 2006 et avril 2011, période à laquelle il vivait déjà à Abbottabad, selon le récit de l'une de ses veuves.

Ce sont principalement des lettres écrites par Ben Laden lui-même, ou dont il était le destinataire. Parmi les auteurs, figurent d'autres responsables d'Al-Qaïda ou de branches régionales qui se réclament de la nébuleuse terroriste. Les leaders des mouvances plus ou moins affiliées à Al-Qaïda y nourrissent de nombreux débats stratégiques, comme le raconte le New York Times notamment.

Un "porte-parole" américain d'Al-Qaïda s'interroge ainsi sur les actions à prévoir pour marquer les 10 ans des attentats du 11 septembre à New York. Un autre document revient sur la nécessité de changer de base géographique, compte tenu de la situation sécuritaire au Waziristan, à la frontière pakistano-afghane. Enfin, plusieurs extraits évoquent la réponse à apporter aux printemps arabes, la stratégie médiatique à développer, et la nécessité de rester concentré sur les cibles américaines, tout en tissant des liens avec le réseau tribal local, notamment au Yémen.

Comment gérer les groupes affiliés?

On y voit aussi se dessiner des divisions au sommet, tandis qu'Oussama Ben Laden s'inquiète pour l'avenir de son organisation et semble parfois "mis sur la touche", note le CTC. Il "ne tire pas les ficelles de tous les groupes" plus ou moins liés à Al-Qaïda, et se plaint même de certains d'entre eux.
Oussama Ben Laden répond par exemple par la négative au leader des shebab somaliens qui lui demandait un adoubement officiel d'Al-Qaïda. Mais dans une autre lettre, peut-être signée Ayman al-Zawahiri, l'auteur invite Ben Laden à revoir son jugement sur "la fusion avec les frères de Somalie". L'attitude des talibans pakistanais est un autre sujet très débattu. La "maison mère" doit s'en dissocier, selon certains interlocuteurs, dans la mesure où le groupe d'Hakimullah Mahsud utilise la violence de façon indiscriminée et tue des civils musulmans.

"Nous demandons à chaque émir dans les régions de faire extrêmement attention à contrôler le travail militaire", peut-on lire sur une des lettres écrites par Oussama Ben Laden en mai 2010. Il demande aussi "d'annuler d'autres attaques en raison de victimes civiles inutiles possibles" dans la population musulmane. Une position qui tranche avec "ses déclarations publiques qui insistaient sur l'injustice causée par les 'ennemis' des musulmans, c'est-à-dire les dirigeants musulmans 'apostats' et leurs 'superviseurs' occidentaux", note le CTC.

Il espérait lancer une "nouvelle phase" pour que ses combattants "regagnent la confiance des musulmans". Quitte à devoir renommer Al-Qaïda pour changer son image écornée et réintroduire une connotation islamique. "Ce nom ne laisse pas savoir aux musulmans que nous le sommes et permet à l'ennemi de clamer de façon erronée qu'il n'est pas en guerre avec l'islam et les musulmans, mais qu'il est en guerre contre l'organisation Al-Qaïda".

LeVif.be avec L'Express

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