" Moscou agit préventivement "

02/03/14 à 19:05 - Mise à jour à 19:05

Source: Le Vif

En approuvant le recours aux forces armées en Crimée, Moscou veut assurer le maintien de sa base navale à Sébastopol. "L'Ukraine représente un enjeu important pour la Russie, qui veut garder une sphère d'influence sur les pays situés autour de ses frontières", estiment deux spécialistes de la Russie.

" Moscou agit préventivement "

© Reuters

La Crimée, une région ukrainienne majoritairement peuplée de russophones, représente un double enjeu pour la Russie selon Xavier Follebouckt, membre du Centre d'étude des crises et des conflits internationaux (UCL) et expert sur la Russie. "D'abord, la base militaire de Sébastopol est très importante car elle est la dernière base russe en mer Noire. Avec l'arrivée d'un nouveau gouvernement pro-européen, les Russes craignent que l'accord qui prévoit de laisser la base aux mains russes jusqu'en 2042 soit remis en cause. Ensuite, la Russie entend défendre ceux qu'elle appelle ses compatriotes, soit des russophones disposant d'un passeport russe."

Nina Bachkatov, membre du département de science politique de l'ULB et spécialiste de la Russie, souligne elle aussi l'importance pour Moscou de sécuriser la base navale de Sébastopol. "Les soldats russes sont intervenus pour sécuriser la base. Ici, il n'y a pas eu de demande d'indépendance."

Les événements de Crimée ne sont pas sans rappeler la "guerre éclair" de Géorgie en 2008 qui a abouti à la reconnaissance par Moscou de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. "Là aussi, des milliers de russophones disposaient de passeports russes. La situation peut paraître semblable, sauf que la Russie avait déployé ses soldats en réaction à l'intervention géorgienne. Ici, Moscou agit préventivement", explique Xavier Follebouckt.

L'annonce de l'intervention militaire russe en Ukraine s'inscrit dans la volonté qu'a Moscou de s'affirmer en tant que puissance internationale, affirme Xavier Follebouckt. "La Russie veut éviter l'arrivée d'autres acteurs autour de ses frontières. Cette zone tampon, formée par les pays de l'ex-URSS, lui permet de se développer économiquement et de garder une sphère d'influence", estime-t-il. "L'adhésion d'un pays à l'UE va de pair avec son entrée à l'Otan. La Russie fera tout pour que l'Ukraine n'y entre pas. En termes de frontières, il y a une ligne rouge à ne pas franchir autour de la Russie", conclut Nina Bachkatov.

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