"On ne doit surtout pas se croire supérieurs aux Grecs"

30/06/15 à 11:18 - Mise à jour à 12:20

Source: Knack

"Il faut tout faire pour éviter une faillite grecque" estime Lode Vereeck, docteur en économie (Université d'Hasselt) et sénateur Open VLD. Il était en Argentine en 2001 lorsque le pays a fait banqueroute provoquant "le chaos et le désespoir".

"On ne doit surtout pas se croire supérieurs aux Grecs"

Lode Vereeck © BELGA

À présent que les ministres européens ont décidé ne pas mettre les 7,2 milliards d'euros restants du programme d'aide en cours à disposition des Grecs, la Grèce menace de vraiment faire faillite. Professeur en finances publiques, Lode Vereeck connaît d'expérience les conséquences d'une banqueroute.

Comment l'Argentine en est-elle arrivée là?

Lode Vereeck: Dans les années quatre-vingt, l'Argentine a connu une hyperinflation. En 1991, le gouvernement a résolu ce problème en liant le peso au dollar et ce système a fonctionné : les prix ont cessé d'augmenter rapidement. Mais en même temps, cet alignement de monnaies a permis aux Argentins d'emprunter comme les Américains. L'économie reprenait et l'état argentin aussi s'est mis à emprunter en masse. Jusqu'au moment où il n'a plus pu rembourser et le pays a fait faillite.

C'est pareil pour les Grecs. Ils ont pu emprunter comme les Allemands, alors qu'ils n'ont pas la même économie pour rembourser leurs dettes. L'économie grecque est basée sur l'agriculture et non sur l'industrie (automobile).

À partir du moment où les Argentins n'ont plus pu rembourser leur dette, les conséquences se sont peu à peu fait sentir pour la population. L'état a commencé par geler les avoirs et permettre uniquement le retrait de petits montants. Finalement, l'état a décidé de transformer ces pesos en obligations d'état payables après seulement dix ans. Le pays était banqueroute.

Comment les Argentins s'en sont-ils sortis?

D'abord, les Argentins ont connu une forte croissance économique grâce aux entreprises chinoises qui ont investi en masse et considérablement fait baisser le chômage. Les tentatives d'approche entre la Russie et la Grèce sont comparables.

Deuxièmement, une grande partie des dettes ont été épongées. Cependant, réduire la dette n'est pas à l'ordre du jour en Grèce, puisque cela provoquerait un effet domino. En revanche, un allègement de la dette figure parmi les possibilités.

Enfin, après la dévaluation, le dollar est resté un moyen de paiement légal en Argentine. Une monnaie forte dans l'économie doit en effet freiner la planche à billets de la monnaie locale pour contrer l'inflation. En Grèce, on adopte le raisonnement inverse, ce qui serait unique. À savoir coupler une monnaie trop forte (l'euro) à une monnaie plus faible (la drachme). Cette dernière pourrait être utilisée pour les dépenses nationales telles que le paiement des fonctionnaires et des pensions. Mais en maintenant l'euro à côté de la drachme, le pays pourrait rester dans la zone euro.

Vous étiez en Argentine quand le pays a été déclaré banqueroute, quel impact a eu cette faillite sur vous ?

Le chaos et le désespoir que j'ai vus ont contribué à former l'homme, l'économiste et le politique que je suis. Il faut tout faire pour éviter une faillite grecque. Le problème n'est pas tant financier, mais socio-économique. Le pays ploie sous le joug d'un système vieilli et c'est la raison pour laquelle on doit se demander comment réformer la Grèce. Il est sacré que les finances publiques soient en ordre, car l'absence d'ordre déstabilise la société. Tant en Argentine qu'en Grèce, il y a eu des morts. J'ai l'impression que pour l'instant les Grecs réagissent calmement, mais si le pays fait effectivement faillite, il faudra tenir compte de troubles éventuels".

En outre, on ne doit pas nous croire supérieurs aux Grecs. Cette situation aurait pu nous arriver aussi. En 2011, les taux d'intérêt sur les obligations à terme ont dépassé les 6%. Lorsque la Grèce, le Portugal et l'Irlande ont vu leur taux d'intérêt à long terme dépasser les 6% et s'approcher des 7%, ils ont dû demander un soutien financier à la BCE et au FMI. Mais grâce au gouvernement belge, le danger a été évité. Si la Grèce a un bon plan business, le reste suivra.

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