Navalny, le principal opposant à Poutine, privé d'élection

26/12/17 à 12:38 - Mise à jour à 12:41

Source: Afp

L'opposant numéro un au Kremlin, Alexeï Navalny, ne pourra pas être candidat aux prochaines présidentielles russes. Malgré quelques faibles protestations aussi bien en Russie qu'à l'international, cela ne fait que confirmer le boulevard pour Poutine qui brigue un quatrième mandat.

Navalny, le principal opposant à Poutine, privé d'élection

© Reuters

Alexeï Navalny a appelé lundi au boycott de la présidentielle du 18 mars après le rejet de sa candidature à ce scrutin pour lequel Vladimir Poutine apparaît sans concurrence pour remporter un quatrième mandat.

Invoquant une condamnation judiciaire dénoncée comme "fabriquée" par l'opposant, la Commission électorale russe a voté à l'unanimité, lors d'une réunion publique, pour refuser le dossier présenté la veille au soir par le juriste de 41 ans à l'issue d'une journée de mobilisation de ses partisans. "Nous annonçons une grève du vote. Nous appellerons tout le monde à boycotter ces élections. Nous ne reconnaissons pas les résultats de ces élections", a annoncé M. Navalny à la presse après cette décision.

"La procédure à laquelle nous sommes invités à prendre part n'est pas une élection. Seul Poutine et les candidats qu'il a personnellement choisi, ceux qui ne représentent pas la moindre menace, y prennent part", a-t-il expliqué dans une vidéo destinée à ses partisans et diffusée sur son site internet.

La présidentielle "légitime" malgré l'absence de Navalny (Kremlin)

Le Kremlin a défendu mardi la "légitimité" de la présidentielle de mars après le rejet de la candidature du principal opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, qui a appelé à la boycotter. "La non-participation d'une des personnes qui souhaitait être candidat en raison de la loi ne peut en aucun cas affecter la légitimité de l'élection", a déclaré aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. "Les appels au boycott seront examinés minutieusement pour déterminer s'ils sont conformes ou non à la loi", a réagi M. Peskov mardi.

L'UE a "sérieux doute" pour le pluralisme politique en Russie

La décision de la commission électorale russe "jette un sérieux doute sur le pluralisme politique en Russie et la perspective d'élections démocratiques l'année prochaine", a affirmé cette porte-parole, Maja Kocijancic, dans un communiqué du service européen pour l'action extérieure (SEAE).

La porte-parole rappelle que la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) avait jugé que le droit à un procès équitable avait été refusé en 2013 à M. Navalny, finalement condamné en février dernier pour détournement de fonds. "Nous attendons des autorités russes qu'elles s'assurent qu'il y ait des opportunités équitables, y compris lors des élections présidentielles qui se tiendront le 18 mars", déclare encore la porte-parole, qui appelle la Russie à inviter l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) à observer les élections.

"L'Union européenne fondera son jugement du processus électoral sur ses résultats, comme nous l'avons fait par le passé", conclut la porte-parole.

Pas une surprise

La décision de la Commission électorale est loin de constituer une surprise car elle avait à plusieurs reprises averti que l'opposant ne pourrait se présenter avant 2028 en raison d'une condamnation en février dernier à cinq ans de prison avec sursis pour détournement de fonds dans une affaire remontant à 2009. La présidente de la Commission Ella Pamfilova a assuré n'avoir "aucune observation" à faire quant aux documents apportés par Alexeï Navalny, répétant qu'il s'agissait de faire respecter la loi.

"Il est évident que ces affaires ont été fabriquées pour ne pas me laisser me présenter", a dénoncé M. Navalny lors des débats publics précédant la décision, s'appuyant sur une décision de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).

Base de soutiens

Considéré comme le principal opposant au président Vladimir Poutine, qui brigue en mars un quatrième mandat, Alexeï Navalny a mené campagne pendant des mois dans toute la Russie malgré les entraves et les pressions des autorités, ce qui lui a permis de gagner une fidèle base de soutiens, souvent très jeunes. En dépit de l'indifférence des médias nationaux, ses meetings ont rassemblé des milliers de personnes et il a ouvert des dizaines de bureaux de campagne en province, sur lesquels il entend désormais s'appuyer pour appeler au boycott.

Charismatique blogueur anticorruption aux accents parfois nationalistes, il a également organisé en mars et en juin deux manifestations d'ampleur dans plusieurs villes du pays, qui ont débouché sur des milliers d'arrestations et qui lui ont valu de courtes périodes de détention.

Dimanche, l'opposant a encore mobilisé des milliers de ses soutiens en Russie pour chercher à imposer sa candidature malgré son inéligibilité, organisant notamment à Moscou un show à l'américaine devant la presse et des centaines de ses partisans.

Poutine, le boulevard vers une large victoire

Malgré de nombreux problèmes comme la corruption, la protection médicale de piètre qualité ou encore un niveau de pauvreté qui reste très élevé, les sondages prévoient une très large victoire à l'élection de Vladimir Poutine, avec une popularité atteignant 80%. Nombre de Russes voient en M. Poutine, 65 ans, l'homme d'une certaine prospérité, notamment grâce à la manne pétrolière, et celui du retour de la Russie sur la scène internationale, tandis que d'autres lui reprochent une dérive autoritaire et un exercice personnel du pouvoir.

A la présidentielle, M. Poutine devrait affronter les traditionnels candidats du Parti communiste et des nationalistes du LDPR, ainsi que la vedette de télévision proche de l'opposition libérale Ksenia Sobtchak, qui espère réunir les Russes mécontents de la situation dans le pays. Le président russe s'est toujours contenté de présenter M. Navalny, dont il refuse même dans la plupart des cas de mentionner le nom, comme une figure marginale et un opportuniste qui "utilise les difficultés existantes pour sa propre communication politique".

Vu la popularité du président au pouvoir depuis 18 ans et l'absence de son principal opposant qui a réuni des milliers de jeunes dans la rue ces derniers mois, certains observateurs envisagent une abstention élevée qui affaiblirait la légitimité du résultat.

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