"Monsieur le président, il n'appartient pas à l'Elysée de choisir les journalistes"

19/05/17 à 12:01 - Mise à jour à 12:00

L'Elysée a voulu choisir quels journalistes accompagneraient Emmanuel Macron dans son déplacement au Mali ce vendredi. La presse française répond à son nouveau président dans une lettre ouverte.

"Monsieur le président, il n'appartient pas à l'Elysée de choisir les journalistes"

Dès le jour de son investiture, le 14 mai, Emmanuel Macron affiche ses prérogatives de président tout-puissant. © AFP

On reprochait à François Hollande une trop grande proximité avec les journalistes. A vouloir se différencier de son prédécesseur, hier, c'est Emmanuel Macron qui a suscité l'indignation. Le nouveau président français veut une communication très verrouillée, et ce, dès le début de son entrée en fonction.

Hier, les journalistes n'ont pas pu assister à la photo de famille du gouvernement à laquelle ils sont habituellement invités. Seuls les photographes de l'Elysée pouvaient être présents : manque de place officiellement, beaucoup évoquent une volonté d'éviter les clichés non contrôlés. Les autres journalistes ont donc été évacués, sans pouvoir poser de questions aux nouveaux ministres.

Cependant, c'est au sujet du déplacement d'Emmanuel Macron au Mali que les médias se sont insurgés.

D'abord, parce que, tous les médias n'ont pas été autorisés à suivre le président au Mali, pour des questions de place, officiellement.

Mais surtout parce que l'Elysée a voulu choisir au sein des rédactions, quels journalistes seraient du voyage. France 2, par exemple, voulait envoyer Maryse Burgot comme journaliste, mais le service de presse de l'Elysée a refusé. Il estimait que comme il s'agissait d'un déplacement militaire, la rédaction devait envoyer le journaliste chargé de la question militaire.

Pour expliquer cette démarche, un conseiller d'Emmanuel Macron a déclaré à Marianne: "Nous voulons ouvrir l'accès à des journalistes spécialisés, en fonction des domaines abordés: économie, social, défense, diplomatie, sport, etc. L'idée est de permettre à plusieurs journalistes de chaque rédaction d'avoir un regard sur la Présidence, au lieu de s'enfermer dans un tête-à-tête avec quelques journalistes politiques". Il affirme aussi que l'Elysée ne désigne pas les journalistes: "Nous ne choisissons pas les journalistes (...). Nous indiquons notre préférence pour chaque déplacement, en raisonnant par domaines".

Les justifications du gouvernement n'auront pas été suffisantes.Cette décision n'a pas été appréciée par la presse, qui a rédigé une lettre ouverte au président, signée par une quinzaine de sociétés de journalistes, des directeurs de rédaction et l'organisation Reporters sans Frontières.

Monsieur le Président,

Vous effectuez demain votre premier déplacement de chef d'Etat au Mali. Avant votre décollage, nous souhaitons vous transmettre nos inquiétudes quant à l'organisation de la communication présidentielle qui est en train de se mettre en place depuis votre entrée en fonction. Pour des raisons de place ou de sécurité, nous comprenons la nécessité de constituer des pools de journalistes, parfois, et à condition que toutes les rédactions y aient accès selon un roulement établi.

En revanche, il n'appartient, en AUCUN CAS à l'Elysée, de choisir ceux d'entre nous qui ont le droit ou non de couvrir un déplacement, quel qu'en soit le thème (défense, diplomatie, économie, éducation, social, etc.). Ce n'est pas au Président de la République, ou à ses services, de décider du fonctionnement interne des rédactions, du choix de leurs traitements et de leurs regards. Ce choix relève des directions des rédactions et des journalistes qui la composent, qu'ils soient permanents ou pigistes, JRI ou reporters, photographes ou dessinateurs."

Signataires : Libération - AFP - BFMTV - Europe 1 - Le Figaro - France Info - France Inter - JT de M6 - Mediapart - Le Parisien - Le Point - RFI - RMC - TF1 - RTL - Reporters Sans Frontières - L'Express

En réponse à la lettre ouverte, Christophe Castaner a indiqué jeudi soir dans L'Emission politique sur France 2 que les journalistes signataires seront reçus à l'Élysée vendredi par le président. L'équilibre des relations entre médias et politiques semble bien compliqué à trouver.

Océane Cordier

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