Mort d'un jeune à Ferguson: non-lieu pour le policier, scènes de violence dans les rues (vidéo)

25/11/14 à 07:20 - Mise à jour à 08:42

Source: Belga

Le policier américain Darren Wilson échappe à toute poursuite judiciaire après la mort d'un jeune Noir qu'il a abattu de six balles début août à Ferguson, Missouri, a annoncé lundi le procureur. Peu après cette annonce, la tension est montée parmi les manifestants et la police a utilisé des gaz lacrymogènes.

Mort d'un jeune à Ferguson: non-lieu pour le policier, scènes de violence dans les rues (vidéo)

Ferguson. © AFP

Après trois mois de délibérations d'un grand jury populaire, le procureur Robert McCulloch a fait cette annonce alors que des centaines de personnes s'étaient massées dans les rues de Ferguson dans l'attente de la décision, faisant craindre de nouvelles échauffourées, après les graves émeutes raciales de l'été. "Le devoir d'un grand jury est de séparer les faits de la fiction", a déclaré à la presse le procureur, les jurés "ont déterminé qu'il n'y a pas de raison suffisante d'intenter des poursuites contre l'officier Wilson".

La famille, "très déçue", appelle au calme

"Nous sommes profondément déçus que le tueur de notre enfant ne doive pas subir les conséquences de ses actes", déclare la famille dans un communiqué, mais demande "respectueusement que les manifestations restent paisibles". "Il nous faut travailler ensemble à réparer ce système qui a permis que cela arrive", ajoute la famille qui mène campagne pour que chaque policier déployé dans les rues américaines soit équipé d'une caméra corporelle.

Après l'annonce du verdict, la mère de Michael Brown, qui se tenait devant le commissariat de Ferguson avec quelque cinq cents personnes, a éclaté en sanglots puis a été enlacée par de nombreuses personnes venues la soutenir. Face à un cordon de policiers alignés derrière des barricades, la foule a scandé "ces policiers meurtriers doivent partir!"

"Ne faisons pas simplement du bruit, faisons changer les choses", a encore enjoint la famille de Michael Brown.

Gaz lacrymogènes

L'appel au calme de la famille n'a que partiellement été suivi. La police de Ferguson a lancé du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants qui protestent contre la décision de justice, a constaté l'AFP.

Peu après l'annonce, vers 02H00 GMT, des manifestants ont commencé à lancer des objets sur les forces de l'ordre, en hurlant "pas de justice, pas de paix! " alors que les policiers leur demandaient d'arrêter, a rapporté une correspondante de l'AFP.

La police a néanmoins démenti avoir tiré du gaz lacrymogène et affirmé avoir été la cible d'un cocktail Molotov. "Les policiers ne tirent pas de gaz lacrymogène. Ils utilisent des grenades fumigènes pour disperser les regroupements ingérables", a précisé la police du comté de Saint Louis sur son compte Twitter.

La police faisait état de plusieurs scènes de pillages au nord de cette banlieue de Saint Louis et ont déploré l'incendie d'un de leurs véhicules. Un journaliste de l'AFP a par ailleurs été légèrement blessé après avoir été touché au visage par un parpaing.


Ferguson se déchaîne par euronews-fr

Obama: "Ce n'est pas seulement un problème pour Ferguson, c'est un problème pour l'Amérique"

Le président Barack Obama a également lancé lundi soir depuis la Maison Blanche un appel au calme. "Nous sommes une nation fondée sur le respect de la loi", a déclaré M. Obama lors d'une brève intervention quelques minutes après l'annonce de cette décision à Ferguson.

"Je me joins aux parents de Michael Brown pour appeler tous ceux qui contestent cette décision à la faire de manière pacifique", a-t-il ajouté, reconnaissant que la colère était une réaction "compréhensible". "J'appelle également les forces de l'ordre (...) à faire preuve de retenue", a-t-il précisé.

Plus largement, le président américain a mis en garde contre la tentation de "dissimuler les problèmes" liés au racisme aux États-Unis. "Nous devons reconnaître que la situation à Ferguson renvoie à des défis plus importants auxquels notre pays est toujours confronté", a-t-il souligné. "Dans trop de régions du pays, il existe une profonde défiance entre les forces de l'ordre et les communautés de couleur", a-t-il souligné, évoquant "l'héritage de la discrimination raciale". "Ce n'est pas seulement un problème pour Ferguson, c'est un problème pour l'Amérique", a-t-il martelé.

"Nous devons comprendre ces problèmes et voir comment faire des progrès. Mais cela ne se fera pas en jetant des bouteilles, en brisant des vitres de voitures (...) et certainement pas en s'en prenant à qui que ce soit", a-t-il ajouté.

Interrogé sur une éventuelle visite sur le terrain à Ferguson, M. Obama est resté évasif: "Voyons comment les choses évoluent", a-t-il répondu.

Le gouverneur du Missouri a aussi lancé un appel au calme pour tenter de contenir d'éventuels débordements dans les rues à l'annonce de cette décision.

Manifestations à travers les Etats-Unis

De Seattle à New York, en passant par Chicago et Los Angeles, des milliers d'Américains sont descendus dans les rues lundi soir, après la décision de ne pas poursuivre un policier qui a tué Michael Brown.

Dès l'annonce de la décision du grand jury, quelques centaines de manifestants ont convergé sur Times Square à New York, avec des panneaux noirs affirmant "le racisme tue", "nous ne resterons pas silencieux" et dénonçant "le racisme de la police". "Pas de justice pas de paix", scandaient des protestataires, dont le flot a grossi au fil des heures.

La police était omniprésente avec un hélicoptère qui survolait également la place la plus célèbre du monde. Bill Bratton, le chef de la police new-yorkaise avait fait le déplacement à Times Square.

Un autre groupe de manifestants s'est rassemblé à Union Square, plus au sud de Manhattan, tandis qu'un troisième avait prévu de rejoindre Harlem à pied, remontant la 7e avenue à vive allure derrière une pancarte réclamant "justice pour Michael Brown", le jeune de 18 ans tué par balles à Ferguson en août.

A Washington, plusieurs centaines de protestataires se sont aussi réunis devant la Maison Blanche, scandant "les mains en l'air ne tirez pas", le slogan devenu cri de ralliement des manifestants depuis le drame de Ferguson, une petite ville du Missouri (centre). Ils arboraient des pancartes "arrêtez la terreur raciste de la police", ou "la vie des noirs compte". Le cortège semblait se diriger vers le Capitole.

Des manifestations - largement préparées à l'avance, tant la décision du grand jury s'est faite attendre - ont également eu lieu à Boston, Los Angeles, Philadelphie, Denver, Seattle, Oakland (Californie), où des manifestants ont bloqué une autoroute, Chicago ou même Salt Lake City. Dans les premières heures, aucun incident grave n'a été signalé en dépit de la tension.

Rappel des faits

Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans --qui n'était pas armé-- a été tué par Darren Wilson en plein jour dans une rue de Ferguson le 9 août d'au moins six balles.

Le corps du jeune homme avait été laissé à la vue des passants pendant plusieurs heures, en plein soleil, ajoutant à la colère des manifestants qui y ont vu un signe de plus du mépris des forces de l'ordre pour la population noire.

Une vingtaine de minutes avant cette confrontation, Michael Brown avait été filmé dans une supérette en train de voler une boîte de cigares.

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