Nabilla, la reine du show-buzz

18/07/13 à 11:07 - Mise à jour à 11:07

Source: Le Vif

A 21 ans, cette héroïne de télé-réalité est devenue à la fois un objet de fascination et un phénomène de foire. Il n'empêche : à la rentrée, la bimbo qui a tout compris au business de la célébrité aura son émission. Itinéraire d'une enfant du siècle 2.0.

Nabilla, la reine du show-buzz

© Image Globe

Voilà encore quelques semaines, on flânait dans le rayon shampooings des grandes surfaces en toute innocence. On décrochait son téléphone sans penser à mal. Mais ça, c'était avant. Avant que la France ne soit décoiffée par la nabillamania, du nom de cette jeune fille de 21 ans, résidente suisse aux origines méridionales (un mélange algéro-italien hautement inflammable), devenue célèbre en une phrase aussi creuse que son tour de poitrine est bombé. Jusqu'à l'opportune mise en exergue sur Internet de sa réplique "Allô, quoi. T'es une fille et t'as pas de shampooing ?" répercutée à l'infini sur les réseaux sociaux, comme une balle bien gonflée, la bimbo était surtout connue dans les cours de récré et auprès des téléspectateurs de NRJ 12 - ce qui revient sensiblement au même. Des millions de clics plus tard, tout le monde a un point de vue sur elle, de Jean-Marie Le Pen, qui commente ses formes avantageuses, à Audrey Pulvar, qui la compare au François Pignon du Dîner de cons. On la trouve bête, fausse, mal élevée, déprimante, rigolote, bonasse, touchante. Une certitude : on la trouve. Et cela pourrait bien durer.



Car Nabilla, fine mouche quoi qu'on en dise, n'a pas traîné pour capitaliser sur sa notoriété toute neuve. Jean-Paul Gaultier vient de la faire défiler pour sa collection de haute couture. Ce 12 juillet, elle sort un livre chez Privé, recueil de petites phrases rédigées avec l'aide d'un auteur, visiblement à la hâte - "T'es Superman et t'as mis ton slip sous ton pantalon !" Surtout, en octobre, elle deviendra ce qu'elle a toujours rêvé d'être. Elle aura sa propre émission, un prime time hebdomadaire sur NRJ 12, dans lequel on la verra évoluer, elle et sa famille. Dans ce "dynasty show", concept américain où l'on suit le quotidien d'une célébrité, comme celui de Kim Kardashian, son idole, les caméras saisiront des instantanés de sa vie, mais aussi de celles de sa mère, de son frère de 17 ans, de sa grand-mère Livia et de sa demi-soeur. Les coulisses de sa venue au Grand Journal, en avril, sur Canal +, ont déjà été filmées pour ouvrir les premiers épisodes. "En France, ce type de programme n'existe pas, c'est une première", se rengorge la belle brune, assise sur la banquette d'un restaurant de l'avenue Montaigne, en slim noir brillant et talons de 12 centimètres, son sac Chanel à côté d'elle. "On lance une émission sur mon nom, je suis devenue une marque !"

Et cela veut dire beaucoup pour une jeune fille qui collectionne sans pruderie les signes extérieurs de richesse (blou-son Dior, sandales Giuseppe Zanotti à 800 euros) et compte s'acheter sa première Rolex, une Daytona, dès qu'elle aura un peu de temps pour faire du shopping à Genève, chez elle.

Penser que Nabilla - "avec deux L car [s]a maman trouvait qu'un oiseau avait besoin de ses deux ailes pour s'envoler" - est sortie du néant par hasard serait mal connaître la société du spectacle 2.0. La ravissante créature était programmée pour exploser. Simplement, personne ne pensait qu'il y en aurait autant sur les murs. "Je suis prête à tout pour être célèbre." Avril 2011, Nabilla Benattia participe aux Anges de la télé-réalité 4 et affiche la couleur. Une dizaine de jeunes gens courent des castings et se disputent mollement dans une villa de rêve à Hawaii. Les garçons ont le poil brillant et le muscle saillant. Les filles vérifient mille fois par jour leurs extensions capillaires et louchent fièrement sur leurs prothèses mammaires. C'est un genre. Il plaît aux enfants, aux ménagères et aux époux devenus marris. Autant dire, à pas mal de monde.

