NSA: des révélations sur l'espionnage d'Israël relancent de vieilles rancoeurs entre alliés

23/12/13 à 13:42 - Mise à jour à 13:42

Source: Le Vif

Selon le New York Times, la NSA aurait espionné ses alliés israéliens entre 2008 et 2011, alors que les deux pays ont signé un accord mutuel de non-espionnage en 1985.

NSA: des révélations sur l'espionnage d'Israël relancent de vieilles rancoeurs entre alliés

© Reuters

La NSA et son homologue britannique ont espionné entre 2008 et 2011 de nombreuses cibles alliées, dont le Premier ministre israélien de l'époque Ehud Olmert, le vice-président de la Commission européenne Joaquin Almunia ou Médecins du Monde, a rapporté la semaine dernière le New York Times.
Le quotidien américain évoque plus de 1000 cibles surveillées dans une soixantaine de pays pendant ces trois années par l'Agence de sécurité nationale américaine et les services britanniques de renseignement (GCHQ), selon des documents révélés par l'ex-consultant de la NSA Edward Snowden.
Israël, la Commission européenne, des ONG...

Ehud Olmert, alors Premier ministre israélien, Ehud Barak, ministre israélien de la Défense, ou Joaquin Almunia, alors vice-président de la Commission européenne, chargé notamment des questions de concurrence, apparaissent sur ces listes, selon le Times.

"Ce n'est pas le genre de comportement que nous attendons de nos partenaires stratégiques, sans même parler de nos Etats membres", a réagi une porte-parole de la Commission dans un communiqué. Sans confirmer ou infirmer les informations du Times, la NSA a en revanche assuré ne pas mener d'opérations de surveillance pour aider les sociétés américaines : "Nous n'utilisons pas nos capacités de renseignement pour voler des secrets industriels de sociétés étrangères pour le compte (...) d'entreprises américaines", a déclaré la porte-parole Vanne Vines.
La NSA et le GHCQ ont également surveillé plusieurs missions de l'ONU à Genève, dont l'Unicef, ou l'Institut de recherche pour le désarmement, ou même l'ONG Médecins du Monde, selon le Times.

"Nous sommes perplexes et surpris par ces informations. Si elles s'avéraient exactes, cela signifierait que l'argent des contribuables sert à surveiller les humanitaires au lieu d'être utilisé pour vacciner les enfants syriens contre la polio ou reconstruire le système de santé philippin", a réagi Leigh Daynes, directeur de Médecins du Monde au Royaume-Uni, cité dans un communiqué.

"Inacceptable" pour Israël

Un ministre israélien a qualifié d'"inacceptable" l'éventuelle espionnage d'Ehud Olmert. "Nous avons ces derniers temps des relations exceptionnelles en matière de renseignement avec les Etats-Unis et les Britanniques, c'est presque une communauté du renseignement", a déclaré samedi soir à la télévision le ministre des Renseignement, Yuval Steinitz. "Nous n'espionnons pas le président des Etats-Unis ou la Maison blanche. Les règles sont désormais claires. Nous avons des engagements en la matière et nous les respectons", a déclaré M. Steinitz

Le député israélien Nachman Shai, qui a été diplomate aux Etats-Unis dans les années 1980, a réclamé dimanche un débat au sein des commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense. "Nous travaillons en supposant que nous sommes écoutés, y compris par les Américains, mais cela n'est pas pour autant permis (...) ou éthique au bout du compte, et une fois que c'est découvert, on ne peut pas l'ignorer", a-t-il insisté à la radio publique.

Les appels à libérer Jonathan Pollard relancés

Israël et son allié stratégique américain ont convenu de ne jamais s'espionner mutuellement après l'arrestation en 1985 à Washington de Jonathan Pollard, un ancien expert de la marine américaine qui a transmis à Israël des milliers de documents secrets sur les activités du renseignement américain dans le monde arabe. La justice américaine a condamné M. Pollard à la réclusion à perpétuité pour espionnage, mais les révélations sur l'étendue du programme d'espionnage américain ont relancé en Israël les appels à sa libération.

Ils ont été amplifiés par des informations publiées dimanche par le Yediot Aharonot, selon lesquelles l'ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv a loué en 2007 un appartement en face de celui de M. Barak, alors ministre de la Défense, et y a installé "une grande quantité de matériel électronique". "Si c'est vrai, c'est très très grave", a déclaré à la radio militaire Tzahi Hanegbi, député du Likoud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu. "C'est de l'espionnage classique, (une activité similaire à celle pour laquelle) Jonathan Pollard est en prison depuis bientôt 30 ans". "Si c'est vrai, la porte de la cellule de Pollard devrait s'ouvrir et il devrait être autorisé à rentrer chez lui dès aujourd'hui", a-t-il insisté.

M. Netanyahu a assuré dimanche qu'il oeuvrait en permanence pour la libération de M. Pollard, qui a obtenu la nationalité israélienne en 1995, sans s'exprimer directement sur les informations du New York Times. Les efforts pour obtenir cette libération "ne sont pas liés aux derniers événements, même si nous avons donné notre avis sur ces développements", a-t-il déclaré, sans plus de précision, lors du conseil des ministres.
Dans le Yediot, l'expert diplomatique Shimon Shiffer rapporte que les dirigeants israéliens, partant du principe que leurs conversations étaient écoutées, ont parfois cherché à tourner cela à leur avantage. Ainsi Ariel Sharon, ministre de la Défense au moment du traité de paix historique avec l'Egypte en 1979, appelait régulièrement Israël pendant ses missions en Egypte en vantant les progrès de l'Egypte et le travail du président Hosni Moubarak, dans des conversations qui n'étaient en fait destinées qu'aux oreilles indiscrètes égyptiennes.

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