Migrants : "Il ne faut pas se laisser aveugler par la pensée populiste"

05/08/15 à 11:03 - Mise à jour à 11:03

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a appelé les dirigeants de l'UE à ne pas se laisser aveugler par la pensée populiste face aux drames des migrations dans un entretien accordé mercredi à l'AFP.

Migrants : "Il ne faut pas se laisser aveugler par la pensée populiste"

© Belga

"Il y a des moments en politique où il ne faut pas suivre les populistes, sinon vous finirez par devenir populistes vous-mêmes, sauf que les électeurs, attirés par les propos simplistes des populistes, voteront toujours pour les populistes", a-t-il averti.

"Alors, si on le pense, il faut dire le contraire de ce qu'ils disent, il ne faut pas se laisser aveugler par la pensée populiste qui est présente dans tous les pays", a-t-il ajouté.

Le président de la Commission européenne s'est dit "déçu" par les difficultés rencontrées pour faire accepter une solidarité entre les Etats. Les gouvernements européens se sont entendus le mois dernier pour réinstaller 22.504 réfugiés venus des camps syriens, mais les ministres de l'Intérieur ne sont pas parvenus à s'entendre sur la prise en charge de 40.000 demandeurs d'asile arrivés en Italie et en Grèce pour aider ces deux pays dont les capacités d'accueil sont saturées par les arrivants.

Quelque 188.000 migrants sont arrivés depuis janvier en Europe, principalement en Grèce et en Italie, via la Méditerranée, et près de 2.000 ont péri durant la traversée, selon les données fournies par l'Organisation internationale pour les Migrations (OIM).

"Les ministres ont obligation d'agir", soutient Jean-Claude Juncker. "Nous avons fait des propositions qui allaient loin, tout en restant modestes, vue l'ampleur du problème. Nous avons proposé un système obligatoire de répartition des demandeurs d'asiles et des personnes qui méritent une protection internationale, mais ils [les États membres] ne nous ont pas suivi et nous ont contraint à chercher un accord sur base du volontariat", a-t-il déploré.

'Désarroi'

"Nous ne sommes pas parvenus au but, mais les efforts vont reprendre à l'automne pour arriver au chiffre de 60.000. Si nous y arrivons sur une base volontaire, tant mieux. Si ce n'est pas possible, il faudra reconsidérer la proposition de la Commission", a-t-il estimé.

"Je veux croire qu'ils réagiront avec ambition. Je crois que lorsque nous proposerons vers la fin de l'année ou au début de l'année prochaine un système pérenne sur la migration légale et sur la migration illégale, la France sera avec nous", a-t-il déclaré, en référence aux réticences opposées par Paris à ces propositions.

"Il n'y a pas de bonne politique en la matière. Il faut essayer de jeter des ponts entre les idées nobles et la réalité des différentes situations politiques dans les États membres", a-t-il reconnu.

Jean-Claude Juncker s'est dit préoccupé par la situation à Calais, au nord de la France, où des milliers de migrants cherchent à passer en Grande Bretagne par le tunnel sous la Manche, causant des tensions entre les deux pays.

"Cette situation me plonge dans le désarroi le plus complet", a-t-il confié.

"La Commission est prête pour apporter une aide au gouvernement français d'abord et au gouvernement britannique ensuite, mais à ce jour nous n'avons pas été saisi d'une requête particulière", a-t-il précisé.

"Nous avons sauvé les enveloppes budgétaires qui pourront être dédiées, non pas à la solution du problème, mais à l'allègement du fardeau qui est français d'abord et britannique ensuite", a-t-il conclu.

Le commissaire européen pour les migrations Dimitris Avramopoulos s'est entretenu mardi tour à tour avec les ministres français et britannique de l'Intérieur sur la situation à Calais, et a rappelé que la France peut bénéficier de 266 millions d'euros et le Royaume-Uni de 370 millions dans le cadre du Fonds européen pour l'asile, la migration et l'intégration sur la période 2014-2020.

Avec l'Afp

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