MH17: les Pays-Bas et l'Australie tiennent la Russie "responsable"

25/05/18 à 11:34 - Mise à jour à 14:42

Source: Afp

Les Pays-Bas et l'Australie tiennent la Russie responsable de la catastrophe du vol MH17 abattu par un missile au-dessus de l'Ukraine en 2014, a annoncé vendredi le gouvernement néerlandais, une déclaration qui pourrait ouvrir la voie à des poursuites judiciaires.

MH17: les Pays-Bas et l'Australie tiennent la Russie "responsable"

Un soldat pro-Russe près de l'épave du MH17 © REUTERS

Les deux pays, dont de nombreux ressortissants étaient parmi les 298 victimes, "tiennent la Russie responsable pour sa participation dans la destruction" de l'avion de Malaysia Airlines, indique le gouvernement néerlandais.

Les deux pays peuvent désormais soumettre ce dossier complexe devant une organisation ou juge international, selon la même source.

Cette déclaration intervient au lendemain des conclusions des enquêteurs internationaux, qui ont établi que le missile Bouk qui a abattu l'avion provenait de la 53e brigade anti-aérienne russe basée à Koursk.

L'avion de la compagnie Malaysia Airlines reliant Amsterdam à Kuala Lumpur avait été abattu au-dessus de l'Est séparatiste prorusse de l'Ukraine le 17 juillet 2014. L'ensemble des 298 personnes présentes à son bord, en majorité des Néerlandais, avaient péri.

"La destruction du vol MH17 a causé des souffrances irréparables", a souligné le ministre néerlandais des Affaires étrangères Stef Blok au lendemain des conclusions de l'équipe des enquêteurs internationaux (JIT).

"En se basant sur les conclusions de la JIT, il est maintenant évident pour les Pays-Bas et l'Australie que la Russie est responsable pour le déploiement du système de missiles Bouk utilisé pour abattre l'avion", a-t-il ajouté.

"Le gouvernement agit ainsi pour rendre la Russie officiellement responsable", a-t-il souligné.

Selon le gouvernement, la violation par un Etat de la loi internationale pourrait être invoquée, mais il s'agit "d'un processus légal complexe et il y a plusieurs façons de procéder".

"C'est la voie légale que les Pays-Bas et l'Australie ont choisie", selon le communiqué du gouvernement.

La Russie a une nouvelle fois nié jeudi toute implication dans le drame en affirmant qu'aucun missile russe n'avait franchi la frontière russo-ukrainienne. Pour le ministère des Affaires étrangères, il s'agit "d'accusations gratuites visant à discréditer (le) pays devant la communauté internationale".

L'équipe internationale a minutieusement recréé la route empruntée par le convoi militaire depuis Koursk à travers la frontière ukrainienne en utilisant des photos et des vidéos.

L'UE et l'OTAN exhortent la Russie à "reconnaître sa responsabilité"

Dans un communiqué, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, appelle la Fédération russe "à reconnaître sa responsabilité et à coopérer pleinement avec tous les efforts visant à établir l'imputabilité" de la destruction de l'avion de la compagnie Malaysia Airlines.

Dans un communiqué séparé, le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a lui aussi demandé à la Russie "d'accepter la responsabilité" de la catastrophe et de "coopérer pleinement" à l'enquête internationale.

"Ceux qui sont responsables doivent rendre des comptes", a ajouté le chef de l'Alliance atlantique.

MH17: les principaux développements depuis le crash en Ukraine

Les principaux développements depuis le drame du vol MH17, abattu le 17 juillet 2014 dans l'est de l'Ukraine, avec 298 personnes à bord, jusqu'aux conclusions des enquêteurs internationaux publiées jeudi.

Les Pays-Bas et l'Australie tiennent la Russie responsable pour sa participation dans la destruction de l'avion, ce que Moscou nie catégoriquement.

- Crash et premières accusations -

- 17 juillet 2014: Un Boeing 777 de Malaysia Airlines se disloque en plein vol au-dessus d'un territoire contrôlé par les séparatistes prorusses dans l'Est de l'Ukraine.

Les 298 personnes à bord de cet Amsterdam-Kuala Lumpur - en majorité des Néerlandais - périssent.

Le jour même du drame, le président ukrainien Petro Porochenko déclare ne pas exclure que l'avion ait été "abattu", évoquant un "acte terroriste". Les séparatistes affirment que l'appareil a été abattu par un appareil ukrainien.

Le président russe Vladimir Poutine accuse l'Ukraine d'en "porter la responsabilité" après la reprise des opérations militaires dans l'Est.

- 18 juillet: le président américain Barack Obama affirme que l'avion a été touché par un missile tiré d'une zone contrôlée par les séparatistes et à "cause du soutien de la Russie".

- "Ogive à l'extérieur de l'avion" -

- 9 septembre 2014: dans un premier rapport, les enquêteurs internationaux, placés sous la direction du parquet néerlandais, affirment que le Boeing a été perforé en vol par des "projectiles à haute énergie", sans aller jusqu'à confirmer la théorie du missile.

- 29 juillet 2015: La Russie met son veto au Conseil de sécurité pour la création d'un tribunal spécial pour juger les responsables.

- 11 août 2015: des éléments appartenant "probablement" à un missile Bouk, dont disposent Moscou et Kiev, sont identifiés.

- 13 octobre 2015: l'avion "s'est crashé à la suite d'une détonation d'une ogive à l'extérieur de l'avion contre le côté gauche du cockpit" (...) qui "correspond au type de missiles installés sur les systèmes de missile sol-air Bouk", affirment les enquêteurs.

Moscou est en "désaccord catégorique" avec cette enquête "clairement tendancieuse et partiale". Le Kremlin maintient ses accusation contre les forces ukrainiennes.

- "Un missile Bouk" -

- 28 septembre 2016: Les enquêteurs internationaux affirment avoir avoir obtenu "des preuves irréfutables pour établir que (...) le vol MH17 a été abattu par un missile Bouk de série 9M38".

Ils ajoutent que le système de missile a été acheminé de Russie avant d'être lancé depuis le territoire dans l'Est de l'Ukraine contrôlé par les séparatistes prorusses, sans préciser qui a tiré le missile.

Les thèses d'un accident, d'un acte terroriste à l'intérieur de l'appareil ou d'une attaque par un avion militaire sont définitivement écartées. Moscou estime que "l'enquête est biaisée et politiquement motivée".

- L'acheminement du missile -

- 24 mai 2018: Les enquêteurs concluent que le Bouk-Telar (système de missile anti-aérien de fabrication russe) provient d'une unité militaire russe, la 53e brigade anti-aérienne basée à Koursk en Russie. L'équipe a recrée la route empruntée par le convoi militaire à partir de photos et vidéos.

Deux personnes désignées sous les noms de code Orion et Delfin sont identifiées comme les principaux suspects sur la base d'enregistrements de conversations avant et après le crash mais aucune accusation n'est encore formulée.

La Russie affirme qu'aucun missile russe n'a franchi la frontière russo-ukrainienne. Les Pays-Bas n'ont présenté "aucun fait" permettant d'accuser la Russie et "spéculent (...) à des fins politiques" sur la catastrophe du vol MH17, selon le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

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