Dans cet environnement, Nabilla sort du lot. "Elle a un physique assez dingue, un visage de poupée sur un corps de femme, elle est spontanée, drôle, a du caractère. Quand je l'ai rencontrée, c'était une évidence, raconte Thibaut Vales, producteur de la Grosse Equipe, devenu le manager de sa nouvelle star. Elle a tout compris au système : si l'on veut créer le buzz et exister, il faut donner. Avoir la bonne réplique, la bonne attitude. Son "allô" a juste été un accélérateur de célébrité." Et qu'importe si la quasi-totalité de la France pense qu'elle a le QI d'une sole meunière. Nabilla, elle, sait bien qu'elle a "fait le job" et donné sa pitance à un public toujours plus avide de nouveautés, de paillettes et de gloire Kleenex. Son créneau, la sexy décervelée, elle l'exploite à fond. Certes, elle n'a pas à beaucoup forcer sa nature. Mais elle sait d'instinct comment briller sous les projecteurs de la télé-réalité. Elle en maîtrise tous les codes. Elle a grandi devant et a décidé qu'un jour la bombe atomique en trikini dans le poste, ce serait elle. Dont acte.

"J'ai toujours voulu qu'à mon entrée dans une pièce les conversations s'arrêtent et que les gens fassent "Whahouou !"" raconte Nabilla dans un sourire candide. Aujourd'hui, j'ai le physique dont j'ai toujours rêvé." Simple comme un coup de bistouri. Dès 17 ans, elle passe sur le billard et se fait poser des prothèses double D. A l'époque, elle a quitté l'école depuis déjà trois ans pour travailler dans une agence de mannequins en Corée du Sud. Elle y a vu de jeunes modèles se défoncer à la coke et s'envoyer en l'air toute la journée. Pas son truc. En Asie, elle a aussi appris l'anglais et gagné ses premiers salaires. Sa mère, employée de banque, lui a déconseillé d'arrêter les études, mais se réjouit de la voir autonome financièrement. Son père, salarié à l'ONU, où il a démarré comme coursier, en ne sachant ni lire ni écrire, n'apprécie guère sa transformation. Ses parents finissent par divorcer. Le sujet est tabou : Nabilla n'a pas vu son père depuis cinq ans, et rechigne à aborder la question, tout en glissant qu'il est son "modèle" et que c'est à lui qu'elle doit son côté clown. "Je n'aime pas parler des choses tristes, l'existence est assez dure comme ça. On m'a proposé beaucoup d'argent, de quoi m'acheter un appartement, pour raconter toute ma vie dans un livre. Mais, à 21 ans, je n'ai pas l'âge de faire une auto-biographie." Cette fille déterminée qui dit "je veux" avec assurance - chez son éditeur : "Je veux qu'on supprime mes cernes sur la couverture de mon livre" - ne se la jouera jamais Cosette. Elle est beaucoup trop fière pour cela. A l'inverse d'une Loana, autre star de la télé-réalité, dont la déchéance lui fait peur, elle garde ses blessures pour elle. Elle n'a plus vraiment d'amis et ne compte sur personne pour la soutenir, à part, peut-être, son petit copain, Thomas. "Je sens quand les gens veulent m'arnaquer. Je ne suis peut-être pas une intellectuelle, mais j'ai la culture de la rue." Le passage par la case prison, durant trois semaines, dans le centre de détention pour mineurs de Genève, à 16 ans, pour une histoire d'escroquerie, a achevé sa formation.



A la mi-juillet, elle s'envolera pour Los Angeles, où elle tournera les extérieurs deHollywood Girls 3, une série dans laquelle elle joue depuis l'an dernier. Les scènes d'intérieur viennent d'être filmées aux studios de Telfrance, dans les Yvelines, dans la banlieue parisienne. Pour l'aider à jouer la comédie, la production a dépêché auprès d'elle un coach, un ancien du cours Florent. De jeunes fans de 10-12 ans viennent assister aux prises de vue. Tous veulent être immortalisés avec elle. Gentille, elle sourit aux smartphones qui surgissent comme par magie en quelques secondes, où qu'elle aille. Tout le monde veut sa photo avec Nabilla, même le PDG d'une grande chaîne de télé, qui n'a pas résisté à lui demander de prendre la pose. Vaguement absente, elle se plie à l'exercice avec simplicité. Objet de fascination, phénomène de foire, Nabilla s'en moque. Elle est exactement à sa place. "Les gens veulent m'intellectualiser. Bon courage ! Mais, au fait, pour quoi faire ?"

Par Laurence Debril

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