Nuit Debout: l'envie d'une autre forme de politique

07/04/16 à 13:34 - Mise à jour à 13:44

Source: Afp

Certains passent la "nuit debout" à refaire le monde, d'autres veulent dépasser le clivage "droite-gauche" pour réformer leur pays: des Français expriment ces derniers jours leur "ras-le-bol" du pouvoir traditionnel et leur envie de faire de la politique autrement.

Nuit Debout: l'envie d'une autre forme de politique

Le mouvement "Nuit debout" à Paris. © Belga

Depuis une semaine, chaque soir, des centaines de personnes se retrouvent sur la place de la République à Paris pour dénoncer la précarité, le mal logement, les "violences policières", la corruption, la collusion des élites... Et ce mouvement, baptisé "Nuit Debout" a gagné de grandes villes de province.

"L'idée, c'est de recréer une agora dans l'espace public", résumait Marc, 26 ans, qui a passé la nuit de mercredi à jeudi sur la place du Capitole à Toulouse (sud-ouest). "On veut exprimer un ras-le-bol général, contre la société, le gouvernement. Reprendre la politique entre nos mains."

A des centaines de kilomètres plus au nord, dans une ambiance beaucoup plus sage, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, 38 ans, annonçait lors d'une "rencontre citoyenne" le lancement d'un nouveau mouvement "ni à droite, ni à gauche" intitulé "En marche".

Le ministre, un franc-tireur qui incarne le virage "social-libéral" du gouvernement socialiste, "est le seul homme politique qui propose quelque chose de transpartisan et quand on est jeune, on a du mal à se mettre dans les cases droite/gauche", commentait Pierre Wolff, à l'issue du débat organisé à Amiens (nord).

Les deux initatives ne s'adressent pas au même public, Macron - un ancien banquier d'affaires - est l'une des bêtes noires des militants des "Nuit Debout" qui se recrutent plutôt dans la gauche radicale.

Leurs visions du monde sont également antagonistes, mais leurs mouvements se nourrissent d'un même "ras-le-bol" du système politique traditionnel.

"J'en ai marre des partis où parce qu'on est de droite on est con, ou vice-versa, il faut un peu avancer", lançait ainsi Philippe Tutois à Amiens, en rêvant de grandes réformes pour la France et l'Europe.

A Paris, non loin du mémorial improvisé en mémoire des victimes des attentats de 2015, André exprimait les mêmes aspirations. "L'important", disait-il, c'est "de sortir des partis, des mouvements, des structures, qui nous divisent alors qu'on a souvent les mêmes idées."

'Hyde Park ou Puerta del Sol'?

Le désamour des Français pour leurs dirigeants se mesure régulièrement dans les sondages: le président François Hollande n'a que 15% d'opinions positives, quand le chef de l'opposition de droite Nicolas Sarkozy "inquiète" 61% des Français.

Dans les urnes, le rejet des partis classiques se traduit par une progression constante de l'abstention (50% au premier tour des régionales de décembre) et du vote pour l'extrême droite (28% au même scrutin).

Dans ce contexte de tripartisme favorable à une recomposition de l'échiquier politique, les mouvements "Nuit Debout" et "En Marche" sont suivis de près. Interrogée sur l'initiative de son collègue Macron, la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem a ainsi salué "tout ce qui peut ramener à la politique des gens qui s'en sont éloignés".

Des responsables de la gauche radicale sont passés voir ce qui se trame place de la République, tout comme le Premier secrétaire du parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis qui a confié y avoir fait "un petit tour discrètement".

"C'est le printemps de la repolitisation", a salué ce dernier. Il a néanmoins immédiatement relativisé, évoquant "plus Hyde Park que la Puerta del Sol dans le moment présent".

Le mouvement "Occupy Wall Street", né en 2011 à New York pour dénoncer le monde de la finance, s'était rapidement propagé à d'autres villes américaines, mais sans hiérarchie, ni revendications claires, il avait fini par être délogé par la police.

En Espagne, l'occupation de la place madrilène par des militants anti-austérité a au contraire permis l'émergence du parti de gauche radicale Podemos, qui a remporté 20% des voix aux législatives de décembre.

"Personne ne sait ce que ça va donner", reconnaît Hegoa Garay, qui participe aux "Nuits debout" à Toulouse. Mais "c'est un espace de discussion dont nous avons extrêmement besoin".

Quant à "En Marche", son avenir n'est guère plus clair, les partis centristes ayant toujours eu du mal à s'inscrire dans la durée en France.

En Belgique aussi

Un premier rassemblement de ce type a eu lieu mercredi soir à la place des Barricades à Bruxelles. Un second regroupement est prévu jeudi soir dès 19h00 au Mont des Arts.

La première Nuit debout s'est terminée vers 03h00 du matin, avec un maximun de 300 personnes environ entre 22h00 et minuit. Par ailleurs, environ 200 personnes ont regardé le livestream accessible via twitter sur @NuitDeboutBXL. La police a toléré le rassemblement.

Le changement de lieu, de la place des Barricades au Mont des Arts, a été justifié par une volonté d'être plus visible. Aucune autorisation d'occupation n'a été demandée. Les participants revendiquent en effet leur droit à occuper librement l'espace public et estiment qu'il s'agit d'une discussion et non d'une manifestation. Ils ont rappelé à plusieurs reprises qu'ils n'étaient pas dans l'optique d'entrer en confrontation avec les forces de l'ordre.

Le rejet du fonctionnement actuel du système politique et de la logique des partis a été fortement marqué, tout comme le pouvoir de plus en plus étendu du monde économique. Des participants souhaitent organiser des groupes d'apprentissage sur la culture politique et les enjeux économiques et géopolitiques pour penser un nouveau système démocratique. C'est le concept d'évolution qui a convaincu. L'idée de révolution a quant à elle été condamnée, considérant la violence qu'elle peut entraîner et le report du problème dans le temps.

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