Nouvelle vie pour les migrants de la "Jungle"

25/10/16 à 15:50 - Mise à jour à 15:50

Source: Afp

Loin de la boue et des tentes de la "Jungle" de Calais, ils s'installent à Nogent-Le-Rotrou, un bourg au sud-ouest de Paris, ou à Chardonnay, village entouré de vignobles .... Les migrants évacués du plus grand bidonville de France commencent une nouvelle vie aux quatre coins du pays.

Nouvelle vie pour les migrants de la "Jungle"

© Reuters

"Ils sont passés par différents pays, différentes villes (...). Soit ils sont passés par la prison, soit ils sont passés par des camps, des bidonvilles, des conditions à peu près innommables mais là, c'est peut-être une des premières fois où ils se posent dans quelque chose de sécurisé, sécurisant et propre", explique Alex Deseez, membre d'une association qui a accueilli un groupe dans la nuit de lundi à mardi à Nogent-Le-Rotrou.

L'accueil de la population manque parfois d'enthousiasme: à Chardonnay, petite commune de quelques centaines d'habitants dans le centre-est du pays, les dix réfugiés soudanais qui ont débarqué en autocar ont ainsi été reçus avec une grande méfiance. Certains des habitants redoutent une "arrivée massive", le maire s'inquiète d'un afflux "disproportionné", une quadragénaire craint des vols de raisin dans les vignes, un professeur de mathématique s'alarme du risque de "désoeuvrement".

Les nouveaux arrivants, eux, sont optimistes. "Now, I feel good ! ("Maintenant, je suis bien!), lançait ainsi un des jeunes Africains en arrivant dans le village. "Je veux rester ici et y être heureux".

Mardi, au deuxième jour de la gigantesque opération d'évacuation de la "Jungle", le ballet des autocars devait se poursuivre avec de nouveaux départs vers les 451 centres d'accueil et d'orientation (CAO) disséminés un peu partout en France.

"Le plus important, c'est de quitter Calais!". Pendant le voyage vers Nogent-le-Rotrou, Fahim, un jeune Afghan de 26 ans, se dit soulagé d'être parti, même s'il "ne connait rien" de cette ville où l'attend une nouvelle vie, après neuf mois passés dans la "Jungle".

- 'nouveau départ' -

"Dans la +Jungle+, on vivait dans la boue, il y avait toujours des bastons", lance Mohammed, un Soudanais de 20 ans. "C'est un nouveau départ, d'abord, je dois avoir des papiers, après je veux aller à l'université. C'est ma nouvelle vie qui va commencer".

Comme leurs compagnons de voyage, Fahim et Mohammed ont découvert en arrivant de nuit leur nouveau cadre de vie: un immeuble des années 70, des locaux fraichement repeints, des dortoirs à partager à quatre ou six.

Lundi soir, des rassemblements de soutien aux migrants ont été organisés dans plusieurs villes, avec 250 personnes à Nantes ou à Rennes (ouest), autant à Paris. Différents élus se sont dit favorables à l'accueil des réfugiés, comme Daniel Guarrigue, le maire (divers droite) de Bergerac (sud-ouest), pour lequel "la solidarité doit jouer au niveau national". Dans le village de Grambois (sud) qui se prépare a accueillir une trentaine de migrants, le maire divers gauche, Alain Ferreti, essaie de convaincre ses concitoyens qu'on "ne peut pas laisser les gens dans la boue en hiver".

Car les arrivées suscitent des réactions parfois négatives, parfois violentes: ces derniers jours, trois centres ont été la cible d'incendies volontaires, un autre a été visé par des coups de feu, des manifestations s'organisent, des tracts sont distribués, des pétitions circulent, souvent portées par le Front National (extrême-droite).

Lundi soir, la ministre du Logement Emmanuelle Cosse a appelé à un "sursaut républicain". "C'est inadmissible que des gens puissent s'attaquer à la lutte contre la précarité", a-t-elle déclaré.

Les autorités françaises comptent vider d'ici la fin de la semaine la "Jungle", l'immense campement sauvage où ont échoué de 6.000 à 8.000 réfugiés venus pour la plupart d'Afghanistan, du Soudan ou d'Erythrée jusqu'aux rives de la Manche avec l'espoir de gagner la Grande-Bretagne.

Selon le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, 6.000 migrants ont déjà été dirigés vers les centres d'accueil en un an et durant l'évacuation de Calais, "ce sont 6.500 migrants qui feront de même". Selon lui, "85% de ceux qui sont présents à Calais relèvent du droit d'asile".

C'est dans les centres d'accueil que les migrants peuvent entamer les formalités nécessaires pour obtenir un statut de réfugié.

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